‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 318 sur 408 · II. — LE DÉVELOPPEMENT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

II. — LE DÉVELOPPEMENT GÉNÉRAL

Avant d'étudier un à un les principaux historiens de cette époque. Il est nécessaire de les présenter, eux et leurs œuvres, dans un tableau d'ensemble. Les grands événements de Thistoire, Restauration, 1830, 1848, 1870, ont eu sur leur esprit et sur leur méthode une très sérieuse influence.

Sous l'Empire et la Restauration. — Chateaubriand donne le premier Tintelligence du christianisme et du moyen âge dans son Génie (1802), et des mo-

(1) Cf. Introditetion d«8 Extraits des historiens f'rançais do C. Juluar (HachéCM)i '^**' f«nvojoni, pour le détail, à cet excellent ourrage, modèle do précition et ém m4lhod*.

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dèles d'histoire k la fois documentée et pittoresque dans quelques passages des Martyrs (1809). Or, il ne faut pas oublier que ces ouvrages furent lus avec enthousiasme par A. Thierçy (né en 1795) (1), par Thiers (né en 1797), par Michelet (né en 1798). Aucun de ces jeunes gens, pas plus que Guizot (né en 1787) ou que Mignet (1796), n*a vu la Révolution; ils sont arrivés à Tadolcscence soit pendant Tépopée impériale, soit au moment où la Restauration donne à la France le régime parlementaire et une liberté relative de la presse. Tant d'événements terribles et graudloses, survenus en une trentaine d'années, sont bien de nature à mûrir les pensées et à secouer les imaginations. D'autre part, la politique les séduit tous. Guizot, dans ses cours de Sorbonne, ne peut, quoiqu'il s*en défende, ne pas être obsédé par l'histoire contemporaine et française, quand il fait celle des révolutions d'Angleterre ou de la civilisation européenne. A. Thierry débute, en 1817, comme journaliste libéral, en adressant au Censeur européen des articles écrits à propot d'ouvrages historiques ; c'est là qu'il invente sa théorie des raceSj et qu'il donne (mai 1820) son Histoire véritable de Jacques Bonhomme. Puis, en juillet 1820, il commence à écrire dans le Courrier français ses Lettres sur l'histoire de France. Cîependant, Guizot 'publiait, en 1823, ses Essais sur Vhistoire de France^ et, la même année, Thiers entreprenait son Histoire de la Révolution française (1823 1827).

Si la politique inspirait certaines œuvres, le romantisme s*affirmait à son tour, comme goût du détail pittorei^que et de la couleur, dans VHistoire des dua de Bourgogne^ de De Barante (1824). Mais avec VHistoire de la conquête de V Angleterre par les Normands, d'Augustin Thierry (1825), la Révolution d'Angleterre (1826) et la Civilisation en Europe (1828) de Guizot, c'était toujours la théorie qui dominait.

Sous Loui»-Phlllppe. — La période qui s'écoule de 1830 à 1848 est particulièrement féconde, bien que la politique ait détourné de leurs travaux (>uizot, et, jusqu'en 1845, Thiers. Mais Augustin Thierry, qui voit dans la révolution de Juillet le triomphe de ses théories, et qui devient moins combatif ei plus artiste^ écrira, de 1833 h 1840, ses Récits des temps mérovingiens ; TocqueviUe va publier, en 1836, la première partie de sa Démocratie en Amériqae; Henri Martin commencera son Histoire de France (1837), Duruy son Histoire des Romains (1843), Thiers le Consulat et r Empire (1845) ; Lamartine donnera, en 1847, sa pioélique Histoire des Girondins; Qui net, en 1848, ses Révolalions d^ Italie. Mais suribut, À lar iSuntière de cette révolution de 1830, qui semble réaliser enfio les espérances àe {189, Miehelet « aperçoit la France (3) » ; il publie, de 1833 à 1844, les nx premiers voltrtnes ée son HUtaire de France^ et, de 1847 à 1853,

(1) Voir Préface des Récit» mérovingiens,

(2) Préface de 1809.

cinsTOtnE AU dix-heuvième siècle 821

Après 1848. -^ 1848 est une nouvelle date climAtérique dans l^éxolution de CCS grands esprits, qui d*abord s*exaUent| mais que le coup d'État de 1851 et la restauration de TEitipire dispersent ou abattent. Cependant, à l'exception de Michelet qui, reprenant en 1855 (jusqu'en 1867) son Histoire de France, perd de plus on plus la notion du réel et du juste, les historiens font des progrès dans le sens de Timpartiallté, de l'érudition et de la méthode. Mignet, en 185i, donne son Charles-Quint; Camille Housset, son Histoire de Louvois (1861) ; Tocqucville, l'Ancien Régime et la Révolation (1856). Mais surtout apparaissent trois historiens nouveaux qui, chacun à Ictir manière, renouvellent un genre qui semblait avoir déjà produit tous lt»s plus beaux fruits : Renan commence, en 1863, son Histoire des origines da christianisme ; la môme année, Taine publie son Histoire de la littérature anglaisé; et le plus éminent, celui en qui s'incarne, avec une sorte de simplicité grandiose, l'esprit scientifique moderne, Fuslel de Coulanges, écrit en 1834 la Cité antique, suivie en 1874 des Institutions politiques de Vancienne France! Cette hiôme année, Taine entreprenait ses Origines de la ' France contemporaine.

Il est d'usage de classer par écoles les historiens du dix-neuvième siècle. Nous jugeons avec M. F. Hémon (1), que celle classification est vaine; nous n'adopterons même pas celle, beaucoup plus large, que celui-ci propose. L'histoire littéraire doit plutôt différencier que classer, et nous choisirons, pour parler de chaque historien, l'ordre chronologique préféré par M. C. JuUian.

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