I. — VILLEMAIN
Abel-François Villemain fut célèbre dès ses débuts. En 1813, 11 obtint le prix d'éloquence h l'Académie française avec son Éloge de Montaigne; en 1814, il fut couronné de nouveau ponr un Diieoart sur la eritiqae,doai il lut des fragments
inm .(1798-1881). Cti- de RénuMl (ITVZ-lSn), Ch. Mtgnin
798 L\ LITTÉRATUBB FRANÇAISE
dans la séance publique du Si avril 1814, à laquelle assistaient les souverains alliés ; en 1816, troisième couronne, avec VÉloge de Montesquieu. Aussi fut-il membre de rAcadémie française dès 1^21, à trente et un ans : il devait par la suite en devenir secrétaire perpétuel (1834), et publier une longue série de rapports annuels. 11 entra à la Faculté des lettres, d'abord pour suppléer Guizot dans la chaire d'histoire, puis comme titulaire de la chaire d'éloquence (1816), où il professa jusqu'en 1830. Son succès fut immense ; un public nombreux et fidjèle composé à la fois d'étudiants et de g'*ns du monde, suivait ses cours avec une sorte de passion; les journaux en publiaient des comptes rendus. C'est qull avait une parole souple, spirituelle, s'éJevant sans effort jusqu'à l'éloquence. A partir de 18:27 (après qu'il eut été rayé du Conseil d'État pour être intervenu contre le projet relatif à la censure), il se plaisait à exciter les applaudissements par des allusions politiques, toujours très discrètes, mais toujours comprises. 11 ne publia, de ses nombreux cours, que le Tableau de la littérature française au moyen âge (2 vol.) et le Tableau de la littérature française au dixliuitième siècle (4 vol.). Après ^830, il fut deux fois ministre de l'Instruction publique, et prit une part active dans la Chambre des Pairs à toutes les discussions relatives à l'cnseigneniont. Comme secrétaire perpétuel de l'Académie française, il contiimait à montrer la plus intelligente activité, et, après 1848, il se consacra tout entier à des travaux de critique et d'histoire. C'est alors qu'il écrit : Souvenirs d histoire et de littérature^ Études sur la littérature contemporaine^ Essai sur le génie de Pindnre^ etc.
Villemain fut en son temps i'iniliateur de la critique historique. Aug. Thierry juge ainsi ses cours : a Là, je trouvais dans sa plus haute perfection l'alliance de la critique et de l'histoire, la peinture des mœurs avec l'appréciation des idées, le caractère des hommes et le caractère de leurs œuvres, l'influence réci-
proque du siècle et de l'écrivain. Cotte double vue, reproduite sous une multitude de formes, élevé V histoire littéraire à toute la dignité de V histoire sociale^ et en fait comme une science nouvelle dont Villemain est le créateur (1).» — Rien ne nous semble aujourd'hui plus naturel et plus indispensable que de mêler à nos études littéraires la biographie, l'histoire, et la comparaison avec les littératures étrangères; c'était alors une innovation. Ainsi, dans son Moyen Age, Villemain, qui vulgarise le premier les éludes de Raynouard, de Sismondi, de Fauriel, et qui les discute avec une très vive intelligence, tente d*expliquer les œuvres par le pays, la civilisation, les mœurs et les idées. 11 passe do la Provence à l'Italif où il étudie Dante (4* et 12° leçons) et Pétrarque (13* leçon), pour y chercher les influences et la réaction ; de même, il nous transporte en Espagne, où il analyse le Romancero (16° leçon). Tout cela est peut-être légèrement rapide et superficiel; mais c'est intelligent; les citations sont nombreuses et bien choisies ; les détails de mœurs et d'histoire, précis. On comprend ; on sent s'éveiller
(1) Récits des temps mérovinffiens. Préface (1840).
en sol la curiosité et la sympathie. — CetU méthode est appliquée avec plus de sûreté et de force dans le TabUaa da dix-haUUme lUcle. Là, combien de belles leçons sur la société, les piiilôsophes et les poètes de l'Angleterre (5*, 6*, 7', Ï6', iT leçons, etc.), sur la littérature italienne {40* leçon). Villemaln s'j montre vraiment un disciple éminent de Mme de Staël (1).
Rien de plus injuste que le dédain dans lequel est tombé Villemain. Sans doute, il a été trop « éloquent n, il a eu trop de goût naturel pour la phrate et pour le trait. Mais dégageons SCS idées d'une forme un peu surannée, nous le louerons d'avoir imprimé k la critique, et surtout du haut de la chaire, un mouvement décisif vers la relativité et le cotmopolitiime.
Parmi les contemporains de Villemain, et ses collé-.
gués à la Pacullé des lettres, n'oublions pas : Faiirfel (177ï-18iil, qui occupa la chaire de lîtléralure élrangère, et qui est un des esprits critiques les plus silrs et les plus scienlifiques de son temps ; il eut pour successeur Oxanam (1813-
Leopold Boill; (nai-lSU).
1853), non moins érudit, et dont ruuseigni
'dt plus d'éclat oratoire.