‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 257 sur 408 · LA POÉSIE DIDACTIQUE ET LYRIQUE 6T · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DIDACTIQUE ET LYRIQUE 6T

quHh feraient s'ils vivaient parmi noas, c'est-à-dire, prendre les sentiments de notre temps, les inventions nouvelles; la science a progressé, le domaine de Thumanité s'est en tous sens étendu, et c'est là une matière que nous devons à notre tour exploiter. — Mais, en revanche, il faut aux anciens emprunlef leur art, qui est parfait : Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques. Si Ghénier veut dire par là : des vers qui soient, en leur genre, aussi harmonieux et aussi solides que ceux de Tantiquité, et dignes de leur être comparés, la théorie est excellente. Mais sMl entend, comme certains fragments de VHermès péuVént le faire craindre, qu'il faut emprunter aux anciens leurs images, leurà comparaisons et leur nomenclature mythologique, c'est nous ramener au slyle composite de Ronsard et au merveilleux païen de Boileau (i).

Les ïambes. — D'ailleurs le moment allait venir où André Chénier ne serait plus ni un imitateur des Grecs, ni un versificateur de V Encyclopédie, 11 allait se révéler poète au sens le plus profond du mot, c'est-à-dire tirer de son âme, de ses colères, de ses indignations, des traits immortels et vengeurs. A Saint-Lazare, il compose sans doute une élégie un peu fade, la Jeune Captive ; mais il écrit aussi scs/am6es,.qui sont delà satire lyrique, lly a environ cent vers, qui ne sont, cette fois, imités de personne, ni pour le fond ni pour la forme, et qui sont l'impérissable chef-d'œuvre d'un poète qui devenait enfin lui-même. Toul y est beau. La protestation d'une âme libre et d'un cœur généreux y est fondée non pas sur des opinions politiques, mais sur les droits essentiels de l'homme: la liberté, la dignité, la justice, la vertu sans épithète, celle de tous les temps, parlent par la voix de ce citoyen emprisonné et condamné par des « bourreaux barbouilleurs de lois »... L'ironie y est généreuse ; elle cingle et châtie la lâcheté des amis, que cette lâcheté même ne préservera pas. Le style (sauf une périphrase un peu trop élégante sur V heure), y est franc, d'une simplicité robuste, d'une souplesse d'acier bien trempé (2).

Chénier écrivain. — C'est comme écrivain et versificateur que Chénier a été appelé l'ancêtre des romantiques. Il redonne à la langue poétique des* qualités concrètes et pittoresques absolument oubliées par les pseudo-classiques. 11 assouplit l'alexandrin et pratique, le premier depuis Malherbe, le déplacement de la césure principale et l'enjambement. Mais, beaucoup plus que des romantiques, il est l'ancêtre des Parnassiens. Ses véritables disciples sont Théophile Gautier, Leconte de Lisle et, dans la poésie philosophique, Sully-Pnidhomme.

(1) Morceaux choisie ^ 2* (^cle, p. 849.

(2) Morcêatue ehaiaiê, V cycle, p. 392 ; 2* cycle, p. 858.

3bs Oranges. — Litt. Illattrie. S2

LA LITTÉRATURE FRANÇAH

BIBUOaftAPHIE.

Pour les poHa, les anivres, citiea k leur date ; et les recueils de

A. ClHEK, GODEFROT, aie.).

Axdué Chêkieb, Poéiia, id. Brcq hb Fouquièhes. Charpenliar. 18SI. AsuHÉ CnéniEn, CEuvresen prose, Becr} i>e FouijiriKuKS. Charpontier, 1873. Ahdhë CH£fliEn, Œuvres complètes, piibliûus d'aprà.i los manuicrili, par Pail

Paris, Dulagrave.

Ku. Faguet, a. CUénUr {Colleclion lU-i grands icriaains frtinçais. Hacfaeltc), 1902. — — Dix-huUiime siftle.

1'. GLtCHAKT, André Cbénirr critique et critiqué. 1902.

par Bernard Pioart (1913-1733).

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