VI. — LA CRITIQUE DRAMATIQUE : FRANCISQUE SARCBY
Après Jules Janin, qui occupa pendant plus do trente ans le rez-de-chaussée du Joarnnt des DêbaU, de 183G à 18Ti, on compte de nombreux critiques dramatiques. Le plus célèbre fut francisque Barcey (1838-1899), qui écrivit, de 1859 k 4867, Icfcuilleton dramatique de l'Opinion nntionale, et de 1867 à 1899 celui du Temps. Une partie de ses articles a été recueillie en 8 volumes, sous le titre de Quarante Ans de Théâtre.
Sarcey u'eat ni un théoricien dogmatique, ni un moraliste, al un pliilosophe, ni un humaniste ; ou plutôt il est un peu tout cela, car il ne manque ni d'idées, ni de sentiments, ni de lettres, ni d'érudition. Mais il subordonne tout à une règle plus générale : ^ va au théâtre, pour voir une auvre de théâtre ; tl l'examine en homme de théâtre, dans sa perspective propre, et la juge d'après l'emploi plus ou moins habile des conventions nécessaires du théâtre. Au moyen de ce système, il a renouvelé, dans une certaine mesure, la critique du répertoire classique, en Taisant ressortir avec verve et justesse les qualités de métier d'auteurs considérés trop exclusivement comme psychologues ou moralistes. Mais il a une estime exagérée pour les dramaturges habiles, tels que Scribe et Satdou, auxquels il ne demande rien au delà de leur art ou de leurs artifices. 11; donne trop d'importance au vaudeville, ou mélodrame, à toute la producUon inférieure du théAtre. Enfin, il n'a pas bien compris les contemporains tels que Augîer, Dumas fils ; et il est syslématiqucment fermé aux nouveautés contemporaines et au théâtre étranger. Comme conférencier, Sarcey avait des qualités très personnelles, beaucoup de bonhomie et de finesse.
VU. — F. BRUNÉTIERE (I849-I907).
En 1875, Ferdinand Brunctière donna ses premiers articles à la Revnt des Deux Mondes ; il en resta toujours un des principaux collaborateurs et en devint le directeur. Il fut nommé en 1886 maître de conférences à l'École normale supérieure. En même temps, il se révélait puissant orateur dans ses conférences de rOdéon, particulièrement dans la série de 189^, qu'il a réunie sous ce titre : le» Époque» da théâtre français. En 1893, il fit à la Sorbonne un cours libre, qui a formé les deux volumes intitulés : Évolution de la poésie lyrique aa dix-neavUme tiiele. Cependant il publiait d'autre part : te Roman nataralitte fl860), Étadet entiqaet (8 séries de 1881 à 1906), Histoire et Littérature {3 voL, 188M88i), révolution des genres (1889), etc. £n 1898, paraissait son Manael de Vhistoira de la littérature française, annoncé par lui comme l'esquisse d'un plus Important ouvrage ; et il avait commencé à donner les deux premiers fascicules de son Histoire de la litlératare française classique [le Mouvement de la Renaûtanee, la Pléiade) quand il mourut (1).
(1) L'ouvra^ «t uiDtliiiiA, d'iprte ■•■ bdIm tiiiioa* par F. BreMlitr*.
L 1 LITTÉRATURE FRASÇAlSE
Itriinctiùrc fut d'abord un crudit d'une extraordinaire puissance de travail. Sauf sur le moyoïi Sgc, qu'il n'aimait pns. il avait approfondi los sources et lr< textes, et il excellait à s'assimiler, pour en faire un usage original, les traraui de lu critique contemporaine. A ce fonds très riche, et qui s'augmentait de jour en jour, Brunctïèrc ajoulail la connaissance des philoMi' phes et des savants contemporains : Darwin, Herbert Spencer, Ilœckcl, Schopcnbauer, Auguste Comic. Leur?
théories, qu'il n'acceptait p»f I tout entières, au point ilt vue moral, il essajra de In appliquer à la crîlîque lillôraire. 11 inventa donc ïévolalion des geitret. Un genrt, l'épopée, le l;rrlsme, le roman, etc., nall, se développe,, se transforme, meurt ou plutôt se mue en un autre genre, scion le milieu, le moment, les influences, etc.
Eu dehors de celle llicorie générale, qui n'a peu'.-Otrp d'autre iiiconvénieiit, quand 011 y réfléchit bien, que d'i-lrr d'une évidence un peu naiïf, Brunetièrc en a soulcnud'autrcs qui nous semblent plus iinporlanics pour qui veut lui assigner so place dans la critique du dix-neuvicmc siècle: ils renoncé à l'indfJJÏrence scienUJÎque d'un Saiiitrseulement clatter, mais juger.
bolograpbiB do Reutliogar.
Iteiivc ou d'un Si'lon lui, il y niers, il raiig< dualité do l'ui
ic. It veut et croitdcvoli
I ouvrn^^es bons et des ouvrages mauoais ; cl, pai
IX qui ne se proposent d'autre objet que la mesquine indivi-
, ou la reproducliun servile de la nature extérieure. Il com-
II de la morale dnboid, mais cussi au nom des lettres, la doctrine dr l'art pour l'art. Aussi, ses grandes admirations vont-elles à ceux des cla.isiquK qui sont rhomieur do l'esiirit humain en même temps que de l'esprit fran^aii: Pascal, Bossuct, Corneille ; il aime déjà moins, et parfois il dèteale, les VoltaiK
et les Rousseau ; il est sévère pour le roman naturaliste, pour les auteurs dramatiques qui no cherchent qu*à exciter lo rire, pour les critiques dilettantes, etc. Bref, il est, Mcn que sa théorie de Véi)olution des genres le rapproche de Sainte- Beuve et de l^aine, un critique moraliste.
Pour défcndr: ac: idées, qu'il transforme toujours cn.tlièscs ou en plaidoyers, il était doué du plus remarquable talent oratoire. Qui ne Ta pas entendu et n'a pas subi l'empire de sa parole nerveuse et de son geste à la fois sobre et violent, ne comprend pas son style. Il compose admirablement; il ordonne ses preuves en prédicateur ; il prépare, amène, formule des conclusions, qui sont une réponse déflnitive aux objections qu'il a posées. Moins incisif et moins imagé que Taine, il a plus de mouvement et plus d'ampleur (1).
Il faut encore citer les noms de : — Alex. Vlnot (1797-4? 57), critique moraliste, très pénétrant, souvent très profond ; — E. Benan, que nous éludions au chapitre des Historiens; — Paai de CeZzit-Victor (1827-1881), critique « romantique » au sens un peu défavorable dii mot, impétueux et déclr.ma*oire ; — £!zniie Montégut (182G-1895), qui s'occupa très intelligemment des liltératurco étrangères; — Edmond Schérer (1815-1889), critique philosophe, plus sensible aux idées qu'à l'art ; — A. de Pontmartin (1811-1890), plutôt journaliste spirituel que critique.