‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 45 sur 408 · POÉSIE LYRIQUE · texte numérisé non relu

POÉSIE LYRIQUE

— Jofroy Budel, prince de Blaye, qui, devenu amoureux de la comtesse de Tripoli, sur la seule renommée de sa beauté et de ses \crtus, se croisa on 1147, et arriva gravement malade à Tripoli, où il mourut sous les yeux de la comtesse. Cette romanesque et vcridique histoire, tout à fait caractéristique do l'amour courtois, a été mise à la scène par M. E. Rostand, dans la Princesse lointaine (1);

— Bernard de Ventadour prit le nom de son protecteur, le vicomte de Venladour, en Limousin, chanta la vicomtussc de Ventadour, puis Aliénor do Guienne; il s'attacha plus tard à la personne de Raymond V, comte de Toulouse, et mourut dans un monastère. Il passait au douzième siècle pour le premier des troubadours.

— Cependant, on connaît mieux Bertrand de Born (1145-1215), seigneur de Hautefort en Limousin, qui célébra l'amour et la guerre. 11 fut mêlé aux luttes des lils de Henri II Plantagenet, et prit parti contre Richard pour Henri le Jeune (2) ; à la mort de celui-ci, il se réconcilia avec Richard, qu'il soutint à son tour contre Philippe-Auguste. Ses plus belles poésies sont des sirventes^ dont raccerit satirique est d'une singulière violence, mais qui respirent aussi un enttiousiusme lyri(iue, au sens le plus complet du mot (3).

Les Trouvères. — Parmi les trouvères du Nord, il faut retenir les noms suivants :

— Conon de Bélhune (•{■ 1220) a fréquenté la cour de Cfiampagne, et Ut partie du groupe do poètes courtois inspirés par Marie, iille d'Alicnor. 11 a pris part à la troisième et à la quatrième croisade, et Villehardouin, dans sa Conquête de Constantinoplct lui attribue des discours aussi courageux qu'éloquents (4);

— Gai II, châtelain de Couci (7 1204), compagnon d'armes de Conon dans la quatrième croisade, a moins de force et plus de grâce (5) ;

— Blondel de Nesle (fm du douzième siècle) est celui dont la légende a fait le fidèle ami do Richard Ceeur-de-Lion;

— Gace Brûlé (7 commencement du treizième siècle), chevalier champenois, a de l'élégance et d'heureux rythmes (6) ;

— Jean Bodel (7 1207?) d'Arras (que l'on connaît surtout comme poète épique pour sa Chanson des Saisnes^ et comme poète dramaticiue pour son Jeu de Saint-Micola.<) a écrit un Congé, pièce lyrique dans laquelle, au moment de quitter Arras pour entrer dans une léproserie, il dit adieu à ses amis (7) ;

— Thibaut IV de Champagne (7 1253) est aussi célèbre par ses exploits quepa;* ses vers. Il prit part à la croisade contre les Albigeois, à la coalition de la noblesse contre Rlanche de CasliUe, régente pendant la minorité de Louis 1\. Celle-ci, d'un regard, avait obtenu sa soumission; et Thibaut la chanta dans des vers d'une délicatesse courtoise jusqu'à la préciosité. Il fit également des chansons de croisade, des lençons, des pastourelles (8);

— Butebeuft déjà étudié, prend rang parmi les poètes lyriquc^s du treizième siècle par un grand nombre de pièces d'un accent personnel, et qui font de lui, nous l'avons dit, un ancêtre direct de Villon (9) ;

(1) Représentée an théâtre de la RenaiHsancc, le 5 avril 1S95.

(2) Dante, dans son Enfer, livre XXVill, place Bertrand de Born, « qui au jeune roi donna les mauvais conseils ».

(3) Sur les autres troubadours d'Aquitaine, dn Languedoc, de Saintonge, d'Auvergne, do Provence, du Roussillon, voyea L Cléuat, la Poésie lyrique et satirique au moyen âge (Locène et OudiD, 1893), pp. 100 k 146.

(4) Lire une Chanson de Croisade de Ck>non de Béthune dans la Chrestomathie, de M. Glédat. p. 335.

(5) Chrestomathie^ de M. Clédat, p. 337

(6) Jd., p. 341

(7) Jd., p. 339.

(9) Jd., p. 350.

— Colin i\faset (fin du troizièmo siàcio) est le type du pauvre Irouvoro, oblijrôdc faire appel à la générosité do ses protecteurs; par sa situation comme par la grâce aimable et spirituelle de ses chansons, il est couiparabh; h Murot |1);

Knlin, nommons Adam de la Jlallc (-[- 1288}» étudié ailleurs comme poète dramatique, qui a chanté son foyer et écrit un Congé.

Au début du quatorzième sicclo, le rogno de» la poésie courloîsc semble passe; déjà Rulebeuf et Colin Muset, l'un par sa verve et par sa gravilc, Taulre par sa grAce facile et sa clarté, tous deux par leur iiispiraliouplus pcrsoniuïUe et plus franche, marquent la transition.

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