‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 290 sur 408 · III. — LES DRAMES DE VICTOR HUQO · texte numérisé non relu

III. — LES DRAMES DE VICTOR HUQO

1827. Cromwell. — Ce drame en cinq aclesn'a jamais été représenté; les personnages en sont trop nombreux, les vers aussi. C'est plulùl une étude historique sous la forme dramatique. Cependant, à y bien regarder, l'action en est simple : il s'agit de savoir si Cromwell, le Protecteur, acceptera ou non le titre do roi, que veut lui décerner le Parlement? Une conjuration s'est formée, composée de puritains et de cavaliers, pour se saisir de Cromwell et le poignnarder, avant qu'il ail pu « cehidre le diadème ». Le premier acte, tout, à fait nouveau par son mouvement et sa variété, nous initie aux desseins et aux ambitions des conjurés. Le poète y témoigne d'une érudition parfois heureuse, souvent confuse. Il y imite beaucoup Wallcr Scolt. — Le second acte nous présente Cromwell dans son intérieur. C'est un nouveau tableau^ qui ne manque pas de verve, d'esprit, d'exactitude, mais où l'action ne marche guère. — Au troisième acte, un des conjurés,

(1) Morceaux ehoiaiSf 2* cycle, p. 1003.

(t) Voir sotM Preue tUtéruire êouê la JUêtaupution, p. 34S.

UffCtu^Uer, boU le naroAUfoe préparé poar Cromwell ; — et sa qaatiiè^ acte, c'est In qtie le* c//njuréf vont frapper, croyant § 'être Mi«is du tyran. Mais CromweU, qui, dêfviK, •••ifte i leur délibération, les fait arrêter. — Enîm, an cinquième acte, toat est pféparé p^mr le c/iuronnement de Cromwell. Tous les corps de l't^Ut défilent devant Fcstrade, Ufui le peuple est U. ^>lui qui est cbamré de lui présenter la couronne, doit le frapper d'un c>up de ^/tf^nird. Mais Cromwell, averti, repousse hypocritement cet bonneor dann^ereux. Il est acclamé par set adversaires eux-mêmes. Resté seul, il se dit « (^oand donc serai'je roi ? »

1829. Marloti O^lorm*. — Lue par Victor Hugo k ses amis (1(, cette pièce fat nçœ au Tliéltre'Fran<;ais, mais ausslt<U interdite par la censure. Elle ne put être jouée qu'en mal 1831, k la PorteSaint- Martin ; Mme l>r>r>al créa Marion, et Bocafre Didier; eUe fàt reprise plus tard au Théitre- Français. Victor Hugo avait fait une démarche auprès de M. do Martignac ; le ministre le renvoya au roi Charles X, qui refusa d'opposer ton veio à ci;hji de la censure. — MarUm l}€lnrmec%i une pièce assez maladroitement composée, et dont Uj\ï% les cwaclkret sont conventionnels. Le jeune Didier, héros bjromiem^ mystérieux aime, sans la connaître, Marion Delorme. H se bat, malgré les édita du cardinal, avec son rival Saverny ; il e%i arrêté. Grâce k Marion, il s*échappe. Quand il apprend quelle est celle qu'il aime, il se livre lui-même à la justice. Marion obtient ta grâce du roi Louis Xlll; mais celui-ci se laisse arracher par Richelieu une nouvelle condanuution, et DIJier estciéculé après avoir pardonné à Marion. — La thèse de la pièce est fausse; Ies45ris lii^Ujriquo en est fort discutable, Louis XIII y étant présenté comme un fantoche, et llicliclicu comme un bourreau. Le mérite de ce drame est dans le tableau vif et animé do la vie <lo cour, de château, de province. Le second acte, où l'on entend les gentilshommes do Ulois causer do Paris, de ses duels, de ses théâtres, de Corneille, de Scudisry» etc., oii l'on assittle au duel do Didier et de Saverny, est d'une v^nue merveilleuse. Tout y porte, tout y élincello. Do môme, au troisième, les scènes des comédiens. Enfin, la iHéco contient quel<|ues tirades vraiment éloquentes.

IBHO. H«rnanl. — nopréscnlô au Théâtre-Français le 26 février 1830. Cette première est roMliiti célèbre sous le nom do lialaille d'ilernani (2). Classiques et romantiques se dispiilèrorit le surcès vers par vers. L'nvniitage resta à la jeune école. — Par le choix du sujet et do Téporpio, pir la qualité et le caraclcro dos personnages, par l'action et par le (lériouomcnt, par le stylo enfin, c'est le chcf-d'oMivro ou le typo du drame romantique. — (^uols décors, on olTot, que co vieux palais do famille, à Saragosse, en 1519 ; cette rue de la ville, nvoc SOS rumeurs lointaines ot ses lueurs d'incendie; ces caveaux d'Aix-la-Chapelle, avec le lornboau de Charlemagno; cette terrasse do château, avec ce bal étincelant. — L*actlon n*oMt pas moins mélodramatique : un grand d'Espagne, devenu bandit, sous le nom d'IIornnni, pourMiit dosa haine le roi Don Carlos; il aime Dofia Sol, nièce et fiancée du vieux Don lluy (îomès do Silva; il la dispute au duc et au roi; il se déguise en pèlerin pour approclior d'elle, il se livre & son ennemi, il conspire contre le roi qui devient empereur ; 11 reprend ses litres et son nom; il épouse Dofia Sol... Mais lia juré à Don Ruy Oomès, (pii Ta aidé & arracher Doua Sol au roi Carlos, qu'il mourrait k son premier signal; et il lui a remis son cor dont le vieillard n'aura qu'à sonner pour que Hernani se tue. Le cor fatal réftonno nu milieu mémo dos noces d'Hernani et de DoAa Sol. Les doux époux meurent oriHemhle. Don Uuy Gomès se poignarde à côté d'eux. — Les caractères sont tous lyriques au sens le plus complet du mot. Emportés par leurs passions, ils

(1) Cotte locturo ont liou ches Eugène Devéria ; y assistaient : le baron Taylor, commissaire royal auprès du Théâtre-Français; Dumas père, A. de Vigny, Emile Deschamps, Sainte-Beuve. Bonlanirer. Le directeur de la Porto-Saint-Martin ot celui de l'Odéon se disputèrent la pièee, qaaHogo réserva au Thoàtro-Prancais, où Mlle Mars devait jouer Marion, et Firmin Didier,

(t) On an trouva un rêoitdans VHistoire du romantiême de Th. OAtrruR .Charpentier).

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