‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 219 sur 408 · VOLTAIRE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE

ces pamphlets, qui, au nom de la tolérance philosophique et religieuse, battaient en brèche la monarchie de Louis XIV. Mais le futur philosophe n'y reste poini ; et il faut alleiidre son séjour en Angleterre, dix ans plus tard, pour le voir se pénétrer de ces idées. Revenu h Paris en 1714, il entre, comme clerc, chez un procureur de la place Maubcrl, M' Alain : c'est là qu'il rencontre Thiériot, que sa correspondance nous fera connaitre comme le plus dévoué et le plus ncglîgcnt des amis. Dans cctto élude , le jeune Aroucl fait des vers, et des verssnliriques. Alors, M. du Caumarlig, ami

François-Marie dans son château de Saint-Ange; et celui-ci en profite pour faire causer son hûte, et pour commencer latlenriade el Œdipe. La mort de Louis XIV émancipe la sociélc du Temple; il y réparait ; il est présenté à Sceaux, et il y donne une lecture d'CEdipe. Mais son esprit lui joue un méchant tour; on le croit auteur de pièces satiriques contre le Itégent et contre sa nilc. et il est exile à Tulle, puis à Sully-sur- Loire, chez son ancien

condisciple de Louis-le-Grand (1716). Quand on lui permet de rentrer, il n'est pas plus sage. Ses intempérances de langage lui font attribuer une satire du règne de Louis XIV, dont le dernier vers était : « J'ai vu ces maux, et je n'ai pas vingt ans. » Cette fois, il est mis à la Bastille, où il reste près d'un an el où il écrit une partie de la Henriade. Puis il est exilé dans la propriété de son père, à Chatenay. Cependant, le Théâtre-Français répétait son Œdipe, qui est joué et

hèé LA LITTÉRATURE FRANÇAISE

applaudi le 18 novembre 1718. Ce premier triomphe public lui donne la notoriété, en attendant la gloire ; et c'est alors qu'il abandonne le nom d*Arouet, pour prendre celui de Vollaire [anagramme formé de Aroaet l{e) j(eune)^ en changeant Va en v, et le j en i\.

De la tragédie d' « Œdipe » à l'exil en Angleterre (1718-1726). — Pendant sept ans, Voltaire est le plus agite et le plus heureux des hommes. Il est choyé par la société lettrée et aristocratique. — En 1723, il publie la Ligue (premier titre de la Uenriade)^ qu'il fait imprimer presque clandestinement à Rouen, par les soins du dévoué Cidcvillc, et qui obtient un succès prodigieux. Voltaire est alors pensionné par le llégcnt, puis par le roi. Il écrit pour la cour des divertissements. Ses poésies légères le font à la fois rechercher et redouter. En même temps, il travaille à sa fortune, et, guidé par les frères Paris, il commence à 8*assurer pour l'avenir cette indépendance dont il sent qu'il a besoin.

Mais, à continuer ce métier de poète homme du monde, et malgré ses opinions frondeuses, Voltaire fût resté un bel esprit. Vanileu^ à l'excès, jaloux d'accaparer à lui seul les faveurs et les applaudissements, il se fût peut-être oublié dans les Épîtres de circonstance, les à-propos de cour, etc. Une a catastrophe »> vint l'obliger sinon à changer tout à fait d'esprit et d'idées, du moins à s'orienter difTéremment. Le chevalier de Rohan, à qui il avait répondu, i l'Opéra, avec une fierté impertinente, le fil demander, pendant qu'il dinailchex lé duc de Sully, et bâtonner sous ses yeux par ses gens. Voltaire voulut, mais en vain, se battre avec Rohan; on le mit à la Bastille, et, sur sa demande, on le laissa passer en Angleterre (mai 17*26).

Voltaire en Angleterre (1726-1729). — Vollaire était homme non pas à bouder contre son malheur, mais plutôt h en tirer tout le parti possible. A i>eine arrivé à Londres, il est l'hôte des plus grands personnages et l'ami des plus célèbres écrivains. Bolingbroke, qu'il avait connu en France, en fait son favori; il fréquente Robert Walpole (dont le fils Horace devait à son tour se plaire dans les salons de Paris), lord et lady llervey (c'est à lord llervey qu'il écrira une belle lettre sur le Siècle de Louis XIV en 1740), le duc de Newcastle, la duchesse de Marlborough. Il voit familièrement Pope, Swift, Young, Clark. Le prince et la princesse de Galles le reçoivent à la cour ; et la princesse, une fois reine, accepte la dédicace d'une nouv(»lle édition de la Ligue^ devenue la Henriade, que •' Vollaire publie par souscription. En même temps, il va au théâtre de Drury- Lane, où il voit tout un répertoire nouveau pour lui, à la fois du Shakespeare et du Dryden, — et il apprend l'anglais. Dans ses Lettres philosophiques ou Lettres anglaises, publiées seulement en 1734, Voltaire nous dira quelles furent ses impressions à Londres, et quels avantages il a tirés de cet exil. Son esprit et son goût s'y sont formés. 11 a Joui d'une liberté politique et religieuse dont lia senti tout le prix; et surtout il a eu, simple homme de lettres, une situation

VOLTAIRE (te9ù-t778)

sociale dont [I ne pourra plus se passer; ces ministres et ces grands seigneurs n'ont pas été, comme en France, ses protecteurs, mais ses égaux. Indépendance politique, civique, morale, litléraire, voilà désormais ce qu'il lui faudra ; il est devenu citoyen et philosophe, tout en conservant, de son éducation et de son premier fonds, un goût classique assez étroit.

A Pari» (1729-1734). — Revenu d'Angleterre, en mars 17-29, Voltaire reçut l'hospitalité ches la comtesse de Fon laine-Martel, pris du Palais-Royal. Il s'occupa d'abord de faire représenter Brûlai, qui fut Joué en décembre 1730, avec succès. Puis il publia VHistoire de Charles XII, it Rouen. Vinrent ensuite Ériph}'Ie(1733), qui tomba; et, la mfmc année, Zaïre, son plus beau trîomptie dramatique, et le Temple da goût, petit ouvrage mêlé de prose et de vers, oîi le dieu du goût assignait des rangs selon les prérércncea et les inlérfls de M. de Voltaire. Adélaïde da Gaetclin, autre tragédie historique, tomba en 1731.

Les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises, auxquelles il avait Joint des remarques sur les Pensées de Pascal, parurent clandesll- rntorMii: ii

nement enl734; et le livre, D'»pr*« isponnit pairiiurAnioin«PmpB (ib83-17B7)

condamné par le Parlement, ** grjve pir Wiii».

fut saisi et brûlé : on en

vendit cinq éditions dans cette seule année. Hais Voltaire pouvait être arrêté; et il se bflta de quitter Paris pour se rendre en Champagne, & Cirey, où Mme du ChAtelet lui offrait l'hospitalité.

Voltaire à Clr«y (1734-1749). — Cirey-sur-BIalsc, non loin de Vassy et de Salnt-Dliier, était i quelques lieues du Barrois, appartenant au duc de Lorraine; en cas de danger sur le torriloire français, on pouvait aisément s'enfuir.

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Voltaire s*y sentait donc en toute sûreté ; il y passa de longues années, non sans revenir fréquemment à Paris. A Girey, auprès d'une femme studieuse jusqu'au pédantisme/et qui avait la manie des sciences. Voltaire travaille mieux que dans une capitale où sa vunilé ne sait pas résister aux tentations du monde. Il ne renonce pas aux « petits ouvrages » ; c'est Tépoque de la Pacelle (poème héroï-comique, qui fera toujours tache dans Tœutre de Voltaire, entre la Henriade et le Siècle de Louis A7K), du Mondain, satire à la fois superficielle et hardie, et de la Défense du Mondain, etc. Le théâtre continue à l'occuper : en 1735, la Mort de César, imitée de Shakespeare, sans rôles de femme, est jouée au collège d'FIarcourl; en 1736, Alzire, un grand succès, et VEnfant prodigue, comédie larmoyante; en 1740, Mahomet (joué seulement en 1742, à Paris); en 1743, Mérope, encore un triomphe; en 1745, la Princesse de Navarre^ comédie-ballet représentée à Versailles ; en 1748, SémiramiSy fabriquée avec les débris d^ÉriphyUf et qui réussit sans encombres. — Sous l'influence de la &W/e ^mi7i> (Madame du Châtelet), Vollaire s'occupait, lui aussi, de sciences physiques. Il faisait venir à Girey des appareils, et écrivait une traduction des Éléments de Newton, Il envoyait à l'Académie des sciences un mémoire Sur la Nature du feu. Enfin^ il travaillait à des ouvrages d'histoire et de philosophie ; c'est à Girey qu'il a préparé, avec une ardeur infatigable, son Siècle de Louis XIV,

Mais il ne faut pas considérer Voltaire à Girey comme une sorte de reclus, boudant obstinément contre Paris, ou n'osant y paraître. D'abord, il vient au collège d'Harcourt pour voir représenter la Mort de César : il assiste à Mérope, dans la loge de Mme de Luxembourg; il se présente, en 1736 et en 1743, à l'Académie française où il est enfin élu en 1746, et où il prononce un remarquable discours sur rUniversalité de la langue française. En effet, il était presque rentré en faveur auprès des puissances, grâce aux d'Argenson et à Richelieu. On lui avait confié, en 1743, une mission auprès de Frédéric; et celui-ci, depuis longtemps en coquetterie avec Voltaire, qu'il avait déjà vu en 1740, n'avait pu le retenir. A son retour de Berlin, Richelieu lui fait composer la Princesse de Navarre pour les fêtes du mariage du Dauphin avec l'infante d'Espagne. 11 est alors nommé gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et historiographe de France. G'cst en cette dernière qualité qu'il écrit, en quelques jours, son Poème de Fontenoy. 11 espère pouvoir lier sa fortune à celle de Mme de Ponipadour. Mais le parti de la reine, auquel Voltaire était suspect, l'emporte, et la faveur de Voltaire à la cour de France est de courte durée.

Si Ton travaillait beaucoup à Girey, on s'y amusait aussi. On y recevait des amis et des admirateurs. Ge n'est pas encore l'incessant pèlerinage de Femey; mais déjà il y a un théâtre, où les invités sont obligés de jouer les pièces de Voltaire (1). Gelui-ci voyage, et souvent avec Mme du Ghâtelet. On le voit â

(1) Voir les lettres de Mme do Graifigny, do 1738 et 1739, citées par M. Lanbon {Choix de tetim du dix-huilième êiècle).

VULTAmE (fC9j-f7?ff)

Bruxelles, à Lille : et, en 1748, à la cour de Lunévillc, chez le roi Slaiiistn); (1). (J'csl lii que iiioiii'iit Miiii'. [)ii ChiUulcl, lu 10 septembre 4749.

Voltaire et Frédéric II (17S0-i7â3). — Après la morl de Mme du CliâU-lel, Voltaire revint il Paris, et se logea pi'ovisoircinent rue Travcrsière. Repris parla rojje du Ihùâtre, et jaloux de Crébillon protégé pur Mme de Pompadour, il retaisait les tragédies du vieux poète, doiinait Oresle (conlrc Éleclre), et jouait chez lui Rome sauvée (contre CalUina). Cependant, Frédéric 11 redoubiail d'ijistances auprès de Voltaire ; et celui-ci, déçu dans son ambilioii de rentrer en grâce à la cour de France, partit pour Berlin le iB juin 1750; ilyarrivale 10 juillet.

Fort bien reçu por Frédéric, logé près de lui à Polsdum, Vollaiie est d'abord enehonlé. Il ne tarit pas de cunipiimcnts, dan.s ses lellrcs àd'Argeiilal et a sa nièce Mme Denis, sur le (iSalomon du Nord », sur les u Banquets de Platon 11, où un ccrtle de Français spirituels et hardis, présidé par Frédéric, peut se permcKrede tout dire. 11 y avait là Mauperluis, président de l'Académie de Berlin, célèbre malhémalicieii ; La Mellric, médecin, que ses opinions malériaiislcs trop ornchécs avaient comproniis, et auquel Frédéric avait olTert un refuge ; et quelqui's subalternes, tous d'esprit avcnlureux et de nioralilé facile. Mais Voltaire et Frédéric, tous deux susceptibles et absolus, ne pouvaient s'entendre longtemps. Divers incidents firent prévoir la brouille. Frédéric dit à La Mellric, qui le rapporta h Voltaire : « J'aurai besoin de lui encore un an au plus ; on presse l'orange et on Jetle l'écorce. n A quoi lui servait Vollaire, en effet ? à corriger ses vers français, il égayer ses soupers, à donner par sa présence un certain luslre philosophique et littéraire il la cour de Prusse. Frédéric actietait fort cher, selon lui, ces avantages; et Voltaire avait 30.000 francs de peDsion. Cependant, toujours trop occupe de ses intérêts, celui-ci faisait de

(1) G. MiuORAS. la CourdeLunéBillt.

louches spéculations de banque, qui donnèrent lieu à un scandaleux procès. 11 se brouillait avec Mauperluis, contre lequel il lançait la Diatribe du docteur Akahia. Le roi se fâcha. Voltaire, le 1*"^ janvier 4T53, lui rendit sa clef de chambelian, ses décorations, et sa pension Une courte réconciliation n*cmpécha pas la rupture déflnitive, en mars i7ij3. Voltaire se fit porter malade^ et, sous prétexte d'aller prendre les eaux de Plombières, il quitta Berlin.

Voltaire passa par Leipzig, Gotha, Cassel ; il fut partout bien accueilli. Mais, à Francfort un agent du roi de Prusse Parrôta, saisit ses bagages, le retint prisonnier pendant cinq semaines avec Mme Denis, qui était venue le rejoindre; tout cela, pour Tobliger à restituer Vœiivre de poéshie du roi que Voltaire avait emportée. Voltaire comj^ait faire rire l'Europe entière aux dépens de Frédéric; mais il n'obtint sa liberté qu'en se dessaisissant de ce précieux gage. Il repartit; traversa, toujours fôté, Mayence et Mannheim, et il arriva à Strasbourg, en août i753.

Voltaire en Suisse et à Femey (1754-1778). — Après la dure expérience qu'il vient de faire à Berlin, Voltaire est décidé à demeurer son maître, i 8*établir dans un pays libre, loin de tout despotisme. 11 est riche, ayant codtlnué h spéculer dans les fournitures militaires ; il peut devenir propriétaire et seigneur. En décembre 1754, après avoir p^sé par Lyon, il se rend à Genève, où il est Thôle de Tronchin, cousin du célèbre médecin, réside peu de temps au chAteau de Prangins, et loue une maison d'hiver à Monrion, entre Lausanne et le lac. Il achète en môme temps, pour la belle saison, la propriété de Saint- Jean, près de Genève, qu'il baptise les Délices. Enûrit 11 se remet à travailler.

Ce n'est pas que sa dévorante activité l'ait Jamais abandonné. En 1751, il avait fait imprimer à Berlin son Siècle de Louis XI\\ et il avait commencé PEssai sur les mœurs. 11 venait d'achever V Orphelin de la Chine (joué en 1755) cl les Annales de V Empire. Il compose, en 4756, son Poème sur le désastre de Lisbonne; il correspond avec l'Europe entière, et surtout il Joue la comédie sur son théâtre des Délices. Il la joue trop. Le Grand Conseil de Genève lui enjoint d*avoiri cesser ses représentations sur le territoire de la République, et défend à tous les Genevois d'y assister. Voltaire se venge en inspirant à d'Alcmbcrt rarticle Genève de V Encyclopédie ^ par lequel il fait donner de compromettants éloges aux pasteurs, et réclamer l'installation d'un théâtre dans la cité de Calvin. J.-J. Rousseau, qui l'a déjà vivement pris à partie lors de son poème sur le Désastre de Lisbonne^ écrit contre lui la Lettre à d*Alembert $ur les spectacles. Voltaire, en un sens, est enchanté de tout ce tapage, mais il ne laisse pas d'en être aussi quelque peu inquiet; il veut pouvoir Jouer la comédie tout à son aise.

Alors il acquiert, non loin de Genève, mais en pays français, la terre de Fernex (l'orthographe Femey est de Voltaire), et il loue au président de Brosses le comté de Tournay. 1} écrit à Thiériot (24 décembre 1758) : a J'ai quatre pattes

I yoLTMRt: (mofi-ins)

ail Ik'ii de doux : un pii'd à LBUsaniic, dans une (rùs bcllo maison d'hiver ; un pied aux Uéllccs, pv'vi de (iciièvc, OÙ la bonne cojiipagnie vienl me voir : voilà pour les pieds de dovant. Ceuic de derrière sont à t'crney et dans le comlù de Touniay. n A parllr de 1760, Voltaire Tait de Ferney sa résidence favorite. Il y bàlit lin cliâleau ; il dole le village de fabriques d'horlogerie, et d'une église, on il a son banc seigneurial. Et Ferney devient une sorte de cour. Grands seigneurs et gens de lettres y viennent visiter le patriarriie, qui donne toujours l'bospilalitc, en moyenne, à une cinquanlaine de personnes. Le prince de Brunswick, le landgrave de liesse, le duc de Viliars, le inartjnis de Florlan, le chevalier de Iloufflcrs, d'Alemberl, Turgol, l'abbé Morellet, La Harpe, Lekaln, (irétry, etc., font le voyage, séjournent à Ferney, y acceptent des rAles dans les tragédies de leur hôte, et ne se décident qu'avec peine à partir pour faire place n d'autres. Il en fut ainsi pendant dixhuit ans.

Peut-être croiraiton que Voltaire,

après les périodes la- lïapns une estampe anonyme ronlentporaine, en covieura

boricuses de Circy et a I» draîle d* Vulinire, la marquiia de VilWto, qui vi lui inBtlro la de Berlin, auteur de ounaoe .ut la tète. * » «aucliB, u niàce, Muie Ileo».

la Heariade et de

ZtUre, et Charles XII oi du Siècle de Lauit XtV, tgé de soixante ans lorsqu'il s'établit aux Délices, s'est cont«nlc de jouir d'une gloire incontestée cl de trôner devant ses adorateurs? Mais non; il n'a jamais eu plus d'aclivilé, n'a jamais tant produit, ni jamais exercé, par l'action et par la plume, pareille influence. — Il est encore poète et homme de lettres, et le sera jusqu'au dernier jour. Il compose des tragédies : Tancrède, un de ses grands succès, le dernier si l'on ne compte pas l'apotliéose d'frène,est de 4760. Puis, de 1162 à -176.1, un certain nombre de pièces plus philosophiques, pour la (dtiparl, que tragiques: Olympie, le Triumoiral, Ici Scylhet, les Gaibrei, etc.' De nombreuses épltres, dont les meilleures sont adressées: à Mme Denû (1761), sur les travaux des champs, à Boi-

leau (1769), à Horace (1772). Il écrit encore des ouvrages historiques, et qui supposent de patientes recherclics : Vllistoire de la Russie sous Pierre le Grand (1769), et, môme année, le Précis du siècle de Louis AT, et encore V Histoire du Parlement. Mais tout cela n*cst rien ; et le vrai Voltaire n*est plus là. Il est désormais, presque tout entier, dans la polémique et dans la satire. — Ses romans, à partir de 1759, Candide j V Ingénu y V Homme aux quarante écus^ etc., sont moins des contes, charmants d'ailleurs, que des pamphlets philosophiques et économiques. — Contre Le Franc de Pompignan, dont le discours de réception à TAcadémie était une vive attaque du parti encyclopédique, contre Fréron, le rédacteur infatigable et courageux de V Année littéraire^ contre Palissot, auteur de la comédie des Philosophes, il lance des brocliurcs, des satires, des pièces de théâtre : Les Quand, les Siy les MaiSy le Pauvre Diable^ le Russe à Paris, rÉcossaise. — 11 travaille à l'Encyclopédie, et, en 1764, il réunit ses articles pour en former le Dictionnaire philosophique Al y ajoute, de 1770 à 1772, ses Questions sur V Encyclopédie. Et puis paraissent une quantité de brochures, aux titres piquants, vives et courtes, comme des articles de journaux, dans lesquelles il saisit Tactualité avec un flair étonnant et qu'il décoche comme autant de flèches aiguës et parfois mortelles. Toute cette partie de ToDuvrc, rassemblée dans les tomes des Mélanges de ses éditions complètes, est aujourd'hui la moins connue : c'est là pourtant qu'on trouve le vrai Voltaire, bien plutôt que dans Zaïre ou dans le Siècle,

Mais il agit surtout par sa correspondance. 11 écrit ou dicte vingt lettres par jour. Rois, princes, grandes dames^ministres, gens de lettres, gens d'affaires, toutes les classes de la société échangent des idées avec lui.

Enfin, c'est l'époque où il intervient en faveur de tous ceux qu*il considère comme les victimes du fanatisme religieux ou d'une mauvaise justice. 11 prend ^n mains la réhabilitation des Calas et des Sirvcn ; il y emploie son crédit, son talent, son argent ; rien ne le rebute, ni les lenteurs des tribunaux, ni les menaces du pouvoir, ni l'indifl'érence de l'opinion; il triomphe de tous les obstacles, et remporte des victoires complètes. S'il n'avait jamais soutenu la tolérance que par de tels actes, sans s'abaisser, comme dans ses pamphlets, à des « turlupinades » antireligieuses, on n'aurait, dans aucun parti, aucune réserve à faire sur son zèle philosophique. Il s'employa avec la même ardeur à la réhabilitation de Lally-Tollendal. Et il pouvait dire avec une légitime fierté : « J'ai fait un peu de bien, c'est mon meilleur ouvrage. »

Ajoutez encore l'adoption d'une arrière-petite-nièce du grand Corneille, qu'il fait venir à Ferney, élever et instruire sous ses yeux, et qu'il marie, en la dotant, à un jeune officier. 11 est vrai qu'il écrit, pour amasser cette dot, son Commentaire sur Corneille, qui est bien quelquefois d'une sévérité étroite et injuste. Mais n'en accusons que le poète tragique et le puriste ; rhomme n'en fit pas moins une généreuse action.

VnLTMÎlE (!M',-]77H)

59^ Lk LITTÉRATURE FRASÇAISE

Dernier voyage à Paris. La mort (1778). — Voltaire, cependant, ne voulait pas mourir sans avoir revu celle capilale où il avait connu « les premiers rayons de la gloire », et dont, même dans sa royauté de Ferney, il conservait la nostalgie. Le nouveau règne s'annonçait par d'heureuses réformes et par d'excellentes intentions; Voltaire avait des amis au pouvoir; le moment parut favorable. Précisément, les comédiens répétaient, au Théâtre-Français, sa tragédie d'Irène. Voltaire quitta Ferney le 4 février 4778, et le 40 il arrivait. On sait ce que fut ce dernier séjour de Voltaire à Paris; une série de visites triomphales et d'ovalions. Tout ce que la ville comptait de gens illustres, français ou étrangers, se pressa rue de Beaune, à Thôtel du marquis de Villette où Voltaire était descendu. Franklin lui amenait son petit-fils, que le patriarche bénissait en disant : Dieu et liberté ! Le 30 mars, il se rendit à l'Académie, où il fut élu directeur par acclamation, où il présida la séance, et où il traça le plan d*un nouveau dictionnaire, dont il devait faire la lettre A. Le même jour, il assista à la sixième représentation d7rèfie. Dans sa loge la marquise de Villette lui posa sur la tôte une couronne de lauriers. Pendant Tentr'acte qui séparait Irène de NaninCt son buste fut placé sur la scène, et couronné à son tour par tous les artistes, aux acclamations du public. Tant d'émotions Tépuisaient. Il mourut le 30 mai 4778. Son neveu, l'abbé Mignol, lit ensevelir son corps à l'abbaye de Scellières, en Champagne. En juillet 4791, Voltaire fut transporté au Panthéon. D'après une légende longtemps accréditée, le cercueil de Voltaire aurait été profané en 4844, et ses resles jetés à la voirie. Il est aujourd'hui établi que le corps de Voltaire repose intact dans la sépulture qui lui fut donnée en 4794.

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