VI. — THIERS (1797-1877). — MIQNBT
Vie. — Adolphe Thiers est né à Marseille ; sa grand'mère, de la famille des Santi Lomaca, originaire de l'île de Chypre, était sœur de la mèred'A. Chénier. Si Jamais la théorie du milieu et de l'hérédité a reçu un démenti; c'est bien dans la personne de cet historien sans poésie, et de ce politique plus normand que marseillais. Après des études de droit à Aix, Thiers vint à Paris, en i82i, collabora au journal le Globe (articles de critique d'art), au ConstUationnel (id.), et travailla h V Histoire de la Révolution, commencée par Félix Bodin, en 1823. Les dix volumes de cet important ouvrage, le premier où l'on ait envisagé, dans l'enscnible et sans esprit de parti, les grands événements de la veille, parurent de 18^ à 18^7. Thiers s'associa avec son compatriote Mignet et avec A. Carrel, pour fonder le National ; et la Révolution de 4830 le lança, lui aussi, dans la politique. Sorti du ministère en 1845, il entreprit VHistoire du Consulat et de VEmpirCt dont les vingt volumes parurent de 1845 à 4863.
Sa méthode. — Thiers apporte dans l'histoire des qualités d^exactitudCt de probité et dHntelligence y qui ^ sans le mettre au niveau de Guizot et de Michelet, lui assurent un rang éminent. D'abord, il se documente à merveille. Les 2|rphive9 de l'Intérieur, de la Guerre, des Affaires étrangères, des Finances, lui SQfit largement ouvertes ; il y puise, surtout pour son second ouvrage, des renscigiiements techniques dont il fait un usage méthodique. De plus, il visite les pays où se sont déroulés les grands événements ; il connaît les champs de bataille des armées républicaines et impériales; il en établit la topographie,
(1) Morceaux choisix, 1" cycle, p. 475 ; 2* cycle, p. 1200.
non pas à la manière d*un poète comme Michelet décrivant la Provence, mais en géographe savant et consciencieux. Il mène de front avec une sage éawh mie\ l'histoire intérieure et Thistoire extérieure. Il suit, en politique, la corrélation des affaires financières, diplomatiques, commerciales, avec les grands exploits, qui, d'ordinaire, attirent seuls l'attention. Tous ces éléments si divers, Thiers les soumet à V intelligence y qui, selon lui, est la qualité nuitlresse de Thistorien (préface du Consulat et VEmpire^ t. XII); rintelUgeuce cherche, enlue, groupe, dose; elle classe et elle organise; elle conduit et maîtrise rimagination ; ejle prévient les erreurs et les injustices.
Son style. — Le style de Thiers est clair et aisé. Les qualités que l*homroe d*État apportait à la tribune, l'écrivain les possède au plus haut point. En le lisant, on a la satisfaction de comprendre. On comprend la bataille d'Austerlilz on la bataille d'Eylau, comme on comprend la politique religieuse ou financière de Napoléon. Enfin, cetle clarlé et cette exactitude n*excluent pas, une certaine vie intense et communicalive. Si Guizot touche par sa foi, Thiers émeut, dans l'ensemble, par son sincère patriotisme. Il a des réflexions qui prouvent Tenthousiasme contenu ou la douleur profonde. On le goûte mieux, contrairement à Michelet, à une lecture d'ensemble, qu€ par la citation de quelques fra^ meuts (i).
A côté de Thiers, il faut citer MIONET (1796-1884), qui fut également journaliste libéral sous la Restauration ( Courrier /rançaû, National), Mignet fut nommé conseiller d'État et directeur des archives des A fi'aires étrangères par Louis-Philippe, — Il a public : Antonio Pérez et Philippe II (i8î5), Marie S tuart (iSSi), Charles-Quint (1854), Rivalité de François /•' et de Charles-Quint (1875). La valeur de Mignet est dans la forte documentation de ses études historiques. Cest un maître dans l'art de manier, de grouper et d'approfondir les sources. S'appliquant à des sujets restreints et bien limités, à la manière d*un historien antique comme Salluste, il creuse les événements et les caractères. Son style, un peu monotone dans sa gravité, est d'une vigueur soutenue et d'une concision toute latine.