‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 33 sur 408 · LA POÉSIE ALLÉGORIQUE. LE ROMAN DE LA ROSE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE ALLÉGORIQUE. LE ROMAN DE LA ROSE

yorie est ua procûdû fort & la mode au moyen âge; c'est à tort qu'on en î parfois lo premiur emploi aux auteurs du Roman de la Base. Ceux-ci lit qu'en consacrer et en autoriser l'usage pur une œuvre remarquable, ^orie fait agir et parler, comme des persoimos vivantes, des Idées, des enta cl, d'une manière plus générale, des Abstractions. La peinture et iturc usent de l'allégorie, quand elles représentent la Paix, la Guerre, la

la Charité, sous la figure d'êtres humains dont la physionomie, le geste, imo et les attributs révèlent aux jrcux la signification.

les arts plastiques, l'allégorie est presque toujours claire et suggestive. Binon. — Utt. Illoitrie. H

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Elle est moins sûre et clic fatigue vite dans la poésie, surtout quand elle est appliquée à des sentiments intimes, qui ne se révèlent pas d'ordinaire par des elTcts physiques assez distincts et assez apparents. Si le lecteur se représente facilement la Paix et la Guerre, TAbondancc, la Discorde, etc., il a quelque peine à 'voir autre chose que des mots, en' dépit des majuscules, dans la Vertu, la Prudence, l'Ignorance, etc. A plus forte raison, s'il s*agit, comme au moyen âge, de toute une armée d*allégorics exprimant les diverses nuances de l'amour, de la religion, etc.

D*où peut venir le goût singulier de ce système, aux treizième, quatorzième et quinzième siècles ? Peut-être faudrait-il y constater un aveu d'impuissance pour Tabstraction pure et pour la psychologie, si les romans de la Table ronde et des romans antiques ne nous prouvaient que la société polie des douzième et treizième siècles était fort capable de suivre Tanalyse raffinée des sentiments, sans avoir recours à l'allégorie (cf. Tristan et le Chevalier au Lion), Loin d'être un procédé primi7t/, l'allégorie fut, au moyen âge, un raffinement, et comme une crise de préciosité^ crise qui devait se renouveler dans la première moitié du dix-septième siècle. L'usage n'en fut si répandu et le succès n'en fut si grand que parce que ïallégorie ainsi pratiquée piquait la curiosité et flattait la vanité des lecteurs, surtout des femmes, qui ne dédaignent rien tant en littérature et en art que là simplicité et la clarté.

Le Roman de la Rose. — De tous les ouvrages allégoriques écrits au moyen ^o**> le plus célèbre est le Roman de la RosCy qui se compose de deux parties ; la première est de 1230 environ, et elle a pour auteur Guillaume de Lorris. Celui^i mourut, dit-on, fort jeune et n'eut pas le temps d'achever son roman» lequel" i"at continué, environ quarante ans plus tard, par Jean Glopinel, surnommé Jean de Meuii, mort vers 4305.

Ces deux parties sont très différentes, et par l'esprit qui les anime, et par le style. Aussi faut-il les analyser séparément.

Analyse de la première partie. — Guillaumo de Lorris prétend nous raconter un son^o qu'il fll « il y a pins do cinq îiiis, lors(}u'il était dans sa viiigticmo année ».

Un matin du mois de mai. il >a se promener dans la campaj^ne, et il arrive à un verger entouré d'un mur; sur ce mur sont peintes des figures hideuses, en particulier Envie, Avarice, Vieillesse (1). La porte du verger est ouverte au jeune homme par Oyseuse (Oisiveté), ({ui le conduit à un pré où dansent Déduit (Plaisir) le dieu d'Amour, Beauté, Kichesse, (Courtoisie, etc. Parmi les merveilles du verger, Guillaume admire surtout un buisson de roses, et Tune de ces roses (qui représente la jeune fille aimée) lui parait si fraîche et si belle qu'il ne peut en détacher ses yeux. Pendant ce temps, Amour le frappe de ses flèches, puis s'approche de lui, et lui expose tout un art daimer^ ^n huit cents vers, imité d'Ovide (2). — A partir de ce moment, le système allégorique va Conctionner d'une façon assez in^^énieuse. En effet, le poète excelle à faire agir et parler des allégories symbolisant les impressions contraires qui se partagent un jeune ccBur. «lia

(1) Liro 00 passago dan» la Chrestomathie, do G. Paris, p. 258.

(2) Lire un fragment de cet att d'aimet dans la Chrestomathie, de M. L. SaoRB, p. 172. Trois antrts passages de G. de Lorris sont cités par M. L. Clédat. pp. 1^3-196.

LITTÉRATURE SAVANTE ET \LLKr,:):iluin

dicompoii rima de la jeûna Silo; il on a silrait tous lus lonliinonta, toulei Ici qiiallléi et manièrea d'âtre, géndralGS ou particulières; il leur a duniid une existence prupre, lodépendanto, avec la Cacultâ d'agir iridividucllcmcnl, chacune aelun ion caractère, li & •ln«i établi autour de la rute toutuD mundo d'abstractions porto nnlQéos, qui rempliiaent •u lervice de la fleur les I

les

dans rtme do la jeune fille. Francliisc, Pitié plaident lea intérêts d« l'amsat ; Danger {RiiUtance), Haine, Peur, l'empêchent

d'appri

se 11)- • i-i

homme, de S'

, cùli, sera leni par Bel- Accueil et Amour, persécuté par Mnlcliouche (Médisance), Raison, Jalousie, etc.

Endoctrina par Amour, il esl toujours eu contemplation devant U rose, quand U volt venir i lui Uet- Aerueil, Dis de Courtoisie, qui lui permet d'approche I

I de

Danger, accompagné de Haie-Bouche, de Peur et de Honte, chaise Guillaume loin du parterre. Raïs o a vient aormonncr l'a-

Dap,

uigB foprésonW tinvlta-

peut le convaincre (2).

Celui-ciapaiselecour- Touide Danger. FranchÎM «t Pitié ramènent Bel-Accueil, qui "•"""■" '•" maraoB» u« suu ya<iau «t su iPruniïn.ni uiiiii la ompagne.

Guillaume approcher de la rose, et qui lui permet de la baiser. Mais Malc-Bouche a tout vu, et prévient Jalousie, qui fait entourer le parterre d'un mur, et construire una tour où sera emprisonné Bci-Accucil. Guillnumu so lamente, et c'est U que se larmine on que s'arrête la première partie du poème.

(i) E. LiROLOi*, ohapiire suc le Roman dt villa, Colin), t. U. p. 111 (I) MoivauK eKoMt, !• 0701*. pp. St^.

1 RoK, d.

s VUM. d

littérature front. (Julla-

U est aisé do railler le jeu des allégories dans l'œuvre de Guillaume de Lorrh. Nous préférerions, évidenimcnt, des analyses psychologiques directes, à la façisn de celles que Chrétien de Troyes a si finement développées dans le Chevalier au Lion. Mais, systcnio à part, la première partie du Boman de la Rote témoigne d'une réelle connaissance du cœur. L'amour ingénu, inquiet, tour à tour confiant jusqu'à l'imprudence et réservé Jusqu'au mépris, y est très sûrement décrit : Guillaume de Lorris est un ancêtre. Ires lointain, de Marivaux. Notons aussi que le charme de cette première partie vient du respect que l'on y sent pour la femme et pour

^^Ê^MÊ^ms^

-.L'aulcui

pj'esque tous ses contemporains, et comme son continuateur, dans la facile et stupidc satire des femntes, un des thèmes les plus irritants du moyen dge bourgeois. Il est courtois comme Chrétien de Troyes ; il nous repose de toutes les vilenies des fabliaux et l'aunt p*ir voMuiGE * l'amour des farces, sans sortir de la Ti--

• Ci devint l'Amant lioiii'( homme-lies) au Dieu d'Amon rilé psychologique.

oiiiBihomaKO. • Enllii, considérée comme

OapreMHiie niinialnre du debul 4n xiï* jiipfe, liree poèmC, la première partie du

Roman de la Rose est un des chef s-d' oeuvre du moyen Age. I>a langue en est souple, claire, élégante, souvent vigoureuse et éloquente.

Analyse de la deuxième partie. ~ G. de Lorris laissait donc son poème inachevé. Peut-être ne lui restai t-il que deux épisodes à y ajouter : la délivrance de Uel-Accucil, et la conquête de la rose ; puis le sonije aurait été fini. Pendant quarante ans environ, la société française se contenta du Roman de la Rote tel que l'avait laisse Guillaume. Puis, vers 1211, Juan de Mcun en entreprit la continuation; et, fait unique dans l'histoire dos littératures modernes, cette suite fat désormais inséparable de l'original.

tlalson tient de nouveau consojer le cticvilicr, qui so désespéra. Ce diacaur» do Raison est un traild mûlhoditiuo do l'umour ot dus passions : il a plus de dcui mille vers; les eiemplvs moraux ot hisloriqucs lires do t'anliquito y fiirmcut un falr» p^daiitesquo. Le Jeune homme va trouver ensuite Ami, qui lui donna des oinioils de çaarloitic, rengage i le montrer llt>£ral tant oxcùs, et lui fait une satire asaci spirituelle du mariage.

UTTÉRATURE SAVASTS ET ALLl'lGOMQVB

trouvent plusieurs la OH'iiil^. ilu puii l'ass.iiit <to la tour i

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Ljigi'fliKi, Kranrhiso. fiLiû, Ilaraimuiil, et un nciuvoaii |>cr»uiMinKo. t'uiii-SoniblHiit, nis il'IIypQCrlsio, qui habite tantùt le m niJo et tantôt lu cloîlro. Lo puèto plai-e Ici une ïlo- Ie:ile diatribe contre loa mulnes nionilïaiils. — L'^iiniint piîii&trti dans la luur, auprès do Uvl-Acciicil. mail il en est bioiilùt Oipiilsô p:ir llaiijrcr. — Sans tranMtiun, nuus vofci iranspurlos chci Nature, qui trataillo A pruléKLT Ioï espères contre la morl, et qui so confesio k ton cliapulain Gâiiius. Cette confuhhion on deux milla six cents vers est une sorU) d'oncjrclopûdie dos connaissances scientillquos du nu>ron Sge. Kilo est suivie, 4'un do Géiiius aux pertiunnages qui se prâparonl pour l'assaut do la tour. Vénui M

jaiii

; elle ei

lir la ruse.

Autant les alltsgorlca de la première purlie codsIïtucitt, pour qui sait les Iruiisposcr, une psychologie délicate de l'amour à la foi» liinidc et passionne, nulnitt, dans la seconde partie, l'action liclivc devient obscure cl incolicrcntc. Ce n'est plus qu'un cadre, dans lequel un esprit érudit et audacieux, plein le n déduit » os la dinse

de verve et d'dprctc, place D'apria une miniature du début du iiV Biècls, tirée

SCS théories et son crudi- il'"" manusonl du Roman de la Rcae.

lion.

Nous parlons plus loin du perpéluel conlrnsle ofTcrl. dans nnlre lillératurc, p.ir l'esprit idéaliste et l'esprit bourgeois. Duus le Iloman de la Hose, ces deux csprils apparaissent tour à tour; et le poème est, souscc rapport, un de coui qui résument lo mieux les difTércntes aspiruLloiis dii mojcn âge. Mais Guillaume de Lorrls représente plulôt le passé, et Jean de Mcun l'avenir : cclul-cl annonce Rabelais, Voltaire, Bcaumarcliais. 11 est le premier exemple de ces écrivains qui, au lieu de faire œuvre d'art, clierchent à eïciler et à diriger l'opinion. En son genre, d'uilieui'S, et malgré sa prolixité, il est grand écrivain ; il a le lens du mot énergique et piquant; il sail^ quand II le veut, eiiferciicr en un couplet sobre, en une réplique juste, tout un tableau, toulc une idée.

Succès du Roman de la Rose. — Ainsi complété, U Roman de la Rose devint, de la fin du quatorzième siècle au milieu du seizième, Tœuvre la plus célèbre de notre littérature. Les manuscrits encore existants sont très nombreux; et dès la découverte de Timprimcrie, les éditions se multiplièrent. Marot, en 1527, en donna une nouvelle, dont la préface est un excellent document. Et la Pléiade, qui condamnait le moyen âge, en excepte le Roman de la Rose.

(( En France, dit G. Paris, Tinflucnce de ce livre domina toute la période quj suivit, et on né peut pas dire qu'elle ait été beurcusc : elle donna pour longtemps à la littérature une forme allégorique... et, d*autre part, un caractère prosaïque, positif, souvent pédant, qui enlève tout cbarme à la plupart des poèmes des quatorzième et quinzième siècles (1). »

Le succès d'un ouvrage se mesure aussi à Topposition qu'il détermine. On attaqua vivement le Roman de la Rose : Christine de Pisan le juge digne d'être brûlé ; Gerson, cbancelier de l'Université, empruntant au livre qu'il censure le cadre allégorique, écrit une Vision de Gerson (1402) où il condamne sévèrement les bardiesses de Jean de Meun.

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