IV. — LA COMÉDIB LARMOYANTE ET LE DRAME BOURGEOIS
Cependant, au dix-huitième siècle, les genres trop exploités tendaient à se dissoudre et à se confondre. La comédie, trop comique, au sens le plus superficiel du mot, avec Regnard, Dancourt et Dufresny, tournait au drame avec Le Sage. Mais celui-ci, à la façon de Molière, évitait d*y sombrer. Au conliraire. Destouches et La Chaussée y veulent toucher,
DBSTOUCHES (i68(y-1754) fut peut-être comédien, puis devint secrétaire d'ambassade en Suisse et en Angleterre. Il connut la comédie anglaise, alors florissante, et y prit un goût de morale et de comique moyen. Ses principales pièces sonile Philosophe marié (1727), le Glorieux (1732), le Dissipateur (1736), la Fausse Agnès (1736).
Le Glorieux est une comédie fort peu comique, où abondent les tirades, et qui ressemble plutôt à quelque conte tiré d'une Morale en action. Le comte de Tufières est un orgueilleux personnage, dont le père est ruiné, et qui veut épouser Isabelle, fille du riche Lisimon. Lycandre, père du comte, apparaît au moment où celui-ci vient de le renier et d'entasser les mensonges pour faire croire à sa brillante fortune. Il oblige son fils à s'agenouiller devant lui, et lui pardonne. La pièce est compliquée par une reconnaissance entre le comte et Lisette (1). — Le style de Destouches est net, correct, sans vivacité suffisante.
LA CHAUSSÉE (1692-1754) est l'inventeur de la comédie larmoyante. Cette fois, il n*est plus question de rire. Des situations banales, traitées en un style pénible, mais avec sentimentalité, avec des tirades sur les devoirs sociaux, voilà ce que nous trouvons dans le Préjugea la mode (1735), 3fe7ani(i« (1741), etc. La Chaussée a parfois touché, comme dans Mélanide^ à des sujets hardis, mais il n'en a pas senti la profondeur. 11 parait aujourd'hui insipide, parce qu*il n'est ni comique, ni tragique, mais simplement ennuyeux. Et Voltaire a dit que tous les genres étaient bons, sauf celui-là.
DIDEROT (1713-1784). — Ce touche-à-tout a dit son mot sur le théâtre, et créé un nouveau genre, le drame bourgeois, qui est tout simplement la comédie lar^ moyante écrite en prose. — Ses théories, il les a soutenues dans les Entretiens publiés en tèle de son premier drame, le Fils naturel (1757), et dans des Discours sur la poésie dramatique, adressés à Grimm. En 1758, il donna son second drame, le Père de famille,
Diderot raisonne fort bien sur la nature du genre. Entre la comédie qui fait
(1) Morceaux ehMêii^ 1" o/cU, p. 868i