IV. — AUTRES AUTEURS DE COMÉDIES
EUGÈNE LABICHE (181 5-1 888) est, après Scribe, le plus illustre représentant du vaudeville. 11 a su, comme Scribe lui-même, introduire dans ses petites pièces, aux intrigues légères, des types bien observés : bourgeois, employés, notaires, étrangers, etc. 11 est peut-être supérieur à Scribe par un certain don de finesse ironique, de bon sens à la fois bienveillant et malin qui apparaît dans ses meilleures pièces : le Misanthrope et V Auvergnat (185'2) (1), le Voyage de M, /Vrric/ion(i860)(2;, la Poudre aux yeux (1861), la Cagnotte {iB64), etc. De plus, il renouvelle la forme du grand vaudeville, en construisant d'ingénieuses et ahurissantes intrigues bAtics sur des quiproquos, et disposées en un crescendo étourdissant : le modèle du genre est le Chapeau de paille d'Italie. Enfin dans le dialogue, toujours aisé et naturel, il a tantôt des coq-à-l'âne des plus comiques, tantôt des mots plus profonds que ceux de Dumas fils ; M. Penichon dira par exemple, à celui qu'il croit avoir sauvé : u Vous me devez tout..* je ne Toublierai jamais, n Ce sont déjà les mots de nature dont le Théâtre libre s'attribuera Tinvcntion. — Le mérite de cette œuvre, en apparence légère et superficielle, te dégage de plus en plus. Emile Âugicr a écrit : u Le théâtre de Labiche gagne cent pour cent à la lecture ; le côté burlesque rentre dans l'ombre, et le côté comique sort en pleine lumière (3). »
(1) Morceaux choisis, V cycle, p. 1278. {t) Morceaux choisis^ 1" cycle, p. 598. (3) i*rtfac€ pour le Théâtre de Labiche.
U UTTÉftATURB FRANÇAISE
VICTORIEN SARDOU (1831-1908).— Sardou fut un des ploa féconds écri-
Yainsdramatiquesdudix-neuvième siècle. Il débuta modestement; mais le succès des Pattes <if mouches (1860] le mit « hors de page n. En 1861, il obtint un téritable triomphe avec 'Vos Intima. Il donna ensuite : la Famille Benoilon (1865), Noi Bons Villageoit, (1866), Pairie (1869), Rabagas, (1873), la Haine{iSH),
Dora (1877), Daniel Rochat (
, Divorçom |
photographie de DoroA
.. Fédora (1884), Ihèodara (1SS4), Thermidor (1891), Madame Sant-Gine (1893), VAffaire des Poitont (1907), etc.
llfautd'abord signaler en Victorien Sardou unde nos plus habiles conslructeurs d'intrigues. Comme Scribe, et plus aisùment encore, il p09e,noue, et dénoue le sujet le plus complexe et le plus simple à la fois. Il s'agit, par exemple , dans les Pattes de mouche, d'une lettre qui va de mains en mains, qui s'égare, que l'oo craint sans cesse de voir arriver à celui qui ne doit point la lire ; ce n'est rien, sans doute ; mais en soi, c'est parlait. La mâme intensité se retrouve dans tous les sujets. — En second lieu, Sardou est un de ceux qui ont réussi souvent à fondre la comédie et le drame :
Nos Infimes, la Famille ou moins biensoudées : ttnc crise de passion. En géné-
ISenoiton, Dora, se composent de deux parties pli salii'C spirituelle de la socii^lé contemporaine, cl rai, au troisième ou quatrième acte, ces personnages si le^c.a, ai comiques, se trouvent engagés dans une afTairc compromettante ou ténébreuse, et l'on prévoit les pires calaslrophps : mais tout s'arrange ; comme ie spectateur doit partir conlcnl, on attribue à un malentendu ces brouilles tragiques, et nrcsque toutes les comédies de Sardou pourraient s'intituler: Tout est bien qui Jiuil bien ou Beaucoup de bruil pour rien. — Sardou a également contribué à la peinture satirique des mœurs de son temps ; on pourra consulter comme des doeumenlt
souvent très pénétrants, des pièces comme : la Famille Benoiton, Nos bons Villageois, Rabagas, etc.. — Enfin Sardou a souvent composé des pièces d'une inspiration plus franche, et ce sont des drames remarquables par leur unité d'action et de ton que Pairie^ la Haine^ Fédora, qui resteront, je crois, ses trois chefs-d'œuvre. Par là s'atteste la souplesse de son talent. Qui aurait cru l'auteur dos Pâlies de mouche capable d'écrire Patrie ? Sardou a surtout réussi auprès du public par ses pièces légères, panachées de comique superficiel et de tragique pour rire ; mais il vivra dans la postérité par ses drames,
MEILHAC et HALËVY sont deux collaborateurs inséparables, qui continuent et transforment le vaudeville genre Scribe, de 1860 à 1880. La Petite Marquise^ la Vie parisienne, et des opérettes comme la Belle Hélène, nous présentent la satire aimable et boufi'onnc du « monde où l'on s'nmuss ».Un jour, ils se sont élevés jusqu'à la grande comédie avec Froufrou, pièce pleine de sensibilité et de naturel, qui mérite de rester au répertoire.
EDOUARD PAILLERON (1834-1899) est sorti de l'aimable médiocrité où l'auraient rangé ses autres pièces, en écrivant le Monde où rons'enfiuie (1881), piquant tableau des salons académiques, des pédant ismes qui y fleurissent, et des rivalités qui, sous la politesse et sous les grands mots, s'y dissimulent. — La comtesse de Céran est une Philaminte de la fin du dix-neuvième siècle, nor^ . plus bourgeoise, mais grande dame. Elle pousse son fils Uoger vers l'Institut, et veut lui faire épouser une docte et riche Anglaise, qui traduit Schopenhauer. Son salon sert de tliéàtre et de tremplin à l'indianiste Saint-[léau,au philosophe Bellac, à des poèteâ lauréats, etc. La satire de cette société est faite de la façon la plus spirituelle par la mère de la comtesse de Céran, la duc(icssc de Uéville, aimable raisonneuse, et par Raymond, le sous-préfet, dont la femme, Jeanne Raymond» parodie gentiment toutes ces précieuses. Une intrigue ()^en agencée, habilement mêlée à la satire, et faisant corps. avec elle, amène deux maria(|^ç3. Le troisième acte, où trois couples jouenlà cactic-cache dans les ténèbres de la serre, a été comparé justement à ïacte des marronniers du Mariqge de Figaro. Le Monde oà Von s'ennuie, dont le succès avait été d'abord attribué à des personnalités, est une des pièces que le grand public, vivant très en dehors dç ces pivalités académiques, continue à goûter le plus.
Les autres pièces de Pailleron sont VAge ingrat, VÉtincelle, Cabotins.