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LE THÉÂTRE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE • 66T

rire, et la tragédie qui fait pleurer, entre les ridicules et les passions, aussi exceptionnels les uns que les autres, il y a place pour une sorte do pièce qui représenterait les hommes dans leur état ordinaire et moyen, dans leurs sentiments normaux, dans leurs conditions. Selon lui, la pointure dos grands caractères est épuisée, et d'ailleurs elle a toujours quoique chose d'abslrait, et il faut ramener le théâtre au vrai et au naturel. La condition est bien plus concrète, plus réelle; un père, une mère, un Juge, un commentant y un ouvrier, sont intéressants à présenter dans des situations où les devoirs de leur condition seront troublés par quoique tentation ou par quelque épreuve. De plus, on peut les voir dans leur intérieur, avec ces allures, ces manies, ces déformations propres à chaque état. — 11 y a là une idée d'autant plus juste que Molière et Dancourt s*en étaient déjà fort bien avisés. Mais que sera une condition sans caractère? La condition ne devient intéressante que par le caractère do l'individu. Un banquier quelconque n'a rien de dramatique? Mais s'il est joueur, ou trop faible de volonté, ou ambitieux, alors un conflit peut exister entre sa condition et son caractère, et de là sort le drame. Ce qu'il faut dire, c'est que le caractère gagne à être doublé de la condition.

Diderot voulait encore que Ton procédât, à la scène, par tableaux, et que la pantomime vint souvent suppléer aux paroles. Lui-môme, iî a abusé des points de suspension dans sa prose emphatique.

8EDAINE (1719-1797) est celui quia réaliséle plus heureusement les théories do Diderot. Son Philosophe sans le savoir (476o) nous point le monde dos grands commerçants du dix-huitième siècle. M. Vanderk marie sa fille, Sophie, à un magistrat. Le lils Vandork vient d'avoir une altercation avec un jeune officier qui a médit dos gens de commerce, et il doit se battre en duel avec lui le jour du mariage de sa sœur. Vanderk père dissimule son angoisse, fait bonne figure à ses invités, et il est en train de causer avec le père de l'officier, quand le vieil intendant Antoine lui annonce, en frappant les coups convenus, que son fils est mort, — scène poignante dans sa sobriété. Heureusement, Antoine s'est trompé. Et tout finit bien. On voit apparaître dans cette pièce la charmante Viclorine, fille d'Antoine, qui aime ingénument Vanderk fils. Plus tard, George Sand a repris ce « profil perdu », pour en faire le Mariage de VictoriiG,e,

Sedaine a écrit également des livrets d'opéras-comiques ; le plus célèbre est Richard Cœur de Lion, dont Grétry a composé la musique.

On s'étonnerait peut-être de ne pas trouver, parmi les poètes comiques du dix-huitième siècle, le nom de Técrivain le plus spirituel de ce temps, Voltaire, Nous avons de lui, en effet, plusieurs comédies, dont les principales sont : Vindwcrei (1726), V Enfant prodigue (4736), Nanine (1749), VÉcossaUe (1760). Mais Voltaire donne à tous les personnages son propre esprit ; il ne sait ni observer les mœurs, ni peindre J^s caractères.

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ClIAPITHF IX

LA POÉSrE DIDACTIQUE ET LYRIQUE.

ANDRÉ CHËNIER.

SOMMAIRK

.- PARMI LES POÈTES DIDACTIQUES ! LOUIS RACINE, SAINT-LAMBEfiT, ROl/CHEfi; — les satiriques; - GRESSET et GILBERT; les fabulistes FLOftlAN.

!• La POËSIB LYRIQUE : J.-B. ROUSSEAU (1671-1741), tris célèbre au dixhuilième siËcle, est aujourd'hui trop oublié; il a le sens de l'harmonie et du rjihme ; mais sa langue est teme. - LE FRANC DE POMPIGNAN, PARNY. LEBRUN.

3- ANDRÉ CKËNIBR (1763-1794) ne publie presque rien de son vivant, sauf des articles politiques au Journal de ParU. Il est arrêté et exécuté en 1794 ; ses œuvres paraissent, tronquées, en iSig, et complètes vers 1860. — On a de lai des éligies dans le goût du dii-huitième siècle ; des bucoliqnog et des Idrllea, oii il se montre artiste exquis et versificateur original ; des fragmenta d'un grand poème sur la nature, l'Bei-inès, avec sa préface rinrentlon,' des iunliea

plus belle. — Chénier est moins l'ancêtre des romantique! que celui des Parnaitiena, comme Leconte de Lisle et SuUy-Prudhomme.

LA UTTÉRATUnE FRASÇAIBE

E dix-huit iùmc Kiùcle n'e^t pas le siècle de Id poésie. Le raisonnement en avait t>anni non pas la rc ninis l'inspiration. Il n'y a qu'un poèis avant André Chéiiicr, c'est Jcan-Jacqucs llousseau. Hais les vcrsidcatcur« furent nombreux, et, dans leur œuvre mcnse, ils ont aecidi'nlellcmcnt rencontré la poé.<iic.

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