U. — SAINTE-BEUVE (I804-I
VI*. — Charles-Augustin de Sainte-Beuve est né à Boulogne -sur-Mer, en 1804. A l'âge de quatorze ans, il vint continuer ses études à ParU, et il y obtint des succès brillants ; 11 lui en est resté un fonds d'humanisme très solide, du goât pour le grec, et l'art de faire jaillir à propos la citation latine, et aussi peut-être une certaine rhétorique trop ondoyante et souple, qui parfois tient de la sophistique. — De fSH à 1827, Sainte-Beuve suit les cours de l'École de médecine; là, il prend l'habitude de la recherche scicntiBque, de l'analogie, et de ce positivisme d'esprit qui lui fera transformer la critique en une sorte a d'histoire
il) M
X thaiiit. 1" >7cl*, g. iVl ;» ojd* . IIU.
800 • LA LITTÉRATURE FRASÇAISE
naturelle ». — Cependant son ancien professeur, Dubois, a^ait fondé le journal U Globe f en 1824; il y appelle Sainte-Beuve, qui rédige d'abord de courts articles signés S. B., mais qui, dès 48^, en devient un des plus importants collaborateurs. Un article sur les Odes et Ballades (janvier 1827) le met en rapport avec Victor Hugo. Admis dans le Cénacle, il se croît poète, et publie en 1839 : Vie, poésies et pensées de Joseph Delormey et, en 1830, les Consolations, Mais il restait surtout un critique : en 1828, il avait donné le Tableau de la poésie française au seizième siècle, recueil de morceaux parus dans le Globe : là, il chercbait des ancêtres aux romantiques, et par delà le classicisme, il les rattachait à la Pléiade. A la même époque, il subissait une crise religieuse ; mais bientôt» du catholicisme déjà suspect de Lamennais, il passait au saint-simonisme où il ne devait pas s'attarder davantage. En 1834, il publie un roman : VclupU. En 1837-1838, il fait, à Lausanne, un cours public sur Port-Royal, devant un auditoire protestant auquel il parvient à expliquer Tâme janséniste. La poésie le séduit encore: il donne, en 1837, les Pensées d*août. Nommé en 1840 bibliothécaire à la Ifaxarine il est reçu à l'Académie française en 18 i4. — En 1848, après la révolution de Février, il se rend à Liège, et fait à l'Université de cette ville un cours sur Chateaubriand (Chateaubriand et son groupe littéraire). Il travaille au ConsiitU' tionnel ; puis, à partir de 1852, au Moniteur. On lui avait donné en 1855 la chaire de poésie latine du Collège de France. Une vive opposition» due à ses complaissfnces pour le nouveau pouvoir, lui rendit cet enseignement impossible ; démissionnaire, il fut alors nommé à l'École normale supérieure, où il professa pendant quatre ans. Il quitta le Moniteur en 1861, pourcontinuer ses Lundis au Constitutionnel, £n i8H5, il était nommé sénateur. Il mourut en 1869.
L'œuvre et la méthode. - - En dehors des trois recueils de vers et des romans, nous avons de Sainte-Beuve : 1® des ouvrages d'histoire littéraire : Tableau de la poésie française au seizième siècle (1 vol., 1828), Histoire de Port-Royal (5 vol., 1840-1860), Chateaubriand et son groupe littéraire (2 vol., 1860); 2« des articles publiés à la Revue de Paris^ à la Revue des Deux-Mondes, au National, au Constitutionnel, au Moniteur, au Temps, et qui ont été rassemblés dans les recueils suivants : Portraits littéraires (3 vol., 1844), Portraits de femmes (1 vol , i844), Portraits contemporains (1846), Causeries du lundi (15 vol., 1851-1862\ Nouveaux Lundis (13 vol., 1863-1872), Premiers Lundis (3 vol., publication posthume, 1875) (1).
Sainte-Beuve a dit lui-même qu'il voulait faire a l'histoire naturelle des esprits ». Il avait traversé tous les milieux, éprouvé tous les sentiments, sympathisé avec toutes les croyances ; il était l'esprit o le plus brisé et le plus rompu aux métamorphoses ». Revenu de tout, établi dans le scepticisme moral et le positivisme philosophique,- 11 croit n'avoir d'autre passion que celle du
(1) Morceaux choisis, 1*' cycle, p. 503; 2* cycle, p. 1122.
mÇUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
t, de fait, il a la passion de la recberclie exacte ; il n'ùpargne rien ni innailre, ni pour comprendre; il a des secrétaires qui vont consulter et des documents dans les bibliolbiqtics ; il n'hésite pas à interroger lui-
les témoins ou les auteurs. Biographie, milieu bislorique, idées am- ), philosopliie, religion, influences sociales ou particulières, tous ces été'
il les analyse, quand il essaye de définir et de classer aussi bien Racine me de Stacl, Diderot ranklin. Il remplit, e rapport, toute sa ion : « Le crilique est ntmo qui sait lire,
apprend A lire aux
» Sainlc-Biuve exil Port-Ro)al ou la i, Boileau ou La Rocauld, est vraiment la 'nlelUgenl des criti il ne déplait que par es de souplesse et de cmenl, un air de m ne tenir » qui d(.voile ntelligcncc I absence ictère et de grandeur
jfaut s'aggrave quand t des contemporams 18 les premiers arti
tiques, il est elogieux
\ la complaisance,
ire qu'il se sent infé-
\ eux comme poète
nme romancier, et
gagne en indépen-
et en impunité comme critique. Sainte- Beuve devient à leur égard
clairvoyance plutôt malveillante. Son cours de Liège sur Chateaubriand,
demain de la mort d'un bomme qu'il avait adulé, est un cbef-d'œuvre de
e pénétrante, et une action discutable. Certains articles sur Lamartine, Balzac ont quelque chose de mesquin; Sainte-Beuve s'y attache è tous les capables de rabaisser ou de ridiculiser ces grands hommes, et cela avec
iîectation de sincérité scientiliquc, dont personne ne pouvait Ure dupe.
ipprendra donc de Sainte-Beuve à pénétrer à fond un sujet, à disséquer
l'iprii la iltbagrnphia
80î L\ UTTÈnATVRE FBASÇKl^E
une œuvre, à en expliquer ci à en préciser les caractères essentiels; on apprendra de lui, encore, à sentir vivement le beau et le vrai; mais on n'aura jamais pour Thomme qu'une médiocre estime.