LES ROMANS DB LA TABLE RONDE
Les xonrces. — LéseodeB Arttiurleanes. — Les luttes des Celles de la Grande- Bretagne contre les Saxons, aux cinquième et sixième siècles, avaient inspiré, au dixième siècle, la chronique latine de Nennius, où apparaissait pour la première fois Arthur. Celte chronique fut développée et complétée, au commencement du douzième siècle, par GauCrey ou Jofroy (né à Monmoutb, mort en 1154), dans son Hiatoria regum Britannix. Cet ouvrage contribua à répandre les légendes d'Arthur et de Merlin, déjà connues dans la société saxonne et normande par les nombreux récits ou lais des bardes gallois. Arthur, simple chef de clan, nous y est représenté comme un roi longtemps victorieux des
(l)a. PtB», £llMralur«|VaHCalwavmDv«ndei, |1U,
LA LllTÉRATURE COURTOISR
t de la Grande-Bretagne, et dont les chevaliers, les plus braves et les plus polis de la chrétienté, prennent place autour d'une table ronde, pour éviter toute querelle de préséance. Arlhur Unit par èlre morlclicmcnt hicssc dans une , bataille ; il disparaît alors, mais ses fidèles disent qu'il a été traasporlé dans le séjour des bienheureux, l'ile d'Avalon, d'où quelque jour il reviendra (Cf. la légende de Frédéric Barberousse). L'UUlaria regum Britannix de Gaufrcy de Mon- ' moulh, el l'adaptation en vers qu'en donna Robert Wace, sous le tilre de Brut (1155) (1), obtinrent d'autant plus de succès en France que, d'une part, la récente conquête de l'Angleterre par les Normands <'1066) semblait avoir ouvert une nouvelle source d'inspiration, et que, d'autre paît, Gaufrey et Wace avaient déjà transformé les rudes et barbares compagnons d'Arthur en des chevaliers de la plus parfaite courtoisie.
Léscndes du Saint- Qroal. — Aux lé^'cndi'»
arlhuriennes proprement dites, se mêla do très bonne heure celle du Sainl-Graal. Le Graal serait le vase où Joseph d'Arimathie recueillit le sang du Christ ; ce vase fut confondu avec celui dt
laeph d'Ai
Ùène et avec celui où Pllnle se Invo les mains. Le corps de Joseph d'Arimathie avait été rapporté d'Orient p:ir Charlcmagne, donné par lui à l'abbajc de Moycnmousticr, dans les Vosges, puis transporté en Angleterre ; on inventa, après coup, l'histoire des prétendus voyages de Joseph d'Arimathie et du Graal. Le Graal, perdu, devait élre retrouvé par un chevalier au cœur pur ; et Pcrceval fut le plus illustre des héros qui partirent à la qaéte du Graal.
Mythologie. — Enfin l'cnchnnt^ur Merlin, introduit d'abord par Gaufrey,
)s éponyme dos Braloni
d*après Nennius, joue un rôle considérable dans plusieurs de ces romans ; il y représente, avec les fées, une vieille mythologie très difficile à reconstituer, et que les auteurs de lais ou de romans ne comprennent déjà plus.
Les lais (douzième siècle). — Les romans de la Table ronde ont été tirés des lais^ courts poèmes, sortes de nouvelles en vers, chantés par les bardes gallois. Ces lais furent traduits en français ; ceux que nous possédons sont presque contemporains de répoque môme (xii® siècle) où Chrétien de Troyes écrivait ses romans ; mais leur première forme doit être antérieure.
Sur les vingt lais bretons que nous avons conservés, quinze sont dus à une femme, Marie, qui a vécu en Angleterre au douzième siècle, mais qui était née en France, et que Ton appelle MARIE DE FRANCE. Les plus célèbres sont: — Yonec dont le sujet est devenu populaire sous le titre de V Oiseau bleu ^ et qui témoigne d'un art véritable de composition et de description ; — Lanval, où un chevalier est aimé d'une fée qui l'emporte avec elly dans l'île d'Avalon ; — Eliduc^ nouvelle dramatique et psychologique, où la fÀalité de Famour et le dévouement féminin sont rendus avec une rare délicatesse ; -7 le Chèvrefeuille^ relatif aux aventures de Tristan et d'Yseult, etc. (1)...
Ces nouvelles, sans doute, sont, par leur merveilleux féerique, assez semblables à dcd contes d'enfants. Mais la peinture de l'amour pouiTait nous permettre de les rapprocher de nos meilleurs ronians psychologiques. Cet amour qui, chez Chrétien de Troyes, tourne à la galanterie raffinée et presque au marivaudage^ est dans quelques-uns de ces lais, en particulier dans Eliduc et dans le Chèvrefeuille, un sentiment profond, mélancolique, douloureux, exalté jusqu'à la fx>lie et résigné jusqu'au sacrifice £fbsolù de soi-même. Ce sentiment est né dans les têtes mystiques et rêveuses des pays gallois. 11 en subsistera quelques traits dans les romans de la Table ronde, mais brisés, mêlés à des états d'àmc trop mondains ; le tout formera un ensemble presque incohérent, bientôt ridicule. C'est donc de préférence dans les lais qu'il faut le chercher sous sa forme la moins altérée.
Tristan et Yseult (douzième siècle). — On retrouve aussi cet amour « plus fort que la vie et que la mort » dans la légende do Tristan. Et il convient de traiter séparément ce poème, en dehors du groupe formé par les romans de la Table ronde (2).
Tristan, prince de Léonois et neveu de Marc, roi de Cornouailles, délivre ce pays d'un monstre, le Morhoul, qui venait chaque année réclamer un tribut de jeunes gens et de
(1) M. L. Clédat a donné uno analyse de ces lais, avec do nombreasos citations, dans Vlfistoire de la littérature fr-mçaise (JuUoviile-Coiin, 1896), t. 1, p. 285.
(2) Nous avons deux romans en vers sur Tristan : celui de Bérool. composé vers 1150, et celui de Thomas, vers 1170. Enfin, Chrétien de Troyes avait composé un Tristan, aujourd'hui perdu. C'est surtout do Thomas que s'est inspiré Richard Wagner, pour le livret de son opéra Trittan et Itoldê. — Cf. J. DÉDIER, Tristan et Yseult, 1900.
jeunes nlles (cl. la légende grecque <lo Thésée et du Minotaure). Vainqueur, mais blessé
par l'ôpoe empoisonnée du Morhoiil, Tristan se laisse porter par une barquo sjiis voiles
Kl sans gouvernail jusqu'en Irlande, oii il est guOri par ta roinc. (Cette reine est la mûre
d'Vscull; rcrlaines versions nous disent que Tristan csl guûri par Ysc-ult cUc-mOmc.)
Plus tard, Tristan revient en Irlande; il est chargé Je conduire la princesse Yscult au
Tui Marc, qui doit l'épouser. Sur la navire qui les mène d'Irlande en Comouaillei,
Tristan ot Yseult boivent par
erreur un philtre destiné i lier
Yseuil et Marc dun amour
inaltérable. Do 1& uno passion
coupable et fdlale. La suito de
riiistuire nous présente do
nunibreuii épisodes où cette
passion Tait le tournaont des
trois personnages.
Suivant les auteurs, le dénoue me ut change : les uns nous disent quo le phi lira
itquu;
ans, Tristan et ïseult cessent de s'aimer ; les
Le dénouement le plus intéressant el le plus eélèbro est celui de Thomas : là, Tristan quitte \e pnji de Coriiouaillcs pour L Bretagne et t'j marie; il épouse uno autre Yseuit, YkuU ^ax blanches mains, et essaye, mais en vain, d'oublier Yseuit la blonde, qui, de son TnisTi:< de i
ciMé. ne cesse de penser i Tristan. Celui-ci est blessé par uno " ComiBHnlIo roy : arme erapoisonnéc ; il no peut la vint une liamo
être guéri que par Yseuit do ^J^l^m""™.
Cornouailles. Aussi l'envoie-t-il
chercher, i l'insu do sa femme, V'apréi unemiaia en recommandant au messager P"' »•• ^' l>:xli
de mettre une voile blanche au ' ''«""'"•er
navire s'il ramène Yseuit, el une voile noire si la roine a refusé de venir (cf. c L'envoyé, Kahcrdin, réussit dans sa mission, et Yi tan, étendu sur son lit, attend avec aniiété le ret la câte, est d'abord ballotté pendant cinq ji lime plat. La femme do Tristan, qui
. poalérieur
a légende de Thésée et d'iigée).
tient avec lui; cependant Trisretour (lu navire, qui, presque en vue de s par la tempête, puis est retenu par un son secret, guette i la fenêtre l'apparition du navire. Elle l'aperçoit, voile blanche au vent : par jalousie, e" ' tan que la votle est noire. Alors Tristan, no pouvant retenir sa vi meurt de douleur. Yseuit, arrivée trop tard, eipire auprès de lui (1).
; plus longtemps.