III. — ANDRB CHENIBR
Vie. — André-Marie Chénier était fils de Louis Chénier (d^abord employé dans une maison de commerce de Constantinoplc, puis consul de France au Maroc) et d'une Grecque, originaire de l'ile de Chypre, Elisabeth Santi-Lomaca (5).
Né à Constantinoplc le 30 août 1762, André vint terminer ses études à Paris, au collège de Navarre. 11 fréquenta la société du temps, où on l'appelait M. de Saint-André, et fit beaucoup de vers dans le goût plus ou moins fade et mytho~ logique du temps. En 1782, il alla, comme cadet au régiment d'Angoumois-, tenir garnison à Strasbourg, mais il démissionna six mois plus tard. En 1783, il voyagea en Suisse et en Italie. Puis il revint à Paris, où il passa quelques années ;
(1) Morceaux choisis, 1*' cycle, p. 378 ; 2* cycle, p. 828.
(2) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 836. {3) Morceaux cfunsis, 2r cycle, p. 833.
(4) M. Em. Faouet (Histoire de la littérature française, Pion, II, 290) cite quelques jolies épigrammes de Lebrun.
(5) André-Chénier avait trois Irères : Constantin-Xavier (f 1837), avocat, et eonsnl ; Louis-Sau- ▼KUR (f 1823), officier, emprisonné sous la Terreur, et délivré le 15 thermidor (il eut pour fils Gabriel de Chénier, qui donna la première édition complète des œuvres d'André) ; Marib-Josbph (•f 1811), dont nous parlons plus loin.
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il y connut Écouchard-Lebrun, Beaumarchais, le peintre David, le chimiste Lavoisier, le poète tragique italien Alfieri. Puis il devint secrétaire à l'ambassade de France, à Londres (1787-1790).
C'est pendant cette période (1783-4790) qu'André Cbénier a composé, et le plus souvent ébauché, la plupart de ses poésies : élégies, bucoliques, idylles, poèmes didactiques. Mais il ne publia presque rien ; de son vivant ne paraîtront que Je Jeu de paume (dédié à David), et les Suisses de Châieauvieux. En effet, à partir de 1790, André Ghénier est surtout journalislc. Il collabore au Journal de Paris. U est conslilutionneL Partisan résolu de la Révolution, il voulait sauver la royauté et la personne du roi (il a aidé Malesherbes à préparer la défense de Louis XVI). Devenu suspect, il dut quitter Paris au lendemain du 40 août 4792, et se réfugier à Rouen et au Havre, où il échappa aux massacres de septembre. Puis il vécut pendant quelques mois à Versailles. Il était en visite, à Passy, chez Mme de Piscatory, quand on l'arrêta, tout à fait par hasard ; ce n'était pas lui que l'on cherchait. Emprisonne à Saint-Lazare, le 7 mars 1794, il fut exécuté le 20 juillet à la barrière de Vincennes. Une même charrette emmenait avec lui Roucher, l'auteur des Mois.
Publication des œuvres. — Deux pièces d'André Chénier, nous l'avons dit, parurent de son vivant (4794 et 4792). Tout le reste de l'œuvre est de publi- 'cation posthume. — D'abord, on donna quelques fragments: /a Jeune Captive (i), dans la Décade philosophique (4804); la Jeune Tarentine (2) dans /eAfercurc (4801). Chateaubriand cita trois passages dans les notes du Génie du Christianisme. Mais on dut attendre la mort de Marie-Joseph, qui possédait tous les manuscrits de son frère, et qui était de son vivant le grand homme do la famille, pour connaître l'ensemble de l'œuvre. La première édition, tronquée et truquée, parut en 4810, par les soins d*Henri de Latouche; elle fit une sensation profonde. Mais il f^ut arriver jusqu'à 4862 pour avoir Chénier à peu près complet (édition Becqde Fouquières). M. Gabriel de Chnnîer donna, d'après les manuscrits, une nouvelle édition en 4874 ; et M. Becq de Fouquières, une autre, en 4881. Enfin, M. DimofT a établi le texte définitif.
Les Idées d'André Chénier. — André Chénier tient à son temps; il est tout le contraire d'un précurseur, par ses sentiments et par ses idées. Il est nourri de V Encyclopédie y il est athée, il conçoit l'amour à la façon de la société libertine du siècle. Son goiUpour l'antiquité grecque ne lui est pas du tout personnel. A cette époque, depuis la publication du Voyage du Jeune AnacharsiSy de l'abbé Barthélémy (4788), tout le monde s'éprend d'archéologie et de mœurs grecques. Il faut bien qu'on sache qu'il n'y a de vraiment personnel chez lui que
(1) Morceaux choisit, 2* cycle, p. SM.
'2) Morceaux choisie, 2* cyclo, p. 85i.