‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 228 sur 408 · II. — L'ENCYCLOPÉDIE · texte numérisé non relu

II. — L'ENCYCLOPÉDIE

Histoire de la publication. — - Encyclopédie vient de deux mots grecs, qui signifîent : « cercle ou cycle des connaissances humaines ». — En 1745, le libraire Le Breton voulut faire traduire une Encyclopédie des scienceg et des arts publiée à Londres, en n'a?, par Chambers. Mais il s'aperçut que l'ouvrage, sur bien des points, était déjà arriéré, et qu'il valait mieux en entreprendre un autre, tout nouveau. 11 en chargea d'abord l'abbé de Malves, puis Diderot et d*Alembcrl.

Ces deux derniers se parlagcrenlla besogne et cherchèrent des collaborateurs. En 4730, Diderot publia un prospectus^ où il exposait le but de l'ouvrage, et indiquait les conditions de la souscription (1). Kn 1751, parut le Discours préliminaire, dans lequel d'Alenibert faisait un tableau des progrès deTesprit humain et une classification géiu3rale des sciences. Le pouvoir semblait alors aussi favorable que le public à ce dictionnaire d'une incontestable utilité. Mais, après Tapparitiondu deuxième volume, en octobre 1751, l'ouvrage fut subitement interdit. Un collaborateur de ï Encyclopédie, l'abbé de Prades, chargé des articles de théologie* avait fait scandale, en Sorbonne,parsa thèse de licence. De là une enquéte.ctune suspension. — Grâce à rintervention du comte d' A rgenson, l'interdiction fut levée '". mais on nomma trois censeurs qui devaient examiner les articles en manuscrit Entre 175S! et 1757, point de difficultés : les tomes 111 à IV paraissent régulièrement. — En 1757, nouvelle crise. Les événements politiques à l'intérieur (attentat de Damiens) comme h l'extérieur (bataille de Rosbach;, avaient surcxcilé les esprits. D'Alenibert avait soulevé des polémiques avec son article Genève (voir J.-J. Rousseau). Les pamphlets pleuvaient sur V Encyclopédie, Deux années se

(i ) L'ouvrage devait coûter S80 livres ; mais le nombre de volumes ayant été dépassé, on demanda un supplément de 20 livres par volume, ce qui porta le prix à 956 livres. Il y eut, dès le début, pré* de 5.000 souscripteurs. — Les bénéfices matériels de l'entreprise furent considérables, les collabo rateurs étant fort peu ou point du tout payés. (Cf. RnrNeL. /><lftfffxiXur«, Julltvilla, Colin, t. VI, chap. VII ; — et F. Hémom, Cours de littérature^ rEncyclopédie.)

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passèrent, pendant lesquelles on put croire que Touvrage ne serait pas continué. Et le prudent d'Alcmbert se retira de l'entreprise.

Cependant, le gouvernement craignait que VEncyclopédie ne s'imprimât v. rétranger;et les souscripteurs, très nombreux et très influents, réclamaient. Alors on s'avisa d'un de ces stratagèmes spirituels qui tempéraient, sous l'ancien régime, la rigueur des lois. Il fut convenu que les volumes continueraient à s'imprimer à Paris, mais porteraient sur le titre l'indication de Nenfchntel (comme s'ils étaient imprimés en Suisse), et qu'ils seraient ensuite envoyés en province, d'où ils reviendraient à Paris, avec le timbre du colpor- /aye (i). Grâce à cette y?cfioA, qui ne trompait personne, mais qui, u tournant la loi, la respectait n, VEncyclopédie parvint à son terme, et se composa cnfln, en 4772, de dix-sept volumes de texte, quatre volumes de supplément, et onie volumes de planches.

Il faut maintenant revenir aux directeurs et collaborateurs de VEncyclopédie,

D'ALEMBERT(i7i7-i783).— D'Alembert était un enfanttrouvésurles marches de réglise Saint-Jean-le-Rond ; recueilli par une vitrière, Mme Rousseau (chez qui il logea jusqu'à l'âge de cinquante ans), il ût d'excellentes études au collège Mazarin. A vingt-six ans, il était meipbre de l'Académie des sciences ; ses découvertes révélaient en lui un génie mathématique de premier ordre, que ses plus violents adversaires n'ont jamais contesté. Très bien reçu dans les salons à la mode, caractère enjoué et piquant, causeur très supérieur à ce qu'il est comme écrivain, il fut poussé par Mme du Deffand à l'Académie française (1754), et en devint secrétaire perpétuel. C'est en cette qualité qu'il a écrit des Éloges^ aujourd'hui fort peu lus, d'un style sec ou affecté, mais qui avaient pour les contemporains l'attrait des allusions. « 11 ne semblait louer les morts que pour faire la satire des vivants. »

Il publia plusieurs ouvrages scientifiques ( 7 rai7^ de dynamique^ 1743; Traité de Véqiiilibre et da mouvement des fluides , 1744, etc.) ; des écrits philosophiques {Essai sur les éléments de philo^ophiey 1759); des mémoires polémiques (De la Destruction des jV'stufes, 1765), et des Mélanges de littérature , de philosophe et (i'/iisioire (1752-1 763). Mais il resie surtout célèbre par sa collaboration à VEncyclopédie de 1751 à 1759. Outre le Discours préliminaire , qui est à lui seul un véritable ouvrage, il s'était chargé de la révision de tous les articles de mathématiques. Moins actif, moins impétueux et enthousiaste que Diderot, il donnait à VEncyclopédie la garantie de sa haute situation académique, scientifique et mondaine. Aussi sa retraite, en 1759, faillit-elle, après les persécutions du pouvoir, compromettre définitivement l'entreprise.

(1) Les volumes imprimés à Paris devaient être accompagnés du privilège du roi délivré par les censeurs ; quant aux ouvrages de provenance étrangère, ils étaient l'objet d'un examoo plus sommaire, et pouvaient circuler avec le timbre du colportage.

- L'bSCrCLOi'LOlE. — nUFFON

Plus fin et plus (llgRs que Vollaire,il avait refuse les oQ^es de Frédéric H, qui vDul.-îl rnlUrcr à Berlin, et celles de Calhci'iie 11, qui désirait lui conncr l'oducaliCTi tlit grand-duc Paul. Mais, malgré sa Icniie, d'AIcmbcrl est moins sympathique que ce (ou de Diderol uu iiae Voltaire lui-m6in-J. Il pousse jusqu'à l'intolérance la plus étroites.- haine de la rrJigioc; c'est un u fanatique à rebours u. Sa coirespondance avec Vollaire rcvèloM vrîie laçon de penser, qu'il a toujours plus ou moins atténuée dans lu pratique (1).

D10ER0T(lîl3-nMj.— Comparé à d'Alembert, Di-

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