‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 319 sur 408 · III. — AUGUSTIN THIERRY · texte numérisé non relu

III. — AUGUSTIN THIERRY

Vie. — Augustin Thierry entra à l'École normale en 1811 ; il abandonna l'Université en 1815 (il était alors professeur de cinquième 11 Compiègne), pour devenir le secrétaire de Saint-Simon, célèbre par ses utopies sociales et économiques. Mais il quitta bientôt cet esprit nuageux, qui convenait si mal à ses propres qualités de précision et de vigueur. En i817, il commença à écrire dans le Censeur européen des articles, qui, retouchés, formèrent plus tard une notable partie de son volume intitulé Dix Ans d'études historiques (1834). Au Courrier français, il publia dix Lettres sur Vhistoire de France, réunies en volume, et suivies de quinze autres, en 1827 (2). VHistoire de la conquête de V Angleterre par le$ Normands parut en 1825 (4 vol.). C'est alors qu'A. Thierry devint aveugle. On sait avec quelle résignation courageuse il accepta cette infirmité. Il continua, avec l'aide de sa femme et de ses secrétaires, à compulser des documents et à écrire, soutenu qu'il était par la conviction que ses travaux étaient utiles à son pays. Il disait, avec un accent Vraiment cornélien, dans la préface de Dix Ans.

(1) F. HéMOIf, Cours de Uttérature^ XVI : l'Histoire au dix-neuvième siècle, p. 5. Dolagrave.

[2) Revue d'histoire littéraire. Augustin Thierry journalisiez par Gh.-M. dbb Oranges avril-

akiiim).

LA LITTÉRATURE FRÀNÇAISJ

d'études hiiloriqaes : v ... Voilà ce que j'ai fait et ce que je ferais encore;* j'avaia à recommencer ma route, je prendrais celle qui m'a conduit oà je Aveugle et soufTrant sans espoir et presque sans relâche, je puis rendre ce limoignage, qui de ma part ne sera pas suspect : il y a au monde quelque cbox qui vaut mieux que In jouissances matcrietlei.

mieux que laforlune, mina que la santé eUe-mime; c'est le dévouement 1 b science. » Dans ces condilions, il prépare et publie les Biciti det lempt minvingieiu (1833-1S40). Aprà les Considérations sur Chùtoire de France (IMO), Il s'occupe de rassembler, pour la collection dirigù par (juizot, des documcnl) sur les communcsdu inajn âge, et il en tire son £M< lur la formation et la fr> grit de l'histoire du tUn État.

Ses théoriM. — Pourtpprécicr Augustin Thicnj.

il faut d'abord signaler n lui te ttûorieien, l'homnc qui, cherchant dans ITi»»toire des documents à l'iP" pui de ses idées libérées, pousse jusqu'au sjilènK une thèse discutable : l'antagonisme persistant entre )a race conquérante et 11 race conquise. Cette thèse, qu'il expose dans ses articles du Censeur eurc^KMCt du Courrier /i-diifnis, en l'appliquant à la race franque ou germanique et à 1» rare g.ilio-roniaini', devenues l'aristocratie et la bourgeoisie, il ta déwloppt aisément dans son Hisliiire de la conquête de l'Angleterre, où la lutte des r»o» galloise, saxonne et normande clail, en t'ITel, aux onzième et douzième siècki. tout it fait évidente et probante. Aussi s'al(ache-t-il surtout à l'histoire de n tiers État qui, selon lui, par son accord avec la royauté. Jusqu'au dix-septi^nv siècle, a fait la France, et a préparé les libertés modernes. Hâme dans les Jlénl< des temps mérovingiens, ce qui l'intéresse le plus, au fond, c'est l'antagODlsM

U'ipràs la lilhographi

des races. Il faut ajouter, pour être Juste envers Thierry, que sa thèse s'est peu à peu adoucie et corrigée (1).

Sa critique. — Quelle est, d'autre part, la valeur critique d'Aug. Thierry ? Il ne faut pas lui demander la sûreté scientifique de Fustel de Coulanges. Mais il a eu le premier la passion du document original, et il n'est guère coupable que d'un excès de confiance ou d'enthousiasme. Ainsi, on lui reproche d'avoir accepté trop complaisamment la tradition et les anecdotes du Roman de Rou^ de Grégoire de Tours, de Fortunat, etc. ; d'avoir cru sans contrôle à l'authenticité des vieux chants nationaux saxons, etc. Ce manque de critique a fait vieillir son œuvre au point de vue historique, en un temps surtout où l'on est devenu si scrupuleux sur Tautheniicilé des sources.

Valeur littéraire. — Mais, littérairement, cette œuvre est restée jeune. Elle a les qualités d'un romantisme de bon aioi. La narration est à la fois simple et dramatique, émue et précise. Tout y est vivant et coloré, sans excès d'aucune sorte. Thierry est, dans toute la force du terme, un artiste, dont l'art probe et vigoureux survivra peut-ôire à celui de Michelet (2).

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