‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 337 sur 408 · V. — LE NATURALISME AU THÉÂTRE · texte numérisé non relu

V. — LE NATURALISME AU THÉÂTRE

HENRY BECQUE (1837-1901) marque une vive réaction contre Pécule de Scribo et de Victorien Sardou. A leur optimisme moral, à leur philosophie indulgente, Becque substitue le plus noir pessimisme : ifest le premier auteur de ces pièces tristes et amorales, où Ton prétend représenter la société telle qu'elle est.

composée de canailles et de dupes : c*est la comédie rosse. Les deux meilleures pièces de cet écrivain, qui Iravaillait difflcilemcnt, et qui parvenait plus dilficilement encore à se faire jouer, sont les Corbeaux (1882) et la Parisienne (i885).

LE THÉÂTRE LIBRE (1887-1895). — Un acteur amateur, M. Antoine, fonda, à Monl martre, le Théâtre libre, ainsi nommé parce que les pièces, représentées devant un public d'invités, n'étaient pas soumises à la censure. Permis à lui, par conséquent, de risquer tout. — Le premier avantage du Théâtre libre fut de nous débarrasser d*un certain nombre de faiseurs qui, refusés à tous les théâtres, criaient au génie méconnu. Antoine joua leurs pièces devant un public sans préjugés; le résultat fut décisif. — Le second avantage du Théâtre libre est d'avoir prouvé, jusqu'à Tévidence, que la liberté de tout dire, quand elle dépasse certaines limites, cause encore plus d*ennui que de scandale. On représenta, devant ces trois cents invités, quelques horreurs, qui, tant qu'elles restaient dans les cartons des directeurs épouvantés, passaient pour des chefs-d'œuvre, et dont la nullité stupéfia ce public disposé à tout accepter. — Mais le Théâtre libre a, tout de même, révélé quelques vigoureux et hardis auteurs dramatiques, tels que M. Georges Ancej (VÉcote des veufs), M. JSmile Fàbre (VArgent), M. Henry Céard {les Résignés), etc.— D'autre part, il a contribué à vulgariser les chefs-d'œuvre du théâtre étranger. N'oublions pas que les pièces d'Ibsen : les Revenants, le Canard sauvage, la Dame de la mer, y ont été jouées pour la première fois en France, ainsi que les Tisserands de flaoptmaim. — Cependant on ne saurait nier l'influence malsaine du Théâtre libre, sur nos dramaturges contemporains. Le pessimisme, la vulgarité, les mots de nature, et, par-dessus tout Vamoralité, c'est-à-dire le vice qui s'ignore et se plaft dans son ignorance, sont quelques-uns des éléments essentiels des comédies que l'on joue ce soir, ou qu'on jouera demain : le Théâtre libre est pour beaucoup dans cette orientation de notre théâtre.

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