CHAPITRE m
MONTESQUrEU <1689-I75!5)i, - ■/
SOMMAIRE
I* MONTESQUIEU [(6Kç-i755l est à la fois nstilulions deson pays, — hnrdict réfornialeur,
2* l.es Lettres persanes [ 1/21) sont, dans un a fois spirilueDe et profonde, de la
magistral atlachu aui satirique, — bel esprit, c commode, une satire. 1 litutions. Il fautydisiin
guer: l'intrigue, assez fade ; les passades oti Monre^quieu critique, à la façon de La Bruyère, les mceurs et les ridicules du jour ; les chapitres oti il aborde des questions de politique ou de religion, et par lesquels il annonce l'Esprit dea loii.
3- Les Considérations sur les causes de la grandetir et de la décadence des Romains (17341 sont le fruit d'un ir.ivail personnel et approfondi sur l'histoire romaine. Montesquieu a plutôt étudié la décadence que la grandeur, et il a déterminé pluiAt les causes politiques que les causes morales. Le style de cet ouvrage est grave et tout romain.
4* L'Esprit des lois (174H) est l'étude positÎTe, faKe sur les documents, des rapports qui existent entre les dillilrenles législations et les peuples qui y sont soumis. Montesquieu part des lalti ut cherche à les expliquer : il se distingue par là de tous les théoriciens abstraits. — Ce chcf-d'oiuvrc est écrit souvent dans une forme trop piquante : Mme du DeHand accuse l'auteur de faire < de l'esprit sur les lois ».
iographie. — Charlcj ae Secondât, baron de la Brède et de Montesquieu, est né ou cliAteau de la Brède, pri'S de Bordeaux, le 18 janvier 1689. Sa famille était de noblesse ancienne; s'il s'en est toujours montré fier, il 0 lui-même ajouté à cette noblesse le plus impt-rissable de ses lilres. Quand il eut achevé ses éludes cheï les Oratnriens, à Juilly, « on lui mil cuire les mains des livri<s de droit ; il en chercha l'esprit ... Kn 17U, il fut nommé conseiller au Parlement do HordeauK, et, en 1716, président à morlier, B OK\f.B ji ^.|ait un magistrat exact et travailleur, mais peu
(iOJ7-m4) convamcu. Déjà, il se cherchait des occupations en
dehors ou il côte de ses ronclion<H, e( il devenait, faulc de mieux, membre très assidu de r.\cadémic des sciences de Bordeaux, à laquelle il communiquait des mi'inoires sur des questions de physique, l'écho, la pesanteur, la transparence des corps, etc. Cependant, il préparait son premier ouvrage. « J'ai la manie de faire des livres, disait-il, et d'en être honteux après les avoir Tails. .. Les Lettres persanes parurent en 1721, sans signature, et le succès en fut étourdissant. Mais déjà Montesquieu inédilait un ouvrage plus sérieux. Il vient à Paris, vend sa charge de Président, fréquente quelque temps les salons cl les cercles et se fait recevoir à r.\cadcmie fraiivaise (1727).
De 1738 h 173t, Monte,s<iiiicu voyage. 11 veut recueillir des documents et surtout des observations directes pour l'Esprit des lois. D'ailleurs, il était aussi curieux que son compatriote Montaigne; mais comme l'auteur des Essais, il sera beaucoup moins .séduit par les beautés de la nature, qu'attentif aux mœurs et aux institutions : il se rend d'abord à Vienne, en Autriche o^il peut causer avec le prince Eugène; puis en llotigrie, d'où il revient par Venise ; lii, Il interroge le Hiiancier Law sur l'esprit de ses célèbres et malheureuses spéculalions. Il séjourne à Milan, h Turin, à t'Iorence (1), a Rome, ^Naples. Il remonte ensuite vers le nord, fait en sens inverse la route suivie par Montaigne, de Vérone à Innsbrûck, rejoint les bords du Ithin et arrive en Hollande. De là, sur le yacht de lord Cheslcrllcld, il gagne l'Angleterre, où il séjourne pendant deux ans. A Londres, il étudie de très près le fonctionnement de cette constitution à la fois monarchique et démocratique, qui devait rester pour lui l'idéal. On sait ce que nos plus grands hommes du dix-huilièmc siècle doivent à l'Angleterre Montesiiuieu, Voltoire et BufTon en tirèrent prollt ; le .seul J.-J. Bousseau y gardera jalousement son ombrageuse personnalité, et en reviendra sans avoir rien oublie ni rien appris.
De retour en France, Montesquieu s'enferme en son chflteau de la Brède, pour mettre en ordre ses notes et ses impressions. Irln 1734, il donne les Considéra-
(1) Uoretaux choisis, i" c;cis, p. ESt,
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iions sur les causes de la grandeur et de la décadence des RomainSy imporUiit fragment détaché de VEsprit des lois. L'ouvrage est accueilli arec faveur. Montesquieu fait d'assez fréquents voyages à Paris, pour se délasser de rimnicnsé labeur qu'il s'impose à la Brèdc. On le voit dans les principaux salons, chez Mme du DefTand, cliez Mme GcoITrin, chez Mme de Tencin. Mais il retourné toujours plus ardent à sa vie de provincial et de travailleur, et VEsprit des lois parait en 1748. L'ouvrage réussit avec éclat; on le traduit dans toutes les langues. Épuisé par cet effort prodigieux, Montesquieu ne donne plus que la Défense de VEsprit des lois^ en 1750. 11 triomplic, d'ailleurs, de toutes les oppositions et de tous les adversaires. 11 était à Paris, en février 1755, quand il mourut, âgé de soixante-six ans.
Caractère. — Son caractère est formé d'éléments assez contradictoires (1). 11 y a en lui un aristocrate très attaché aux privilèges de la noblesse et consacrant les deux derniers livres de son Esprit des lois à des recherches sur les lois féodales pour établir en quelque sorte la légitimité de ses propres titres, — un magistrat de race et de carrière, exigeant « que l'on ne touche aux lois que d*une main tremblante», et défendant Torganisation judiciaire de son pays, — un penseur à rintelligencc libérale et hardie, très clairvoyant sur les abus du régime, et désireux que nous empruntions aux Anglais une partie de leur constitution, — un satirique plus mordant que Voltaire, — un peintre de mœurs aussi vif que La Bruyère, — un bel esprit qui ne résiste pas à la tentation de placer un trait, de surprendre ou de piquer son lecteur, de prendre le plus grave sujet par le côté plaisant, on un mot, comme le disait Voltaire, « de faire le goguenard ».
Moralement, mêmes contrastes : peu de sensibilité, « n'ayant jamais eu de chagrins qu'une heure de lecture n'ait dissipés », et s'indignant avec une éloquence émue donlre l'esclavage ou la torture, comme aussi se montrant généreux et charitable avec la discrétion d'un bourru bienfaisant. Nous allons trouver tous ces contrastes dans ses ouvrages et dans son style.
Les Lettres persanes (1721). — Presque tous les (grands « réformateurs », avant de publier ce que l'on pourrait appeler leurs ouvrages posilifiy ont cumniencé par décrire et par attaquer les abus existants : c'est comme la partie négative de leur tâche.
Montesquieu fut d'abord frappé de ce qu'il y avait n quelque chose de pourri dans le royaume de France». Chacun s'en accommodait, par paresse ou par intérêt. L'esprit supérieur de Montesquieu aperçoit nettement les vices et les tares, et peut-être déjà les remèdes. Il diffère des moralistes comme La Bruyère, en ce qu'il est aussi et surtout on politique, et que cône sont pas seulement les mœurs qu'il rend responsables de la cor* ruption sociale, mais aussi les inittitutions : par là, il est bien du dix-huitième siècle, et ses successeurs ne feront que reprendre et exagérer sa thèse.
Mais Montesquieu, moraliste et politique, connaît les salons de Paris et le goût de ceux qui lisent. 11 sait qu'un ouvrage de pure morale n'a pas chance de réussir. Déjà La Bruyère a dû composer un livre piquant et amusant; et, depuis La Bruyère, on est devenu
(1) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 644.
MO\TF.SQUIEU [IG89-I75S,
encore plus frJvolQ «t plui dlRlcilc i «alisi ■OU) uuo fiiniie ïûduUaiilc. co prori-s i ctilôbre lurtuut psr ics cumcdîc^. avait Siamois. Il lupposait qu'un Siamnix, vcni Iriotoi ce qu'il vuit et ce qu'il oiituiiil. Lt pcrmulUit uno ccrlaino hardiosiG. Montesquieu s'en empare. Il Doui montre deux PcrMint, Rica ol Usbeck, qui lisileiit l'Eurupc, ctqui écrivent i leurs amis resté* en
C'est ilu Journal de diaf din, paru 011 1711, que MontOMtuieu tira quelques roii- ACigncmeiils précis sur l>:a mieurs îles Persans; et. [>i>iir
puur obliger le lecteur kctrico i aller jusqu'au du livre, il invente une li puo do
ro. AuiBJ Montesquieu chcrche-t-lt & présenter, me suciété qui s'aiiiu^r. Eu 1707. DurrestiJ, bilâ 1rs AmusrmcHis sérirux tl eomiqact d'an
1 loin, pique
la c
Il faut dimc distinguer plu- (iours élomuiits dans les Lrl- 1res persanes : 1* l'intrigue, qu'il (lous suflit d'indiquer ; — S- la satire des ridicules do société et des micurs ; ici se placent des portraits dans la manière de La Bruyère, cl
iccllcn
D'après l'e,
10 pat Hunriqae
2 des femmes (leltro \XVl). le Uiéitre (XWIII), la badaud en e parisienne (XX\|, les cafés |\X\VI|, l'alcblmiste {XLV), le financier, le directeur da cunsciencc, le poète famélique, l'ufUcier retraité (XLVlll) , les rivalités des femmes d« dilTârents i|{cs (LU), le jeu {LVI), le magistrat iftnoran; (LXVIll), le déeiiioanaire (LWII), etc. C'est ta p.nrlie ii amusante ■ des lettres piraaixrs. Montesquieu s'y montre 1 la fuis excellent peintre et satirique clairvoyant jusqu'à la méchanceté. — 3* Enfin, Il j a un certain nombre de lettres plus sérieuses, où, non Mni persiflage, mais sur lo tun d'une dissertation aisée, sont abordées des questions de politique, de religion, de litlérnlure : d'abord, l'histoire des Troglodytes |X1, XII. XIII, XIV), le roi de France (XXIV, XXXVIIJ, te Pape (XXIX), les disputes théolo- Blques (XLVt). la métaphysique (L\l\), lo suicide (LXXVI), les diffi^rontes formes de gouvernement |L\XX), la gloire (L\XXIX-XC). la juatico (XCV), les Romains (CXV|, le divorce (CXVl, CXVIl), lei colonies jCXXl), les lois (CXXIX), la blbllotbique d-un
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couvent, ot i ce propos des jugements sur les genres (CXXXIII et suivants), etc. — Il fsrùdrait de trop nombreuses références pour indiquer tout ce qu'il y a do profond dans les Lettres persanes. L'auteur des ConsUlérations et celui de l'Esprit des lois s'y annoncent presque à chaque instant. Et quand on a lu avec admiration un certain nombre de pages sérieuses, on est tout surpris de retomber sur celle fade intrigue à laquelle il semble bien que Montesquieu lui-mémo ait pris plus de plaisir qu'il ne convenait (I).
Les Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains (1734). — Vuici Touvrage proprcmcMit clcuisique de Montesquieu. — Dans les Z^/{re5 per5a/i«5, on trouvait déjà de nombreuses allusions aux Romains; Montesquieu semblait y revenir avec une sorte de prédilcclion. Jadis, il avait lu, devant FAcadémie de Bordeaux, en 1716, une Dissertation sur la politique des Romains dans la religion, d'autant plus imporlante à relenir que Montcscpiieu, dans les Considérations^ négligera absolument la religion romaine. Après les Lettres persanes^ il avait composé, on 1722, le Dialogue de Sylta et d'Eucrate^ qu'il lui alors dans un salon et qu'il ne publia qu'en 1745.
Voici quel est le plan des Considérations : Cliap. i : Commencements de Rome, Ses guerres.
— Chap. Il : De l'art de la guerre chez les Romains. — Clinp. m : Comment Us Romains purent s*agrandir. — Chap. iv : Des Gaulois. De Pyrrhus. Parallèle de Carthageet de Rome. Guerre d'Annibal. — Chap. v : De Vélat de la Grèce, de la Macédoine^ de la Syrie et de Vcgyptet après Vabaissement des Carthaginois. — Chap. vi : De la conduite que Us Romains tinrent pour soumettre tous les peuples. — Chap. mi : Comment Aiithridate put leur résister.
— Chap. VIII : Des divisions qui furent toujours dans la ville. — Chap. ix : Deux causes de la perte de Rome : (la grandeur de l'empire et, la grandeur de la ville). — Chap. "l : De la corruption des Romains. — Chap. xi : Z>e Sylla. De Pompée et de César. — Chap. xii : De Vélat de Rome après la mort de César. — Chap. xiii : Auguste. — Chap. xiv : Tibère. — Chap. XV : Des empereurs depuis Caius Caligula jusqu'à Antonin. — Chap. xvi : De l'état de Vempire depuis Antonin jusqu'à Probus. — Chap. xvii : Changement dans Vhtat (partage entre deux empereurs). — Chap. xviii : Nouvelles maximes prises par Us Romains (tributs donnés aux barbares ; perle de la milice nationale ; exactions financières). — Chap. XIX : Grandeur d'Attila. Cause de l'établissement des Barbares. Raisons pourquoi l'empire d'Occident fut le premier abattu. — Chap. xx : Des conquêtes de Justinien, De son gouvernement. — Chap. XXI : Désordres de Vempire d*Orient. — Chap. xxii : Faiblesse de Vempire d*Orient. ^- Chap. xxiii : Raison de la durée de Vempire d'Orient, Sa destruction. (Prise de Constantiiioplo par Mahomet II, 1453.)
Pour écrire les Considérations^ comment Montesquieu s*est-il documenté ? 11 avait lu, la plume à la main, tuus les grands historiens de l'aiitiquilé : Salluste, César, Tite-Livc, Florus, Tacite, Suétone, Polybe, Plutarque, Denys d'ilalicarnasse, Diodore de Sicile, Josèphe, etc. Pour la décadence, il cite encore : Suidas, Justinien, Nicélas, Lactance, saint Augustin, elc. Il consulte également Machiavel (Discours sur la première décade de Tite'Live)i Saini''l^.\Tcmond {Héjlcxions sur les divers génies du peuple romain) et Bossuel {Histoire universelle, 3* partie, chap. vi ut vu). 11 est donc remonté aux sources pour étudier Thisloire romaine, et il a lu tous ses prédécesseurs sur ce sujet ; et il faut l'en louer, car ses lectures ont été considérables. Mais il est bon d'ajouter que Montesquieu n'a ni l'esprit crilique ni l'esprit scientifique tels que nous les entendons aujourd'hui. U no met jamais en doute raullienticité d'un tcxle ou d'un témoignage ; et Von peut dire qu'il se montre parfois plus crédule que l'anliquilé, lorsqu'il s'agit de certaines légende». 11 ne discule pas les origines de Rome, il accepte docilement tout ce que Tile-Livo rapporte des rois, et les jugements des partis sur les empereurs ; surtout il no distingue pas les différents moments dans l'histoire des mœurs romaines (2). Est-il besoii; d'ajouter que
(1) Morceaux choisis, !•• cycle, p. 284; Id. 2' cycle, p. M6.
(2) Sur cette crédulité do Montesquieu, voir l'iiitroductioa de l'édition Km Person (Garoior).
ilOSTËSQUIEU (1689-1750)
I peut liror dci a-
s aaxiliaire
Montesquieu na loupçonne m^nie pas ce qua l'oi
l'hittoire, tollol que l'archoulojjie, t upigrapliio, la numismatique, olc. V Ur, i|uo l'on ne dise pas que c'est tout 1 faît U faute 1 son temps. Peu d'amiùcs après, lo iiriisUfiit do Brosses, parcourant l'Italie eu quitte do ducumorits puur sun Sallustr, écrivait (I739-1T4U) des lettres qui révèlent les plus curieuses et les plus rructueuiei recherclici.
N'o demandons k Montesquieu que ce qu'il s vuulu nous donner, une étude de philoiophio politique. En dépit dos erreurs de déLiil, U a, cumme Bussucl, comme Curncillc, saisi lo (ond du Bi'^nio romain. — Bossnct, auquel il ett d'usage de le comparer (I), atalt plutôt étudié Fa grandrur que la décadence, et plutôt raclicrclié les causes moralct que les causes polil If u«. Montesquieu, sur vingt-truis chapitres, eu consacre huit à la graNili'ur, et quinze à la décadence : on voit qua la proportion est renversée, Pour Montcs<|uieu, tes causes essentielles de la grandeur sont :
l'amour de la liberté et la disciptino mil lia ire (I k !ll),et la poliliqua du Sénat (IV âVIl); — les causes da la décadence no sont pas pour lui comme pour Bossuet la porte àe» vertus morales et civiques, .mais surtout l'étendue do l'Empira, l'éloigné ment des troupes qui no connaissent plus que leur général (IX), et l'inégalité des fortunes. Montesquieu pousse très loin l'étude de la dé r ad en ce, jusqu'à la chuta de l'Em- ^
De U lecture de cet ouvrage on lire cette philosophie que a te n'est point la fortune qui domine lo monde » Les hommes sont, à des degrés divers, ro«ponsahles des événements ; ceux-ci n'oni jamais une valeur propre, mais toujours une importance relative; ils s'enchaînent el ■e conditionnent. Et cela est si vrai que Montesquieu non seulement txpli'/ae ce qui pouvait tout d'abord nous paraître accidentel et fortuit dans l'iiistulre romaine, maii que, de cette histoire dont il a compris le mécanisnio humain, il tire, t& et 11, de! observations générales et profondes, qui sont autant de prédictions (le citarisau, li question d'Orient).
L'EspHt dM lois {1718). - Len chapitresi en moyenne de quin vorsel. — Les loi'i sont déQnics :
cAosel. H Des rapports, qu'est-ce k < glnaliti et la profondeur de Hontcsquii
lois, Platon, Aristote, Cicéron, saint Thomas, H
ge se comiiose de trente et un livres, subdivisés 'ingt, — Le mot Esprit signifie ; sens intime, uni-
■rapporta néctisairts çui dérivent de ta nature det L'explication seule de cette formule prouve l'orilui, tous ceui qui avaient écrit i
isucl, ,
1 général tous les blstorieDS du
(1) Vojrenpinicul
>, Llilérjture franc
droit (sauf peut-ôtre Bodin), étaient partis de définitions abstraites, métaphysiques et morales» et avaient bâti des législations idéales, ou critiqué, au nom de leurs principes, les législations existantes. La méthode de Montesquieu est, au contraire, toute expérimentale, « J'ai d'abord examiné les hommes, dil-il dans sa préface^ et j'ai cru que, dans cotte infinie diversité de lois et de mœurs, ils n'étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies... Je n'ai pas tiré un principe de mes préjugés, mais de la nature des choses.» — La diversité des législations, qui scandalisait les théoriciens, lui parait nécessaire et utile: « Les lois doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites, que c'est un grand hasard si celles d'une nation peuvent convenir k une autre... » (liv. I, chap. m). — Quels sont donc ces éléments essentiels et naturels, dont le rapport détermine la loi? D'abord, les lois doivent se rapporter à la nature et au principe du gouvernement ; puis, elles doivent être relatives « au physique du pays, au climat glacé, brûlant ou tempéré ; à la qualité du terrain, h sa situation, k sa grandeur, au genre de vie des peuples, laboureurs, chasseurs ou pasteurs ; elles doivent se rapporter au degré de liberté que la conslilution peut souffrir ; à la religion des habitanls, à leurs inclinations, à leurs richesses, h leur nombre, à leur commerce, h. leurs manières... C'est dans toutes ces vues qu'il faut les considérer... J'examinerai tous ces rapports : Us forment tous ensemble ce qu'on appelle Vesprit des lois » (liv. I, chap. ni) (l).
Au livre II, Montesquieu définit les trois sortes de gouvernements : lo républicain, qui ne saurait subsister que par la vertu (c'est-à-dire lo dévouement aux institutions) ; le monarchique^ fondé sur Vhonneur (c'est-à-dire la fidélité chevaleresque au roi, et le point d'honneur dans l'exercice de ses fonctions) ; le despotique^ fondé sur la crainte (on n'obéit au despote que par la crainte des châtiments). Lqs livres IV, V, Yl, Vil et VIII sont consacrés à l'étude des lois dans leurs rapports avec les gouvernements tels qu'ils viennent d'être définis. — Livres IX. et X : Des lois dans le rapport quelles ont avec la force défensive et ojjensive. Ici, Montesquieu donne ses opinions sur la guerre, sur les conquérants, etc. — Le livre XI a une importance capitale. 11 est intitulé : lies Lois quiformentla lil^erté politique dans son rapport avec la constitution. C'est là que Montesquieu étudie la constitution anglaise, avec une évidente sympathie. Les constitutionnels do la Révolution s'en sont inspirés. — Livre XII : la liberté politique du citoyen. — Livre XIII : les revenus publics. — Livre XIV : le climat. — Livres XV, XVI et XVII: l'esclavage (au chapitre 6 du livre XV, se trouve la célèbre protestation de Montesquieu contre l'esplavage des nègres; c'est un modèle d'ironie éh>qucnte) (2). — Livre XVIII; le terrain. — Livre XIX : les mœurs et les manières. — Livres XX et XXI : le commerce. — Livre XXU : la monnaie. — Livre XXI 11 : le nombre des habitants. — Livres XXIV à XXVI : la ref gion. — Livre XXVII : les lois romaines. — Livre XXVIII : les lois civiles chez les Français. — Livre XXIX : de la manière de composer les lois. — Livres XXX et XXXI : les lois féodales chez les Francs (3).
Dans chacun de ses livres, Montesquieu passe en revue les différents codes et tâche d'expliquer telle et telle loi qui, en apparence, nous semble bizarre. Ainsi, il étudiera l'esclavage chez les Romains, et, sans l'approuver, il le trouvera en rapport^ avec leur gouvernement et avec leurs mœurs ; mais, ce même esclavage, il le juge en contradiction avec les gouvernements fondés sur l'honneur et sur la vertu, et surtout avec les mcDurs chrétiennes. — 11 procède souvent, comme dans les Lettres persanes, par allusions; il critique des lois françaises à propos des lois chinoises ; il amène brusquement des comparaisons piquantes. — 11 introduit la discussion critique dans l'histoire ot dans l'examen des religions; et proclamant la supériorité morale et sociale du christianisme, il explique pourquoi tel peuple, sous tel climat, doit changer ses éléments d'existence politique et ses mœurs pou** devenir logiquement chrétien.
(1) Morceaux choisis, 2* cycle, p 652.
(2) Morceaux choisis^ 2" cycle, p. 639.
(3) Morceaux choisis, 1" cycls, p. 286.
MOy/TESQUIEU {-JCSS-J/Sj)
Tiiutoa ces observations. Miintoiululcii lc> appuie «tir une documentation trèi Atcndile. 11 aumi de (uuillelor l'Eiprit dci luit et do reK-irdcr, au b.i« dus pngcs. les runvuii aui telles uriginaui, puur admirer la ximmc de lra\ail [uumio par rauluur.
- Les contradictions que nous avons signalée
l^ style de Montesquieu.
d;iiis le caractère du Montesquieu su retrouvent dans son slyle, — Un seul ouvrage a une certaine unilù de Um, ce sont les Considéralioris :
tii, tout est simple, concis snns obscurité, grave sans emphase. Montesquieu é|irouve, dirait-on, du respect pour son sujet ; il est plein de Tile-Livc et surtout de Salluste et de TacHe. Une page des CoiusidéralioHS mise en lai in semble se r.-lrouver dans sa langue originale. — Dans le» Le lires persanes, nous l'avons dit, o'est lanlùt un style posé et sérieux, tanlùt un style léger et badin; uiais toujours opparalt la même qualité : le sens du trait, du niol, dans une phnise directe et qui va droit au but. — Aussi mêlé que celui dfs Lettres est le style de l'Esprit. Évidemment, .Montesquieu a voulu se faire Un\ Il introduisait dans la littérature française une matière nouvelle, jusque-là Iraitée le plus souvent en lalin, ou du moins en un français
technique, rebutaiil pour les gens du monde. Pour intéresser lo grand public it ces discussions, il use d'artifices divers; il morcelle son sujet; it fait parfois des chapitres de quelques lignes; il leur donne des titres piquauis ou cnigmotiques; et surtout il ramasse en quelques phrases vives, intcrrogalives, paradoxales, autour d'une cilation bien choisie, loul lo raisonnement qu'un autre
ir llDudou li'*