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(Il L>i Mfi trouv«fl» c.i^Whr» p»«i<.'ig<) Hur 1«m fables de La Fontaine (Cf Extraits de M. !.. Brir*f.t.).
{'4) Aforrrniir rhui^in, !•' ryrle, p '.Vi\, 320. {'À) Maritaux rhoiMt», r <>cle, p. 72H, 73.%.
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a connus, l'abbé Gaime et l'abbé GAtier), devant ce spectacle qui porte Emile à la méditation et à l'adoration, expose les principes de la religion naturelle. C'est un raisonnement en règle, souvent abstrait et métaphysique, très bien lié, auquel viennent s'ajouter la preuve des causes finales et presque l'impératif catégorique de Kant, et qui aboutit & peu près à la religion chrétienne. Ce morceau célèbre, d'une grande élévation de pensée, et d'un style à la fois solide et pittoresque, nous entraîne bien loin du persiflage de Voltaire. C'est un rationalisme qui commence à s'inquiéter de ses négations, qui s'interroge et qui laisse Dieu « lui parler au ccpur ». Le succès en fut immense, et ramena sinon i la religion, du moins à la religiosité, bien des âmes qui « cherchaient en gcniLssant ». — Emile peut maintenant affronter seul la société. Sa santé physique et morale le met k l'abri de la contagion. Mais Rousseau veut qu'il considère la campagne comme le séjour le plus propre à satisfaire ses goûts naturels et à entretenir sa vertu. 11 trace donc lep^an de vie pour un homme riche, un des plus ravissants morceaux du livre (1). — V. 11 s'agit enfin de marier Emile. On a élevé une jeune fille, Sophie, dans les mêmes principes que lui. lis se rencontrent, s'aiment et s'épousent. Le précepteur reste dans la maison, pour faire l'éducation de leurs enfants. C'est dans ce livre V que se trouve le célèbre passage sur les Voyages à pied (2).
Cette rapide analyse suffit à montrer le fort et le faible du système. Rousseau a raison de protester contre l'abus de la contrainte dans l'éducation morale et de la mémoire livresque dans Tinstruclion. Il est d'accord avec Rabelais et avec Montaigne, sur la nécessité do l'expérience, de la conversation, des leçons de choses, des exercices physiques, etc. Mais il a tort de croire que le précepteur sera ainsi maître absolu d'une jeune Âme, et surtout d'affirmer que cette Ame d'enfant ne peut avoir que de bons instincts qu'il suffit de préserver et d'amener à leur maturité naturelle. Là est l'utopie. La vertu s^apprend. C'est la faiblesse de l'homme de ne pas la pratiquer d'instinct; c'est son honneur d'être propre à la goûter et de mettre sa grandeur à la pratiquer. ^
Les Confessions (écrites de 1765 à 1770, publiées en 1788). — Dans cet ouvrage étrange, où l'excellent et l'exquis, et parfois le sublime, se mêlent sans cesse à la déclamation et au cynisme, Rousseau entreprend de raconter sa vie, depuis sa naissance ju*(qu'en 1706, année oi'i il quitta l'île de Saint-Pierre. D'après le titre, on serait en droit d'attendre tout autre chose que cette apologie exaltée et haineuse. Mais il faut lui pardonner ses mensonges et ses sophismes, en songeant qu'il écrit les Confessions au moment le plus malheureux de sa vie. )1 a le délire de la persécution; il erre, en vagabond, de Suisse en Angleterre, de Normandie en Dauphiiié. Et puis, ce livre est le premier chef-d'œuvre de cette littérature personnelle qui devait s'épanouir avec le romantisme (3).
Aux Confessions, il faut rattacher les Rêveries du promeneur solitaire, écrites par Rousseau pendant son dernier séjoui^ à Paris. Les descriptions en sont charmantes (4).
Sa Correspondance, assez considérable, n'a pas l'intérêt des lettres de Voltaire, d'abord parce qu'elle ne nous apprend rien, ou à peu près, que nous ne connaissions déjà X)ar8es autres ouvrages (et c'est là, en général, l'inconvénient des Lettres de tous ces écrivains personnels); et surtout parce que Rousseau n écrit guère de premier jet; il médite, il retouche. Aussi ses plus belles lettres sont-elles de véritables ouvrages : les Lettres à M. de Maleshcrbes, par exemple, où il explique son caractère et son génie, admirable complément des Confessions; ou la Lettre à Voltaire sur la Providence, chapitre de philosophie. 11 faut citer aussi sa lettre au prince Beloselski, sur sa vieillesse (6).
(1) Morceaux choisis, p. 331.
(S) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 705.
(3) Morceaux choisis, 1" cycle, p. 3£4 ; S* cycle, p. 712, 725.
(4) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 721.
(5) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 719.
JÏ^Ay-JACQUES noVSSEAU {1712-177fi) 637
La philosophie de Rousseau. — Par Tanalysc des ouvrages, on a déjà pu juger à quel point la philosophie de Rousseau difTérait de celle des encyclopédistes et de Voltaire. Hésumons-la eu quelques mots : i° Elle est fondée sur le senliment, Rousseau s'adresse de nouveau à ces « raisons du cœur que la raison ne connaît pas », abandonnées et raillées par le dix-huitième siècle. — 2° Rousseau cotistate, comme Pascal, que Thommo est mauvais. Mais tandis que Pascal attri-* buait cette malignité au péché originel, et croyait que la grâce seule peut nous sauver, Rousseau, qui est sur ce point anlichrétien, croit rhoonmc bon par nature, et corrompu par la société. — 3° Aussi se sépare-t-il radicalement de Voltaire, en ce qu'il ne croit pas à l'efticacité du progrès, surtout du progrès matériel tel que Tentend le philosopliede Fcrney. Ce luxe, ces arts, ces sciences, il les maudit ; il voudrait ramener l'homme non pas à Tétat sauvage, mais a la vie simple et naturelle. — 4° Son déisme est plus profond et plus conséquent que celui de Vollaire. 11 ne se permet jamais de sarcasmes à l'égard du christianisuie, en qui il reconnaît la forme la i)lus haute, sinon exclusive, de la religiosité chez les modernes. Il sent Dieu par le cœur, et il y ramène par le sentiment.
Bref, malgré la part d'erreurs et de contradictions que renferme cette philosophie, on ne peut s'empêcher d'éprouver de la sympathie et du respect pour riiomme qui l'a exposée avec tant d'éloquence et défendue contre tant d'ennemis.
Le style de Rousseau. — Son romantisme. — Ce n'est plus la clarté de Voltaire ; mais ce n'est pas non plus sa sécheresse élégante. Rousseau écrit dans une langue mêlée, inégaie ; sa syntaxe est souvent lourde et pénible ; sa phrase sent la rhétorique, la déclamation, l'emphase. Mais il a fait rentrer dans notre littérature Véloquence et le pittoresque. Lisez à haute voix la prosopopée de Fabricius, la seconde partie du Discours sur Vinégaliié, la profession de foi du vicaire savoyard, les lettres à M. de Matesherbes : quelle harmonie, quelle ampleur, quel rythme I Lisez la promenade sur le lac (Sou velle Iléloïse), les vendanges à Clarens {id.) le lever du soleil {Emile), les voyages à pied {Emile), le plan dévie pour un homme riche (Emile), et surtout les Confessions, le séjour aux Charmcltes, Us promenades dans la forêt de Montmorency, la description de l'ile de Bienne : quel charme et quelle vérité I quelle variété d&Ds la couleur! quelle fraîcheur et quel sens du mystère ! Rousseau nous a rendu une âme pour * sentir et des yeux pour voir.
Ainsi, novateur hardi en politique, réformateur en pédagogie, « inventeur » de la littéral ure personnelle, où le moi s'élale et s'exaspère, profondément religieux, sentimenlal, éloquent, pittoresque, — Rousseau devait exercer une inlluence prodigieuse. Il est vraiment noire ancêtre. Et 'Goethe avait raison de dire: « Avec Voltaire, c'est un monde qui finit; avec Rousseau, c'est un monde qui commence. »
LA UTTÉRATURE PRANÇAfSB