‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 223 sur 408 · V. — LA CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

V. — LA CORRESPONDANCE

11 nous reste do Voltaire environ dix mille lettres ; et nous ne possédons pas la moitié de sa vaste correspondance, entre 1713 et 1778. A qui écrit-il ainsi? à tout le monde. Toute la société du dix-huitième siècle, française et étrangère, est en relations épistoUiret avec lui (1).

Un premier groupe peut ôtre formé de ses amis, de ceux qui Taident soit à faire publier ses ouvrages, soit à faire jouer ses pièces, soit h placer ou à disUribuer son argent: — * le comte d\\rge:?ital (f 1788), neveu de Mme do Tencin, conseiller au Parlement de Paris, particulièrement chargé des rapports de Voltaire avec la Comédie-Française, le tripot. Quand Voltaire lui écrit, à lui et à sa femme, il les appelle mésange», — CidbviLLB (f 1776), conseiller au Parlement de Rouen, ancien condisciple de Voltaire à Louisle-Grand ; il l'aide pour la publication de là Henriade et des Lettres anglaises. — L^abbé MoussiNOT (f 1742), chanoine de Saint- Merri, fut le trésorier et le « factotum » de Voltaire à Paris pendant cinq ans ; celui-ci le charge des commissions les plus diverses, et est toujours servi à point. — Thiériot {f 1772), que Voltaire avait connu dans Tétude de M* Alain, place Maubert. C'était un paresseux, incapable de la moindre suite dans l'organisation de sa vie, mais pour lequel Voltaire conserva, tout en le grondant beaucoup, une sorte de tendresse. Personne, d'ailleurs, ne lui fut plus dévoué.

On peut réunir en un second groupe, le plus varié et le plus original, les femmes : Mme de Graffignt (f 17.58), l'auteur de Cénie et des Lettres d'une Péruvienne. Nous avons d'elle une piquante peinture de la vie àCiroy. — Mllk de Lespinassb (f 1776). — Mme du Deffand (f 1780). — La DtciiEssE de Choiskll (7 1801), une des plus simples, des plus aimables et des plus honnêtes. — Mme Dems, lillo de Mme Mignot, sœur de Voltaire, était veuve depuis 1744 : elle alla chercher son oncle à son retour de Berlin, et s'établit auprès de lui aux Délices et à Ferncy. De Berlin, Voltaire écrit à sa nièce ses lettres' les plus intéressantes ; c'est là qu'on peut suivre au jour le jour l'évolution de ses rapports avec Frédéric. — Mme Necker (f 1794), femme du ministre et mère de Mme de Staël. Elle entreprit une souscription pour faire exécuter la statue de Voltaire par Pigalle. A ce sujet, le patriarche de Ferney lui écrivit un billet qui est un chef-d*œuvre d*humour (21 mal 1770). — Mlle Qlinallt (f 1783), soubrette de la Comédie-Française, sœur d'un des principaux interprètes de Voltaire, Quinault-Dufrcsne. était célèbre par ses bons mots et ses dîners philosophiques, dits du bout du banc. Voltaire lui écrit souvent, de Cirey. —

(1) Pour tous les correspondants de Voltaire que nous allons citer, on consultera les divers Choix de lettres de Voltaire (E. Fallex, Bninol, Aubertin, etc.) et le Choix de lettres du dix-huitième siècle, de M. Lanson, où l'on trouvera des notices et des citations. Nous n'insistons, d'ailleurs, que sur ceux de ces personnages que nous n'avons pasToccasion d'étudier ailleurs. Ainsi, on se reportera au chapitre dos Salons pour les /SsmmM, au chapitre dûVJSneyclopédie pour les philosopbea, ete* Cf. Morceuuct choisiSf V ^grele, p. 806; 8* oyele, p. 677.

VOLTAIRE {IG9/i-l778) «01

Mi.i.E CLAinoN (f 1803) débula i la Comédis en 1743. VolUiro lui nt cr^r qnelquei-uii* da ses (crandi rôlos, olil a souvent l'occoinn de lui éirtro i ce sujet.

Les ptiilusophcs et gens de lettres (il r«uilrait tes nommer louai] fonnont un troisième groupe. Ceui aulquola Voltaire a le plus aouvent 6cril sont ; d'Ai.emhert, Diuehot, Mar- MosTEL. DiTLos, U HahpB. que nous rclrnuïons ailleurs.— L'abué Dvbos (f 174a).

D'après un datin pria sur le tifpar Deno

!t (77a, grané par Xét et Itaaqutltir.

contre les thâories historiques duquel Montesquieu a âcrit les deux derniers livres de iEtpril d« (où, et dont Voltaire estimait fort les Réflextom critiqua sur la poiite et la peinlun. — Le journaliste et avocat LLicirET I")- 1763). — L'advensira des philosophes, Palisiot (t iei4). — L'absë Trublgt (t 1^70), journaliste, d'un grand talent, longtemps décrié par Voltaire qui Unit par se réconcilier avec lui (27 août 1761). — Vauvesaroues (t 1747), dont l'BRiitié fait le plus grand honneur i Voltaire, et qui, s'il n'était inort trop tâl, eût pcut-Atro exercé une excellente inSuence morale sur un homme qui l'admirait avec enlhouiiasme et émotion. — Rattachons l ce groupe les letlra* da Voltaire i ttt •neioi» mailrui. Ici jéiuilas I !• P. rotlkiiMiiaB (7 17iJG), directeur dtt Awriul <U tri^

vaux; le P. Porûb (f 1741), son ancien professeur de rhétorique ; le P. de la Tour (f 1766), principal de Louis-le-Grand, avec lequel il est en coquetterie, quand il se présente pour la troisième fois à l'Académie française.

Parmi les hommes d'État, les grands seigneurs, les magistrats, citons : le marquis d*Argenso?i, ministre des Affaires étrangères (f 1757), à qui il adresse un si joli billet sur la bataille de Fontenoy. — Le comte d'Argenso.x, ministre de la Guerre (•}• 1764). — Le DUC DE Richelieu (f 1788), « son héros », qu'il entretient familièrement de tous les sujets. — Le président de Brosses (f 1777), à qui il loua le comté de Toumay, ci avec lequel il eut une ridicule dispute à propos d'une coupe de bois. — Le président Hénault (f 1770), célèbre à la fois par ses vers et par son Abrégé chronologique de VhUtoire de France, Voltaire, après l'avoir flatté, le -persifla quand il fut converti (1). — Turoot (f 1781), le plus célèbre économiste du dix-huitième siècle, dont Voltaire salua avec joie l'entrée aux affaires. — Le cardinal de Bernis (f 17U4), qui ne fut d*abord^qu'un bel esprit aimable, et qui devint diplomate, ministre et excellent prêtre.

Mais Voltaire est aussi en relations av«c des étrangers : miloro Hervet, garde des sceaux d'Angleterre (f 1743), qu'il avait connu à Londres, et auquel il écrit, en 1740, une lettre célèbre sous le titre de Siècle de Louis XIV. — Le comte de Schocvalow {f 1798), chambellan de l'impératrice Elisabeth de Russie, à qui il demanda des renseignements pour son Histoire de Pierre le Grand. — M. de Soumahoiloff, autre grand seigneur russe. — Horace Walpole (f 1797), dont Voltaire avait connu le père et la famille à Paris et à Londres. — Goldom (j* 1793), célèbre poètl) comique italien» qui fit représenter à Paris son Bourru bienfaisant, en 1771. — Le ifARQUis Scipion Maffei (■j- 1756), auteur d'une Mérope, etc.

Enfin, nous trouvons, parmi les correspondants de Voltaire, dos rois, des roinosot de: princes : Frédéric II, d'abord comme prince royal de Prusse, puis comme roi ; — Catherine II, impératrice de Russie (elle a écrit une fort belle lettre sur la mort de 'Voltaire, 1778) ; — La duchesse de Saxe-Gotha, qui'lui donna l'hospitalité à son retour de Berlin, et pour laquelle il écrivit les Annales de VEmpire; — Le roi Stanislas, — La duchesse du Maine, etc.

Cette liste, très incomplète, n'a d'autre but que de prouver à quel point la correspondance de Voltaire est instructive pour l'histoire des lettres et des mœurs au dix-huitième siècle. Une lecture attentive d'un choix bien annoté, est de celles qu'on peut recommander le plus aux élèves. Cette lecture leur révélera également le /o/id de Voltaire : son tempérament vif, nerveux, charmant, malin, contradictoire ; ses engouements, ses enthousiasmes, ses haines. Enfin, jamais Voltaire n'a été meilleur écrivain que dans ces lettres et dans ces billets qu'il griffonnait ou qu'il dictait à la hâte.

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