‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 44 sur 408 · I. — LES TROUVÈRES ET LES TROUBADOURS (XII' ET XIII' SIÈCLES · texte numérisé non relu

I. — LES TROUVÈRES ET LES TROUBADOURS (XII' ET XIII' SIÈCLES

Les cenres d'orlsfne française. — Il faut signaler tout d'abord plusieurs genres qui semblent s'être développés dans la région française, aana aucune In'

fluence méridionale, ou qui, du moins, étaient cnlièrcmenl constitués avant que cette influence les ait altérés.

La chanson d'histoire a un caraciùro narratif; on peut la comparer & nos romances modernes, qui exposent, nouent et dénouent un petit drame, en plusieurs strophes, terminées chacune par le môme refrain. On en possède un certain nombre du douzième siècle, d'une forme achevée et ori<jinale \\). — On appelle aussi ces chansons d'histoire chansons de toile^ parce que les femmes les chantaient en lilant ou en tissant. Signalons comme types du genre : Oriour (2) et Belle Doette (3). — Le motet est une chanson k plusieurs voix, d'orip:ine latine et religieuse. — La rotruenge est une chanson à refrain, non narrative; elle exprime plutôt un sentiment personnel. Exemple : la. rotruenge de Richard Cœur-de-Lion, prisonnier en Allemagne (4). ((^e mot vient peut-(Hre do rote, Tinstrument dont s'accompagnaient les jongleurs). — Le 5frv<>n/ais (qu'il ne faut (las confondre avec la sirventc satirique des Provençaux) parait avoir clé ii l'urlgine une chanson badine. — L'aube (ou chanson du point du jour, alba) a pour thème ordinaire la séparation au chant de l'alouette (cf. Shakespeare, Kuméo et Julietlf). — Le rondeau est une chanson 1^ danser, non divisée en strophes, mais dont on répète deux fois la (jartie initiale, comme dans le triolet. — La balettc, également; il no faut pas la confondre avec la ballade provençale. — Le lai (ne pas confondre avec le lai narratif, cf. p. 58) est une chanson, h strophes dissemblables, sur un sujet d'amour. — Le i.'irc/i (de>cnu virelai) est plutôt analogue au rondeau. — La. pastourelle^ dont le thème ordinaire se trouve développé dans la pièce célèbre d'Adam de la Halle, Robin ci Marion (5). — La chanson de croisade se présente sous trois formes : tantôt c'est une chanson de guerre, à refrain, exiiortation lyrique h combattre les infidèles; tantôt inie chanson d'amour, (ilainle d'une femme ou d'une (lancée, dont le cjle^ aller est à la croisade; parfois, enlln, c'est un chevalier qui regrette la damo laissée au pays (6).

Les g:enres d'origine provençale. — Une poésie lyrique plus savante et plus raffinée s'était développée dès la fin du onzième sièch», dans le Midi de la France. Celte poésie n'est pas écrite dans le dialecte que Ton appelle aujourdliui le provençal^ mais dans un autre dialecte de la langue d'oc, le limousin, lequel fut-adopté comme idiome littéraire par tous les poètes du Midi. Le centre en était à Toulouse, dont les comtes étaient protecteurs du //ai savoir, et souvent poètes eux-mêmes. La guerre des Albigeois vint brusquement ruiner cette civilisation brillante.

(1) « Nous nV trouvons plus, dit G. Paris, la prolixité et la banalité d'oxprossion qui trop toavent nous lassent (dans la chanson do geste). Les personnages, généralement au nombre de daui on trois au plus, sont rapidement esquissés dans une attitude caract<''ristiqae. et n'échangent 'qoa pio do paroles, toutes pénétrées du sentiment qui les anime. Le lieu de la scène est indiqué en deux mots, et, dans cette extrême concision, quelques détails donnes, au contraire, avec complaisance prêtent aux Hgures et au cadre un relief singulier ; on no p(Mit dépasser la grâce et rénorgia de plusieurs de ces petites compositions, auxquelles leur refrain, vaguement accommodé an sujet et souvent un peu étrange comme, les refrains populaires, ajoute encore plus de charme poétique. • G. Paris, Litt.^fr. au moyen âffe, S H^-

(2) Chrestomathie, do G. Paris, p. 278.

(3) Morceaux choisis^ 2* cycle, p. 57.

(4) G. Paris, Chrvstomathie, p. 283.

(5) Chrestomathie, de G. Paris, p. 291, et de M. Clé&at, p. 330 ; cf. Aubertin, p. 92. — Cf. Chapitre sur la Comédie au moyen âge.

{^) Morceaux choisis^ 1»' cycle, p. 24 ; — Chrestomathie, de M. L. Sudre, p. 137.

•OÉSIE LYRIQUE

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Les genres propres au Midi étaient :

Lo saUit d*€unour, sorte d'épttro, sans repaies tixes. — La tençon, dispute entre deux puùtos sur une question galante, dont une variété est le jeu-parti {\). ^~ La sirventts chanson satirique ou guerrière. — La lalUide^ en trois couplets suivis d'un refrain, plus un envoi. — La chanson courtoise, dans laquelle le poète exprime ses propres sentiments, composée do trois couplets, dont doux seulement dans la même forme. — La $otk chanson, parodie de la précédente.

Dans toutes ces poésies se retrouve Vamoar courtois, sentiment conventionnel, que nous avons déjà signalé dans les romans de la Table ronde. Le poète ckante son amour, discret et patient, pour une dame qui accepte cet hommage mais avec une fierté toujours en éveil, et qui exige du soupirant tous les sacrifices. Cet amour est considéré comme la source de toutes les vertus; il ne peut s'adresser qu'à un objet digne de lui. C'est déjà la théorie de V amour fondé sur Vestime quijciprès avoir passé dans la littérature espagnole, animera les tragédies de Corneille. De là, dans tous ces petits poèmes, une psychologie compliquée, délicate, presque mystique. Malgré ses obscurités ou ses exagérations, cette analyse du cœur est ingénieuse et piquante.

L'Influence provençale. — Or la poésie provençale, des la seconde moitié du douzième siècle, exerça une très profonde influence sur la poésie du Nord. Les deux filles d*Aliénor de Guienne, Marie et Aélîs, épousèrent Tune licnri I*', comte de Champagne, Tautre Thibault de Blois, son frère. Aliéner était la petite-fille de Guillaume IX, comte de Poitou et duc d'Aquitaine, protecteur illustre des troubadours, et lui-même poète très distingué; elle dut transmettre à ses filles son goût pour le gai savoir. Et nous savons, en effet, que la cour de Champagne devint, avec Marie, un centre de courtoisie et de littérature; nous l'avons déjà dit, en parlant de Chrétien de Troyes. Aélis, de son côté, encouragea et protégea des trouvères, auxquels elle dut faire connaître et imiter la poésie provençale. Enfin^ à la cour même de France, le goût des choses de Provence avait été apporté pendant quelques années par Aliénor. j\prcs son divorce, la nouvelle reine, sœur du comte de Champagne et du comte de Blois, avait continué cette influence. Pendant un siècle, de la fin du douzième à la An du treizième, une partie de la poésie du Nord est inspirée par Famour coortois; tandis qu'une autre partie reste fidèle à ses origines propres.

PHnoipaiix peAte» lyrk|«ee. — Lee Tpeu6edoiii^. — Nommons d'kbonl quoique»

troubadours, pour la plupart plus anciens que nos trouvères : — Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine (mort en 1127).

(1) Les envois do ces jeux-partis, mal interprétés, ont donné naisHance à la légende des coui» d'amour: on supposait ces pièces récitées devant une sorte do tribunal compouo do dames, qui iugeaieni entre i«ft deux poètes (ci. Jourtiai des savants, oct. et déc. 18S8).

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