IL — LA TRANSITION
THÉOPHILE GAUTIER (1811-1872). — Th. Gautier se croit d'abord la vocation de peintre (et il ne se trompe que sur l'emploi des procédés) ; c'est comme rapin, élève de Rioult, qu'il prend part à « la bataille d^Hernani », et qu'il scandalise les « philistins » avec son pourpoint rouge cerise, son pantalon vert d'eau, et son pardessus gris noisette. Il publie ses premiers vers à la fin de 1830, sans y révéler encore autre chose qu'une certaine sûreté dans la facture.
(1) Morceaux choiêis, i" cycle, p. 458.
(2) Morceaux choisisy 2* cycle, p. 991
(3) Sur Sainte-Beuve, poète, cf. p. 799.
(4) Morceaux choieië, 2* cycle, p. 993.
^^^^^^i^^^mi
uW^'^ i
^gw
^n : Trm 1m bm» >'V<Tfe^ m E^pBfnc 1S9 . /lut
l'«iT>i^ ca AsMsr lâG$.
Tbéaplûle G«^kv pnllquc le premier la tWorif do r^f fCBT rarL II rMfii eoDlre F m hypcrtraphic du Moi <lj », coolie les perjn"lucllcs effusions ïenlimnilal<^5(Lainartîiiej,coiilre U-t àée*%fm9 de l'anrawr déçu (UiuMtX CMttre les pntvfi- Uooaphiloaopbiquesou po- IIM(|)ini dtf pAlilfl (Vljffijr, Hii|{n). Solon (lautier, la poète e>t un taoïniDe qui vnll U mnnilf érUrlâitr ml (jui «n ovprlme, en wr» plastiques et colorés, ks ■«[Wi'l* illwori. O n'mt pM qu'il bnimiMe tonte itUm de la poésie ; nuis il iiVii lrii|i(>wi iiui'iiiiK h Mdti Jni^tiiiir ; cilui-ci, devant un tableau ou dexant uni- *lllii>iir-lli', l'-iiriHivi^rn (ri i>u (cl iienliiiirn( comme devant la réaliU. Aasii
ntirttktn M •miirftln.K On,
Mi^VTS)
lad*flnli
Gautier est-il avant tout un grand artiste, qui peut-être, en ' plein romantisme, a sauvé notre langue et notre versification d*une sorte de diffusion verbale et rythmique. Son clief-d'œuvre est Émaux et Camées.
BAUDELAIRE (1821-1867). — Baudelaire peut être réclamé à la fois par les Parnassiens et* par les Symbolistes. Esprit étrange, sensibilité maladive, goût du rare et du faux, mépris du simple et du vrai, culte de la forme et du rythme, tout ce qui se développera, qualités et défauts, dans les deux écoles, apparaît ôhez lui. Un seul recueil, les Fleurs du mal (1857) fil sa réputation. On y trouve une mélancolie malsaine, un réalisme choquant, des élégances parfois exquises. Baudelaire a laissé une excellente traduction des œuvres d*Edgar Poê.
THÉODORE DE BANVILLE (1823-1891) se rattache plus exactement à Théophile Gautier et aux Parnassiens. Banville pousse à l'excès la doctrine de Vart pour Vart, et semble s'appliquer exclusivement à la ricbesse de la rime. 11 a exposé ses théories dans son Petit traité de versification française (1872). Ses principaux recueils sont : les Cariatides (1842), les Stalactites {iSHi), les Odelettes (iS^l), les Odes funambulesques (1857). Sans doute, Banville Cherche surtout les effets de rythme et de rime, et la plupart de ses petites pièces ne valent que par la forme r mais il a mis une fausse coquetterie h se railler de la pensée et du sentiment, car il est plus d'une fois heureusement Inspifé» et son talent de ciseleur n'exclut ni la finesse ni la sensibilité (1).
Ul. — LG PARNASSB.
En 1866, le libraire Lemerrc publiait, sous lô titre de Parnasse, un recueil comprenant des vers de Lcconte de Lislc, Sully-Prudhomme, J.-M. de Hérédia, A. Silvcslre, Léon Dicrx, F. Coppée, Villicrs de l'Isle-Adam.A. Thcuriet, Stéphane Mallarmé, Verlaine, etc. Cette réunion ne fut que momentanée, et tel Parnassien s'est très vile séparé du Parnasse. Sans parler des dissidences complètes qui se produisirent avec Mallarmé et Verlaine, chefs du symbolisme, on verra combien diffèrent de Leconte de Liste et de Hérédia, les Coppée et les Sully-Prudhomme» Si l'école parnassienne est celle de la beauté plastique, du ry thme» de l'impersonnalité poussée jusqu'à l'indifférence, le nom de Parnassien ne convient exactement qu'à Leconte de Liste et à J.«M. de Hérédia. Les autres, comitie Sully-Prudhomme et F. Coppée, encore qu'on les appelle Parnassiens, «ont défi poètes, tout simplement, sans autre étiquette que leur illustre nom.
(1) Morceaux ehoitiê, 8* eyole, p. 900.
LA UTTÉRATVRE PRANÇAIS8
LECONTE DE LISLB (1818-189i). — Né â la Réunion, Leconte de Lisie voyagea aux Indes et dans les Iles de la Sonde. 11 y put emplir ses yeux des sensations colorées que plus tard ildevait faire passer dans SCS vers. II vécut ensuite à Rennes, où il étudia l'histoire et le grec ; k cette époque (1841) il publia des vers d'une singulière banalité, et dont personne, au moment de sa grande célébrité, n'avait conservé le souvenir, pas même lui.
En 1846, Il s'installe à Paris, s'occupe à la fois de poésie antique (traductions de 1'/liade, de VOdjrssée, etc.) et de politique (esclavage). Il donne, en 185S, ses Poinut antiqaes, avec une Préface qui est un programme de la nouvelle poésie ; en 18^4, les Poèmes et Poétiet ; en 18G3, les Poème» barbaret.
Il devient alors le chef incontesté de l'école parnassienne. En 1873, il se présente sans succès à l'Académie ; à chaque élection nouvelle, il échoue : mais Victor Hugo lui réserve toujours sa voiï. Aussi estce à Victor Hugo qu'il succède en 1886.
Nous n'avons qu'i nous reporter à la préface des Poèmei antiqaet (1) (185i) pour y trouver la déllnition de celte poésie : u ... Bien que l'art puisse donner, dans une certaine niesurc, un caractère de généralité à tout ce qu'il touche, il y a dont Vavea public des angoisses du eaar une vanité et une profanation gratuites. D'autre part, quelque vivantes que soient les passfoni politiques de ce temps, elles appartiennent au monde de l'action ; le travail .ipéculatif leur est étranger. Ceci explique ï'impersonnaliié et la neulraliU de ces
SÊ
/i| '||iM| IjHj^^W'^''
sHb
^■^ff
D'iprèi I
lithDgra|ihie
(1) Cotis PriftKt DS Agurs pai dam
,nliq«t
études... Il faut se rêjugier dans la vie contemplative et savante, comme en un sanctuaire de repos et de purification... Vart et la science, longtemps séparés par suite des effets divergents de l'intelligence, doivent donc tendre à s^unir étroitement, si ce n^est à se confondre. L'un a été la révélation primitive de l'idéal contenu dans la nature extérieure ; l'autre en a été l'étude raisonnée et l'exposition lumineuse.
Mais l'art a perdu cette spontanéité intuitive, ou plutôt il l'a épuisée ; c'est à la science de lui rappeler le sens de ses traditions oubliées, qu'il fera revivre dans les formes qui lui sont propres. »
Ce programme antiromantique une fois exposé, il convient de distinguer, avec F. Brunetière, les trois inspirations de Leconte de Lisle : — i** Vantiquité, sous deux formes : gréco-païenne (Hypathie, la Vénus de Milo, Niobé, l'Enfance d'Héraklès, etc., et les Érinnyes, drame en trois actes, imité de VOrestie d'Eschyle), et indoue ou bouddhique {Bhagavat, Surya, la Vision de Brama); — ^ Vexotisme: son goût de savant pour le bouddhisme se combine avec ses souvenirs de voyages, et lui inspire ses paysages éclatants {le Bernica, la Fontaine aux Lianes) et ses descriptions d'animaux {le Rêve du jaguar, les Éléphants, la Panthère noire^ le Sommeil du condor) ; — 3** le pessimisme qui procède en lui du positivisme scientifique, du paganisme et du bouddhisme.
Dans les pièces comme Midi, Nox, le pessimisme de Leconte de Lisle se sépare franchement de celui de Vigny, en ce qu'il cherche une consolation ou un oubli dans la nature (0 mers, 6 bois songeurs... Vous avez apaisé ma tristesse profonde). Dans l'admirable pièce intitulée Dies irœ, le poète chante l'anéantissement dans la mort, à laquelle il demande de nous rendre u le repos que la vie a troublé ».
Écrivain, Leconte de Lisle forge des vers robustes et sonores, un peu raides ; sa langue sent rcffort^ toujours heureux d'ailleurs, d'un artiste qui veut réaliser un certain degré de précision, de plasticité et d'éclat (1).
J.-M. DE HÉRÉDIA (1842-1905). — Hérédia, né à Santiago de Cuba, élevé en France, resta fidèle au Parnasse. Il publia un à un, dans les revues, les sonnets dont le recueil, paru en 1893, porte pour titre : les Trbphées. Jamais la formule fameuse de Boileau : Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème^ n'avait paru si juste. Chacun de ces sonnets est un poème, en effet, d'une composition si serrée et si savante, qu'on ne se lasse point de les relire pour en pénétrer de plus en plus le sens, et d'un style à la fois si plein et si éclatant, d'un rythme si impératif, que c'est une joie pour l'œil et pour l'oreille. On cite particulièrement : Le Chevrier, Némée, La Trébbia, Soir de bataille, Antoine et Cléopâtre, Les Conquérants (2).
(1) Morceaux ehoiiU, 2* cycle, p. 1370. (S) Morceaux choUiii S" cycle, p. 1379.
SULLY'PRUDHOMMB (1S39-1 908). —CestparTâlude des sciences quoSullf- Prudhomme se prépara à la poésie. De là, dans la nolatîon de se» sensations oo dans sa psychologie générale, une précision singulière. Ame vibrante et que « d'innombrables liens frêles et douloureux a retient à TuLiivers entier, Sullir- Prudbamme exprime dans un style d'une tronsparcncc de cristal, sans recherche de couleur, sans dûclaination, sans rffeclalion d'aucun genre, les nuances les plus fines et les plus justes.
Parnassien, juste le temps nécessaire pour apprendre à lond le métier, il croit avec raison que la poésie doit être inlime et philosophique, et que u le monde extérieur n n'est inléressani qu'en tant qu'il sollicile notre pensée, à titre d'énigme sublime. Les Slanixt el Paimei (1865-1866) contiennent, parmi les moi'ccaux les plus remarquables : le Vase brisé, l'Habitade, loute l'exquise série intitulée Jeunes FiiUs.^ïiansleiiÉpreuoei el les Saliludei (J866-I87J) :
Première Soliludc, la Voie lactée, la Ljre el les Doigis, le ilissel, elc. — Les Vaines Tendresses (l8T2)rei»ferment peut-être les plus belles pièces : Aux amis inconnus, la Coupe, l'Étoile au cœur, elc. — Le Zénith {lS78j est un court poème, consacré à la catastrophe du ballon de ce nom. — Plus tard Sullj- Prudhommo rédigea des poèmes philosophiques et symboliques, plus vastes, e' un peu froids comme la Justice ^^m8) el le Bonheur (1S88). EnHu, il a donné plusieurs éludi's philosophiques très distinguées : Xine Préface à sa traduction du premier livre de Lucrèce, une élude sur Pascal, el it a réuni sous le tllre de Testament poétique (i'Ml) un certain nombre de morceaux critiques dans lesquels on trouve une 1res intéressante discussion avec les symlralistei sur la n . dun ver» mesuré et rythmé (1).
photographie do Dornac
FRANÇOIS COPPËE (1842-1908). — Poète des intimités, des humbles^ des réalités un peu mesquines de la vie quotidienne, Goppée a su faire sortir un pénétrant et délicat parfum de toutes les choses banales ; il a pensé que la poésie n'avait besoin ni de grands sujets ni de héros, mais que Thomme, parce seul fait qu'il souffre, qu'il aime, qu'il espère, qu'il se résigne, est un foyer intense de vraie poésie. On peut discuter son système, car c'en est un : c'est de parti pris que Goppée choisit un « petit épicier de Montrouge », de u petits bourgeois », un « mécanicien de la ligne du Nord », etc., et qu'il les place dans un cadre vulgaire minutieusement étudié. Bien qu'il pousse, dans cette vulgarité, d'exquises fleurettes poétiques, il est permis de préférer, chez Coppée, les mélancolies charmantes de V Arrière-Saison (1887), et la beauté philosophique et religieuse des Paroles sincères (1890). Beaucoup d'autres pièces de ses nombreux recueils prouvent qu'il était avant tout une âme d'une délicatesse un peu souffrante, héritier de Lamartine et de Musset, rival de SuUy-Prudhomme, et qu'il s'était fait un genre un peu artiflciel du naturalisme poétique. — Nous avons parlé ailleurs de ses beaux drames en vers(l). — Quant à certaines pièces séparées : la Lettre d'un mobile breton, la Veillée, la Bénédiction, il nous parait qu'elles seront bientôt tout à fait démodées (2):