II. —MADAME DE STAËL
Vie. — Germaine NeckeV naquit à Paris, en 1766. Son père, qui devait jouer un rôle considérable pendant la Révolution, était alors un riche banquier venu de Genève à Paris ; et sa mère appartenait à une ancienne famille de Français réfugiés en Suisse après la révocation de l'édit de Nantes. — L'enfance de Germaine Nccker s'écoula dans un milieu intelligent, modéré, grave par le fond, mais singulièrement mondain et ambitieux. L'intelligence précoce et l'imagination naturellement exaltée de Tenfant et de la jeune Olle se développèrent dans le salon de Mme Necker, que fréquentaient Raynal, Morellet, Suard, Thomas, Grimm, BuITon, Marmontcl, La Harpe. Germaine allait à la Comédie-Française applaudir Mlle Clairon, lisait tout ce qui lui tombait sous la main, faisait à quinze ans un résumé de VEsprit des lois^ publiait h vingt-deux ans un ouvrage sur Jean-Jacques Rousseau, et causait sur tous les sujets avec une verve intaris- \ sable. On lui fit épouser le baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède à Paris ; elle devait rester cosmopolite jusque dans son mariage, et n'être vraiment Française que par le talent.
Mme de Staël assiste au départ, au rappel de son père, le suit dans sa retraite h Coppcl, près de Genève, où elle reste trois ans (1792-95). En 1796, elle publie : De V Influence des passions sur le bonheur. En 1797, elle revient à Paris, dans
(1) Voir le chapitre dos Historien»^ p. 815; et la Préface des Récit» mérovingiem d*Auo. Tuibrrt» écrits en 1840.
LA LITTÉRATURB FRANÇAISE
son hdte] do la rue du Bac, où elle coraraence à exercer une sérieuse influence sur la société. Mala bientôt son salon devient suspect à Bonaparte. Cependant, elle faisait paraître en 1800, son livre Dt la lÂHiratare. En i803, elle perd son mari. La même année, elle donne son premier roman Delphine. Le 15 octobre 1803, elle reçoit l'ordre de se tenir k quarante lieues de Paris (1) ; elle s*éloignc en décembre, avec ses enfants, poui visiter l'Allemagne. Francfort, Weimar, Berlin sont ses principales étapes; elle Toit Gœthe et Schiller, Ficbte et G. de Schlegel. La mort de son père la ramène à Coppet en avril 1804; elle compose son éloge sous ce titre :i)iiCaraclère de M, Necker et de ta vU privée. En novembre 1805, elle part pour l'Italie, et elle en revient en juin 1806. Elle publie Corinne, son second roMan, et essaie vainement de rentrer à Paris, l'orcée de demeurer à Coppet, elle travaille à y attirer tous ceux qui, en France et à l'étranger, taisaient de l'opposition & Napoléon 1". En 1807, Mme de Staël entreprend un second voyage en Allemagne; elle repasse par Wuimar, visite MunJcii et Vienne. Elle peut alors écrire son livre De l'AHemagne, qu'elle fait imprimer en 1810 h l'aris ; le livre va paraître, quand la poiicc en saisit tous les exemplaires, qui sont jelcs au pilon. Mme de Staël, qui avait surveillé do Chaumont l'impression de sou ouvrage, est de nouveau condamnée à uncuil sévère, et Coppet est mis en interdit. En 1611, Mme de Slaél se remarie avec un jeune ofllcicr suisse, Aibcrl de Itocca. Mais l'année suivante, elle part pour Vienne et Saint-l'ctiTsbourg, passe en Suède, et de là en Angleterre; elle y publie son livre De l'Allemagne, et rentre eu France en 1614. Après un nouveau voyage en Italie et un séjour k Coppet, elle reprend k Paris une vie mondaine et fiévreuse, rédige ses Dix Années d'exil, ses Coiatdératlont sur la Révolution fmnqnise, et meurt le 13 juillet 1817 ; ses restes fuiMiit Iranspoiiés et inhumés à Coppet.
{%)Marceaiix cKaitit, 1"ojcIb, p. 411
Imtgei qi
LES INITlATEUnS DE LA NOUTEU.E REyAlSSANCE
~ Vn mot sur ic« romans : Dslphina (1803) porte pour ipigrtpbs cette pcniéa da Hmo NecLar : « Un homme doit ïiiïoïr braver l'opinion, une femme doit l'y soumettre.» La forme adoptâo par Mme de Staf I. les Ultret, rsttaclie ce roman au dii-liultii'me siècle, en particulier i la KoavelU Héloiie do Rouisesu. En 18C3, aprèi.4tafo, il était d«jà démudâ. — CorÎDDe (1BU7) a conservé plus d'inlér«t. Cotte fois, la tlièso du féminiime est pusée fraiiclicmenL Corinne eat une « fommo supérieure ■ qui possèils tous ies dons do la nature et tous les talents: elle ne pourra su faire >a place dans ta ■oriété. Ttiùie i part, le cadre du roman et les dlgrcsBi durée. La dcfrripUun de Rome, da Tisoll. l'analyse des chcfs-d 'œuvre de la sculpture et de ta peinture, lus clinpitras sur Haples, sur Pompéi, les Jugemenb sur la comédie et la tragédie Iti-
cilûscommo de curieux modèles d'une critique bientémÎTiineparledon
l'enthousiasme (I).
Da \m LIKiratura
(I8W|. — c< Je ma suis proposé, dit Mme de
»uëi.d'o
ligion
dos
littéolu-
re, et quelle est l'inDuence de la liltoraluro sur la religion, les mœurs et les lois... Il me semble que l'on n'a pas sufQsammeni analysé les causes morales Dioe et politiques qui modi- adèla amis rient l'esprit de la littérature. Il C'est donc rétude dea rapports de la lillérature lettres la méthode de Montesquieu. Mail (progrès), et, par U, elle se rattachi Quel est le facteur de ce prngriif li ou l'alTaiblissement passager da l'csp li liera tu res anciennes
de Frantoit Qérard Ii770-t937), iitnographie par Aubry-ie-Cûmteubleau. qni ornait le aaion de M" lUcamiar, U" de Staâl. la peintre a doanè à Carione les i idéalisés de M- de Sta«l.
ic la société :
le de Sta^l veut appliquer aux e thèse, celle de la perfectibilUi j groupe dos encyclopédistot et des idéologues, berlo. C'est le dêvaloppemanl, le rayonnement, de libiTté, qu'elle cherche à travers toules les it modernes. — Après un discours préliminaire où elle étudie les rapport* de la littérature avec la twrlu. la gloire, la liberU, le bonheur, elle consacre une Première partie aux anciVns et aux modernet, depuis l'épopée grecque jusqu'l 1« Bn du dix-bullléme siècle. Les chapitres sur la Grèce et sur Rome sont faibles ; on peut en dire autant de ceux qu'elle consacre aux littératures italienne el espagnole. — Hais Urne da
(1) Morceaux choiait, t" cycle, p. *H.
m LA LITTÉBATURE FRANÇAISE
SUdl prend sa revanche quand elle arrive aux littératures du Nord (chap. xi à xvii) ; son chapitre xii est peut-être, après tant de travaux de la critique contemporaine, après Schlcgel et Taine, la plus vive et la plus suggestive évocation de Shakespeare. — Le dixseptième siècle français ne pouvait, dans une pareille thèse; être équitablcmoni jugé; Mme de Staël y soutient le système qui devait être repris par Taine : « C'est une littérature mondaine.,, » Elle n'y voit guère que le théâtre. Le dix-huitième, au contraire, est fait pour la thèse, à moins que la thèse ne soit faite pour lui. — La Seconde partie est intitulée : De l'élal actuel des lumières en France et de leur progrès futur. Malgré quelques aperçus piquants et beaucoup de formules éloquentes, on peut dire que Mme de Staël n'a nullement prévu ni tracé le développement prochain du romantisme, sauf pour le roman (1). — Bref, |e grand mérite do l'ouvrage n'est ni dans les généralisations hâli%es. ni dans let tableaux un peu superficiels, ni dans les formules prophéticfues, démenties bientôt par les faits ; il est dans cette vive et mobile sympathie pour les belles œuvres et pour les grands sentiments, dans ce prompt enthousiasme substitué pour la première fois au dogmatisme, dans cette intelligente orientation vers les littératures étrangères: do tout cela devait se former la critique de Villemain et de Sainte-Beuve.
De l'Allemagne (18^0). — Il y a deux éléments à considérer dans ce livre : le premier, aujourd'hui moins apparent, mais le plus vivement senti par les contemporains, est une protestation en faveur du droit contre la force, du principe des na\ionalités contre l'esprit de conquête ; Mme de Staël, au milieu du silence effrayé de l'Europe, élève une voix généreuse et éloquente : la police impériale ne s'y trompa point. Mais, d'autre parti c'est un livre de critique, excellent à sa date, et qui, bien plus que la Littérature, a conservé son prix, il se divise en quatre parties : I. De l Allemagne et des mœurs des Allemands, — \\. De la littérature et des arts. — III. La pkilosophie et la moraU. — IV. La religion et V enthousiasme. La deuxième partie est la plus intéressante. Mme de Staël, en Allemagne, a compris le romantisme et la poésie; ses chapitres sur Goethe, sur Schiller, sur Kippitock, sont encore vivants. De même ceux qu'elle consacre à la critique, à Lessing, h Schlegel. Elle est moins compétente en philosophie; cependant, elle nous a initiés la première à Kant et i Fichte. — Au point de vue politique et social, nous ne pouvons noua empêcher aujourd'hui de trouver qu'elle idéalise un peu trop l'Allemagne |2).
Influence de Mme de Staèl. — Cette influence a été profonde et durable. — Eu histoire, Mme de Staël a transformé la théorie encyclopédique de la perfectibililé ; elle y a inlroduit rélément moral et l'enthousiasme, u Ce que l'on admire dans lc3 grands hommes, a-l-elle dit, n*est jamais que la vertu sous la forme de la gloire. » Cet enthousiasme généreux enflammera encore Michclet. — En critique, l'influence est plus vive encore ; elle devance celle de Chateaubriand, et la complète. M™" de Staël enseigne, comme lui, à découvrir les principes sociaux de la littérature. Elle contribue à détruire le dogmatisme classique, et à y substituer rétude de l'œuvre considérée dans son milieu et par rapport aux multiples conditions qui Pont provoquée et modifiée ; le sens du relatif et de Vhistorique entre dans la critique. Elle corrige ce qu*il y aurait de trop sceptique dans cette théorie par un sens très vif et une sorte d'instinct du beau et du vrai : de Villemain jusqu'à Taine, son esprit a continué de vibrer. — Enfin, Mme de Staël est
(1) Morceaux choisis, i"cycle, p. 409 ; »• cycle, p. 913. (8) Morceaux choisis^ S* cycle, p. 915.
une des plus ardentes propagatrices du cosmopoUlUme UUéraire. La méthode qu'elle a suivie pour noua faire connaître et aimer l'Allemagne de Gtstfae et de SchiUer, nous la retrouvons dans les préfaces des romantiques, dans J.-J. Ampère, Faurisl, Philarète Chasles, dans la LitUralure anglaise de Taine, dans le Roman rutte de H. de VogOé.
Mme de SUCI écrivain. — Le style de Mme de Staël est celui d'une conversation animée, qui tourne souvent à la dilTusion et au bavardage, mais qui abonde en lours vifs et heureux, el qui se soutient toujours par l'enthousiasme. On la lit avec intérêt, avec plaisir; on n'a pas l'impression d'une belle langue, sûre d'elle-même, et qui fait corps avec l'idce. C'est plutôt un style de publi-
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Génie du Chrutiantâme.
SOMMAIRE
u dix-aeuvîëine siicle est
!• Le lyri fli«n et i^mboliite.
a- LAMARTINE (1790-1869) n' puté, minisire, il écrit des vers d'inspi
pasi
dilations réponde l'angoiss
facilité;
ipéra
1 goût e