LA POÉSIB DIDACTIQUE ET LYRIQUE
inspiration des iambcs, écrits dans s uc Clii^riicr est iiovnlcur.
, Partout ailleurs, c'est par lu fur
Les Ëlègles sont au nombre de quarante. Cht^nier y chanlo sc5 amours, SCS ri'grets, sa mûlHncolic. Le slylc en est dûiicat, précis, mais gAlé par la pi'iipliiasc et par la mythologie. CVst souvent du style pscudo-dnssiquc. D'aUkurs, il est très dirflcilc d'y foire la part de la sincôrllé cl de l'imiltilion. il ï a là beaucoup de Tiliuiie, df l'ropiTce et d'Ovide ; beaucoup aussi de liertin, de Colai-deau, de l'arii y. Ope ndu lit , quelques passages semblent bien exprimer la rêverie profonde et la sensibilité rréinlasunle (Ij.
Les Bucoliques et les Idylles — La on trouve le vrai Chenu r celvi qui a Il sinliinent (xqui^ d( Ijn tique a la mauitre non pa dt Racine m<iis di Iton «nid hncuic m iiiquait il u Itonsaid le sui^ arclieologijae cl géographique di la ( iLce il en rtprodui ait SU) tout la mjlliologieet les Ic^indcs Cluntir sans n pénétrer l'esprit ni la religion, s'est atlacbé aux paysages, aux lointains harmonieux et pui's, et surtout
(car il n'emprunte guère que des Irails descriptifs à Homère, à Théocritc, h i'Anlhologie, et toujours sobres) aux attitudes, aux gestes, aux personnages formant des groupes de bas-reliefs. — Parmi les plus célèbres morceaux de ce genre, il faut citer : l'Aveugle (Homère, après un dialogue avec des pasteurs de Scyros, chante... Et c'est une occasion pour le poète de parcourir tous les thèmes de l'ancienne poésie grecque) ; — le Mendiant (la llllc de Lycus prie son père
(lIMom
de donner rhospitalité à un mendiant qu'elle a rencontré sur les bords du Crathis; ce mendiant raconte ses aventures ; il est le père de Lycus); — la Liberté (dialogue entre un berger et un chevrier ; le berger est esclave, et sa condition iui pèse ; il n*aime rien. C'est un des morceaux les plus achevés de Chénier) ;
— le Malade, histoire d*un jeune homme qui meurt d'amour pour une jeune fille qu'il a aperçue ; il avoue son mal à sa mère, et celle-ci va chercher la jeune fille qui l'épousera ; — la Jeune Tarentine ; — Néère, etc. (1),
Il y a de très nombreuses imitations (2) dans ces idylles, et l'on pourrait dire que les moindres détails en sont empruntés. Mais Chénier sait y exprimer des sentiments naturels, d'une façon à la fois française et grecque. Il possède la mesure, l'élégance, le sens de la beauté mystérieuse des choses et des êtres.
L'Hennès. — André Chénier ne voulait pas se contenter de ces imitations antiques. Qui sait ? peut-être même les considérait-il, lui qui n'en a rien publié, comme des exerciceSj des essais par lesquels il se formait la main. S*il eût vécu, nous ne les aurions peut-être plus ; ou du moins un grand nombre de ces admirables croquis eût disparu. En revanche, nous aurions autre chose : un grand poème didactique sur la formation et sur le système du monde, VHermès.
Il ne nous reste de V Hermès que des fragments. Mais il est possible d'en reconstituer à peu près le plan. Nous disons à peu près, parce que les critiques sont divisés sur ce point. Sainte-Beuve n'y voit que trois chants'; M. Ém. Faguet croit que nous en aurions eu cinq : — Chant I^' : Formation de la terre (d'après la théorie de Téternité de la matière et des atomes) ; les grandes révolutions du globe, apparition des végétaux et des animaux (du BulTon envers) ; — Chant II: Apparition de l'homme, sa physiologie, sa psychologie ; analyse des passions ;
— Chant III : Histoire de la civilisation mythologique et religieuse ; superstition, fanatisme, guerres : tout cela raconté par un « sage magicien » (Chénier se serait inspiré à la fois de Lucrèce, de J.-J. Rousseau, et en général de VEncyclopédié) ; — Chf^nt IV : Histoire de la civilisation scientifique et philosophique ; exposé de la théorie du progrès ; — Chant V : La civilisation artistique (3).
M. Ém. Faguet pense que « ce poème eût été très vraisemblablement le plus beau poème philosophique de toute la littérature française ». Il est possible. Cependant, d'après les fragments conservés, et malgré la beauté de quelquesuns, VHermès eût été d'un style bien artificiel.
l.'IiiventIon. — Nous avons du moins un morceau qui devait servir de préface à VHermès, et qui est intitulé VInvention. C'est une théorie de la poésie, forme et fond. Chénier, qui a si bien imité et presque pastiché les anciens, demande qu'on renonce à imiter leurs sujets et leurs thèmes. 11 faut faire ce
(1) Morceaux choiais, !•' cycle, p. 388 ; 2* cycle, p. 855.
(2) Morceaux choisiSt 2* cycle, p. 847.
(3) Morceaux choisi»^ !•' cycle, p. 387.