‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 314 sur 408 · VIII. — LES CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

VIII. — LES CONTEMPORAINS

Parmi les critiques contemporains, nous devons signaler : M. Aiatoie France, plus connu aujourd'hui par ses romans que par sa crillc|uc, mais qui rédigea pendant plusieurs années « La Vie Littéraire » au journal le Temys, Il est essentiellement subjectif et Impressionniste {'i) ; M, René Doumic, rédacteur à la Revue des Deux Mondes, et conférencier très af^laàdi« remarquable par la finesse et la sûreté de son diagnostic, et par le tt)ur'Concis et spirituel de son style ; — et les deux « maîtres du chœur », /. Lemaitre et M. Ém. Faguet.

JULES LEMAITRE (1853-1914) débuta par des vers, en disciple de Th. Gautier et de Baudelaire, éTlrpdrlîr de 1883, donna, à la Revue Dleue/unc série d'articles sur les contemporains. Puis, aux Débats et à la Revue des Deux Mondes, il fut chargé de la critique dramatique. 11 a réuni ses articles dans les sept V(.lumes des Contemporains, et dans les dix volumes d'Impressions de théâtre, il y a ajouté des séries de conférences, dont le succès fut retentissant, sur J.sl.tlous seau (1906), sur Racine (1908), sur Fénelon (1910), sur Chateaubriand (1911). Nous parlerons ailleurs de son œuvre dramatique. — Jules Lemaitre est diffi-

(1) Morceaux choisis, !•' cycle, p. 526 ; 2* cycle, p. 1154.

(2) Morceaux choisis, 1" cycle, p. 629; 2* cycle, p. 1167.

LA UTTÉBATURB FRANÇAISE

cilc à définir et à classer: c'est un homme 1res hilelligenlet trèsdocumeQtéiqtiî a horreur du dogmatUmc de ralsoniicmtrnl et de style, et qui expose ses idées et ses théories avec un détachement nppnrent, à titre de simples impreuiont, de la justesse desquelles il semble toujours douter et qu'il donue sei^cment pour

spontanéesetsincères.Mais,

sans être assurément un dogmatique, J. Lemaltre est un des critiques les plus assurés de ce quoi veut, de ce qu'il aime et de ce qu'il haiL II veut que l'œu- Tre littéraire soit dcsinléressée, honnête, claire, et qu'elle contienne de l'humanilé générale. Aussi adore-t-il les classiques, en pat liculier Racine et Molière, et, parmi les modernes, Lamartine, Augier, Dumas fils. Il déteste les phraseurs, les déclamateurs, les induilrUU de lettres, tous ceux qui travaillent dans la banalité ou dans le rare ; c'est ainsi qu'il reproche à Rousseau d'avoir mis en circulation tant d'idées fausses, k Hugo d'avoir abusé de sa vîrtuosilé, à lel romancier contomporain d'avoir a gagné beaucoup d'argent n avec des livres niédiocrcs, à tel clironiqueur de s'être imposé par son aplomb à la hétlse du public. Cependant, il est d'un esprit sf ouvert et si curieux, si capable de s'assimiler les formes d'art les plus dissembl.ibli's, qu'il s'est vivement intéressé au théâtre d'Ibsen, et qu'il a été des premiers à le comprendre et à l'expliquer. — Il a creusé moins de sujets ipie Siiinle-lleuve, il a mieux aimé approfondir le génie propre des écrivains que les circonstances ou milieu desquelles ils ont écrit ; il est un criUque p»jcA*logue, dans toute la force du terme. Et il a sur Sainte-Beuve la supériorii* dn

botograpbie

LA CRITIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE Mi

style. On pourra toujours refaire, en le complétant par les récents travaux de l'érudition, un article de tel autre critique ; Jules Lemaitre donne à ses idées et à ses analyses un tour si personnel, si déflnitif, si impérieux sous des apparences élégantes et insinuantes, qu'on ne Timite pas, — on le cite (1).

M. ËM. FAOUET (né en 1847) Tut, comme J. Leniaître, élève de TÉcole normale supérieure, professeur de rUniversité, critique dramatique au Journal des Débats^ collaborateur de la Revue des Deux Mondes, Il a publié des Études sur le seizième,le dix-septième, le dix-huitième et le dix-ucuvicme siècles, — des Noies sur le théâtre {3 yol.^ TGCucii do feuilletons dramatiques au journal le Soleil, iSSO-ïSS'i), ^ des Questions de //led/rc (4890-1898), — des éludes sur les Politiques et Moralistes du dix-neuvième siècle (3 vol., 1894-1900), etc.. En outre, il a donné des ouvrages de sociologie et de philosophie politique.

M. Ëm. Faguet, dans ses études critiques, présente les grands écrivains dans leur ensemble, et cherche à réduire en de sobres, piquantes et puissantes formules, le génie d'un Montaigne, d'un J.-J. Rousseau, d'un Victor Hugo, d'une Mme de Staël. Il procède par plans : vie, idées morales (il y insiste), idées littéraires, art, style, etc. Et chacun de ces paragraphes est un cadre où l'auteur apparaît dans une de ses poses essentielles. 11 use volontiers d'un style concis, mtithétique, suggestif au plus haut point. Moins éloquent que lirunetière, moins élégant que J. Lemaitre, il est plus vif et plus imprévu; il arrive souvent aux grands effets par sa sobriété môme, et il a des brusqueries de tour et d'expression qui trahissent l'enthousiasme contenu ou l'éinolionqui se maîtrise. Comme critique dramatique, il laissera, avec le souvenir d'une rare loyauté et d'une franchise presque candide, celui d'une méthode originale, qui consiste à chercher avant tout la vérité humaine d'une pièce, à l'est inier moins par ses qualités de métier que par son fond, à refaire à sa manière la psychologie d'un personnage manqué, à avertir Tauteur de ce qu'il a oublié ou négligé. El d'autre part, comme Sarcey et J. Lemaitre, il a aimé à discuter le grand répertoire ; de là une série de feuilletons sur Corneille, Racine, Molière, etc., qui resteront parmi les plus pénétrants et les plus sensés (2).

Dans ses derniers volumes {Nietsche, Platon, le Socialisme, etc.), M^ É. Faguet' tend de plus en plus à traiter des questions de sociologie et de morale ; il y apporte autant d'intelligence et de hauteur de vues que dans la critique littéraire.

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