I.R DRAME ROMANTIQUE
n. — LES THÉORIES.
Cet théories sont exposées avec éclat dans la célèbre priface de Crùmwett, écrite par Victor Hugo en 18i1. Cette préface a été considérée comme le manifeste de la jeune école dramatique; ce n'est pas qu'elle soit fort originale (1). Toutes les idées de Victor Hugo sont dans la critique courante de sou temps.
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Vald UdevlM qn« tooniutariila
Mme de Staël, par ses analyses de Shakespeare, de Gœthe, de Schiller, avait répandu dans le public lettré le goAt et le désir d'une forme dramatique plus libre. Les journaux du temps, le Conservateur lilléraire, la Mau fivnçaUe, le Lycée français, le Globe, etc., en discutant&leur apparition les pièces nouvelles, Indiquaient la voie à suivre pour substituer à la tragédie caduque un genre nou-
<1] Voir Hntndnetton da U. Uadbics SamuD i win édition d* U Prifaet dt OroameU liSTl).
7fA LA LrrrÉit\T^:R£ frvsçuse
téOfti H ifi^^èui, ÏJt c^l^tbre Manxonl ii^ rcpoodant â on oocopie rpnda de sod pf*!tfii^ 4r4fn^f ^>irmagn/Àn^ publuit en I8i0 one Letire tar Us a-u^a à Uqarile âfii c/^lUlxirer VMtirwlf et qai «»t U pitis fine et jodiciease liîsciBsioo que Toa 4ft prtfdmit %ur tuArt: f y«tème cUsiqne. Mais qai donc arait hi cette sa^anle ^fide? f>; Tfié^tre-Pnnçaî» continuait â fermer ta porte aox Doa^eaotés, et k ptiMu: peniftait dari« sen routinières admirations. Victor Hugo, mesurant Feffort à la ré«i«taric^, fît d/^ sa préjace une machine de guerre, énom»e et brayaote, btmrrhi de paradoxes et d*antithéses« rerétue d*un style éclatant. Cette fois, k public et les auteurs furent touchés.
Analyse da la pf^aea da CromiralL — Victor Hugo Jette d'abord on coop d'od d*«nMrriibl« fur l« ffévcloppement de la poéfie i travers Hiumaiiité. Lapoése s'est évdllée dan* l« moutUi »^ec ï'Uomme lui-mcmc; mats cette poésie fut alors toute d'extase d fl'a/J/;raliofi, U*»lii lyrique. A mesure que l'hiiaiaiiité évolue et m§U, la poésie <le%ieat éftUguf, La (Hiitk%*s r<7 présente le lyrisme; Homère incarne l'épopée, laquelle conserre tes carartér#;« e*M;riti«U quand, au lieu d'être chantée ou récitée, elle est mise en action mr l« théâtre, M TfHJs les tragiques anciens, dit Hugo, détaillent Honaére. Ifémes frbles, niAmtf cata«lroplics, mêmes héros. Tous puisent au fleuve homérique. C'est toajoun VllituUtii VOdynnée, ilumme Achille traînant Hector, la tragédie grecque tourne autour du Troie, n KnOri, r»%éncmcnt du christianisme révèle à Thomme sa dualité; rhomme rfîiilreen lui^mAme; et son c<inir est désormais partagé entre les vertus qu'il doit pratiquer et l#;s instincts de sa nature qui le portent au mal : c*est tàge drmmtUiqae. — A la lettre, celle thèse no se soutient pas. VCEdipe-rol de Sophocle et IHippolyte d'Euripide sont dramatiques au sens le plus exact du mot. Et peut-on dire que l'âge moderne soil nfrjijsivcment dramatique, surt^>ut au dix-neuvième siècle, où le lyrisme envahit tout? Mais ce système contient cependant une part de vérité. Ainsi on ne saurait nier (et Victor llu((o ne fait que reprendre ici l'admirable thèse de Chateaubriand) que l'analyse des sentiments et dos passions n'ait reçu du christianisme à la fois des éléments nouveaux et une méthode nouvelle 7 La pJtye/io^jf^iV est une science moderne.- C'est par celte science si délicate que Haclne est supérieur aux anciens; c'est par là que Shakespeare et Giethe l'emportent on profondeur ôt en complexilé sur les Grecs.
Or, continue Victor Hugo, lo drame a pourt>b^l la vérité; il le définirait volontiers : U réiurreelion de la vie intégrale. C'est donc bien à torV'lBelon lui, qu'on a créé à Tcpoque classlipio doux genres séparés : tragédie pour les passions nobles et terribles, comédie pour les ridicules. Ici, les larmes ; 1&, lo rire. Réunissons cei deux éléments, le beau et le laid, le »Mime ot lo grotesque. « La poésio complète est dans l'harmonie des contraires. » HulunonN bien cotlo dernière formule; car Victor Hugo, qui proscrit les unitét lie /rm/>s ot de tivn^ conserve Vunili d'action, et tient à l'unité d'impression. Reste à savoir Junqu'ii quel point le mélange du sublime ot du grotesque peut être harmonieux? Shakespeare y a réuHNl, parce (pj'il a soumis tout l'ensemble de son drame â une idée fixe qui noiiH tyrannlHu, et h une opliquo puissante qui en fait l'unité. Mais il n'en est pas de ini^nio (lu Hol s*amune et de Lucrèce liorgia^ où le spectateur sent quelque incohérence. — t'irilln, Victor Hugo fait de très Judicieuses réflexions sur le style dramatique ea vers. Valexandrin^ le vers Iraditionnol de la tragédie, doit rester celui du drame: mais il lo faut assouplir et colurur, on revenant à certaines libertés interdites depuis deux
(1) Msnsonl flTHI 1973), plus connu romme auteur do roman intitulé Uê Fiancés^ s donné <le«x ilrnmrN ; un 1MS(), 1$ (\nnte de (\irinagnola et, en 18S3, Adelehi; il s'y montre plutôt disciple ' Oii«ih(« qun de &hsliei«|»«art. — Lire le Lettre dans ThéàUfe et ffoéeied^ HAtaunn, tiad. Lali (('.har|>onlior) *.
LE DRAMfS nOMAmiQUE 7G9
siècles : onjBmbomont, déplaoemont do la césure, etc. ; d'allloun, « rester fidèle i la rime, celle csclavo-roino, celte suprômo grAco de notre poésie », et « fuir la tirade », car c'est le personnage qui doit parler et non l'auteur. — V. Hugo a bien, en effet, transformé en vNï morvoilloui instrument l'ancien alexandrin classique; il est en ce sens un incomparable virluose. Mais il n'a pas tenu parole on ce qui concerne la tirade. Et si Jamais personnages se sont oubliés eux-mômcs pour laisser parler l'auteur, ce sont bien, certes, les Hernani, les Ray-Blas eiloi Triboutet (1)1
Telle est dans son ensemble cclie- préface célèbre, où le jeune Victor Hugo a répandu plus d'images que d'idées. Une érudition assez naïve Tencombre d'exemples pris à des ouvrages que l'auteur connaît surtout de réputation. Telle qu'elle est, on ne saurait nier son importance, prouvée surtout par Taccueil qu'elle reçut dans la presse littéraire de l'époque. 11 n'est pas un critique de quelque valeur qui ne l'ait analysée et discutée (^;.
Il faudrait compléter cette théorie générale du drame romantique par les autres préjaces de Victor Hugo, publiées en tète de chacune de ses pièces. La théorie du sublime et du grotesque, notamment, est reprise dans les préfaces du Roi s'amuse (1832) et de Lucrèce Borgia (1833). Autre chose dans les préfaces de Marie Tudor (1834) et deRuy-Blas (183S): ces drames ont un sens historique et philosophique; le poète est un penseur et un prophète.
Enfin, n'oublions pas qu'Alfred de Vigny a écrit, en 4829, en tète de sa traduction d^Othello, une Lettre à Lord AAA', où la question des unités^ du style, de la liberté au théâtre est reprise et traitée avec une solennité un peu apocalyptique, mais toutefois avec un certain sens critique; et, en 1834, en tète de Chatterton: Dernière nuit de travail», .^ sur la signification morale et sociale du drame.
A. de Musset n'a point fait de théorie du romantisme au théâtre ; il s'est contenté de persifler spirituellement celles des autres, dans ses Lettres de Dupuis et Cotonet.