‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 48 sur 408 · POÉSIE LYRIQUE · texte numérisé non relu

POÉSIE LYRIQUE

en 1461, on retrouve VHIon en prison, h Mcun-aur-Loirc ; il y a clé cnrermû â l.i requête do l'ûvèquo d'Orléans, Thibault d'Assigny, Colin de Cayeux a été pondu ; Villon redoule le mémo sort. Heureusement pour lui, Louis XI, récemment sacré, passe par Mcun et délivre Villon.

C'est cotle même année U61, « en l'on trentième do son âge », que Villon écrit son Grand Testament, II paraît tout à fait amendé ; il cxprimedcsscnll' ments de honte et de rcpcntance. Mais, en 14Ci, il est au Châtclct, et Condamné

à être pendu. Il

écrit alors son admirable Ballade de* pendus {Frères humainsqui après nous vivez... (1). Il est encore délivré, le 5 janvier 1463, et banni pour dix ans de la ville de Paris.

A partir de 1463, oa peixl toute trace de Villon. Babelais nous dit que (1 mais- Ire François Villon, sur ses vieux jours, se relira h Saint- MaixentenPoictou, sous la faveur d'un

hon

TiB de bici

i.Là,

abbé dudit lie pour donner passetemps au peuple, entreprit faire jouer la Pas.sion en gestes et langage poictcvin (2). n On ne sait en quelle aimée il mourut. I.u premiôre édilion de ses œuvres, à Paris, est dr 14)^9.

Le Petit Tsxtamant — Ce pucme do quaranlo strophes pnrte antti lu titra Jo tais (3). C'éUit un gunro 1 la mude, ttKt tiialugus au eoagé. On cunnait lus cun^i/s do Jean Bodoi et (l'Adam de la Hallo ; lea lestaineots du Jean do Mcun et du Jcrn de l<og[iior.(H32).

Vlllun va partir pour Atiyer» ; il ii'e$t pas rerlain du rcluiir. Aiishl va-t-ll faire ion testament. Il lif^uo i Cuillaumu de Villon, ïon père aduplif, sun braîl, c'L'it-.'i-diro m renommée ; i cctle qu'il aimait et ijui le dfdaigiio, son cu'ur ; i divers pursunnagcs, ici

(1) Morceaux chûiiit, f cycle, p. 73.

Il] RtBiuis, liv. IV, 13.

(3) Lah ou legi : la torma laii est la léguer D'alUaan la prÔBonciaiion con

Du OhaHO». — LiU. Illulrt*.

lOÎ LK LITTÉRATURE FRANÇAISE

enseignes célèbres du quartier ; à Jean Trouvé, boucher» le Mouton^ le Bœuf couronné et la^ffo^yie; au /çl^eYaUer.dvi gu.et,.le ^<p^.me; aux archers do nuit, la Lanterne ;k maitre Jacques Régnier, la Pomme de Pin (enseigne d'un cabaret, ce qui semble indiquer que Reg^iér'y séjduWiait' plus que' de ràlsbiî) ; il lègue de l'argent à trois petits enfants tout nus, Pa^vrgs.4>rphieliMS dépowrvvut, dont il donne les noms : or, ce sont trois abominables usuriers ; différoiits objets, gants, bonnets, chausses, diamants, à des amis réels ou imagin^res ; k Robert Valéo, ses braies (caleçons) qui sont en gages au cabaret des Trume- Hères ; li son barbier, les rognures de ses cheveux ; à son savetier, ses vieux souliers, etc. Suivent' quelques '/ais figurés où allégoriques, à des chanoines, à ses compagnons de misère, laux curés de Paris, aux moines (1).

Bien qu'on trouve beaucoup d'esprit, et surtout, çà et là, de jolis traits de réalisme dSii le Petit Xestfiment, cette onivre n'aurait pas assuré à Villon ta. célébrité; elle le laisserait confondu dans la masse des poètes de second ordre.

lie Orond Tistkment, — Ici, bien que le cadre général soit analogue, la composition est plus complexe. Le poème a cent soixante-treize strophes. De plus, Villon y a inséré do nombreuses ballades, dont quelques-unes, selon G. Paris, ont été écrites bien avant 14G1, et que le poète a eu l'heureuse idée d'enchâsser à la meilleure place ; on peut croire môme qu'il' a souvent dirigé ou fait dévier son développement de manière à amener la ballade qu'il tenait à ne point perdre. — Les strophes 1 à 70 forment une première partie, dans laquelle Villon parle de son emprisonnement, de sa jeunesse dissipée, de la fuile du temps, de la mort qui n'épargne personne (3) ; — ici se trouvent (après la strophe 41) ' lu Ballade des dames du temps jadis (refrain : Mais où sont les neiges d'antanl) (3), la Ballade des'êmgneurs du temps jadis (refrain : hiais oà est le preux Charlemajne I), -Il revient (strbphe 42) h la brièveté de la jeunesse, et fait parler la Belle beaulmière qui regrette sa beHité passée ; il plaint lui-même le temps de ses amours. — A la strophe 70, Villon commence k tester ; c*osi la seconde partie, formant comme un poème séparé. — Les legs du iS^rmnd. Testament sont moins burlesques que ceux du Petit, mais sont encore souvent ironiques ; à Guillnume de Villon, il lègue sa librairie (bibliothèque) ; aux frères mendiants, une oie, dont il donne les os aux malades des hôpitaux ; à Jean le Loup, voleur, un chien pour , attraper les canards dans les fossés de Paris et un manteau pour les cacher ; des armes, à un moine querelleur ; & sa mère, il lègue une ballade à Notre- Darme (4), etc. — Mais l'intérêt du Grand Testament n*est pas dans ces legs, dont les allusions sont obscures, et ont perdu presque toute leur saveur ; il est dans les réflexions morales amenées par quelques-uns de ces legs. Ainsi (stroplie 149) V^illon se représente au 'charnier du cimetière des Innocents (5) et revient au thème de la mort; il y revient encore dans le» dernières strophes, quand il donne des instructions pour son enterrement (strophes 168-173). Une dernière ballade sert dé conclusion.

Orl8:inalité de Vilton. — Il est exagéré de dire que Villon fit le premier de la poéôFc personnelle. Avant lui, plusieurs des poètes lyriques que nous avons nommés, en particulier Jean Bodel, Hutebeuf, Eusiache Deschamps, Colin Muset, Alain GharUeff ont, dans les cadres conventionnels, et au milieu d*allégories, parhé de leur vie, de leursamours, de leurs regrets. Mais ce qui est vrai, c*est que Villon a une personnalité plus caractéristique, une âme plus humaine et surtout un accent plus sincère.

(1) Morceaux choisis, 1" cycle, p. 29.

(2) Morceaux choisis, 2» cycle, p. 68.

(3) Morceaux choisis, 2" cycle, p. 70.

(4) Morceaux choisis, 1" cycle, p. 38.- (6) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 72.

POÉSIE LYRIQVB

Ce mauvais écolier, ce vagaboad, ce eoqatOard, ce récidiviste trois foii emprisonné, deux fols sur le polnt.d'ètre pendu, est poète au sens le plus moderne du mot ; 11 n'est pas ^Idé par da raison, mais par sa sensibilité, laquelle explique i la fols ses fautes et ses remords. II en est la victime ; mais S'il lui doit ses crimes, il lui doit aussi son repentir et ses larmes. Voilà pour lefond. £t rien n'est plus sympathique qu'une pauvre dmc humaine, qui connaît 1o bien, qui en goûte la beaulé, que .sa faiblesse entraîne au mal, et qui se réveille en sursaut, prise de dégoût, et qui tremble de faillir encore, et qui unit, comme H. Heine ou Musset, le désespoir h l'ironie.

Dans la forme, Villon est aussi un grand poète : il voit et il peint. Il ne cherche pas de choses nouvelles ou ingénieuses, ce qui est le propre du pobte médiocre et artificiel. Il renouvelle inconsciemment, par ta force naturelle de B« sensation et de sa vision, les thèmes les plus communs. Quoi de plus commun, en effet, que les regrets de la jeunesse perdue, que l'anjoisse de la mort? Mais c'est précisément à la façon dont ils traitent ces, thèmes qu'on reconnaît les vrais poètes. Villoo au cbarnier des Innocenta égale Shakespeare faisant parler Hamlct au cimetière d'Elseneur,. et Bosiuet u ouvrant un tombeau devant la cour ».

On votf'tout ce que Villon veut faire v(dr; les traits sont précis, pittoresques, colorés. Q II a su peindre, dit G. Paris, les vieilles accroupies autour de leur petit feu do chcnevottes, et les lemmes assises dans l'église sur le

repli de leurs robes, et les écoliers modèles tenant leurs pouces dans leun ceintures, et le bon Jean Cotard allant se coucher en trébuehabt; et lu çrAnea

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m LA LITTÉRATURE FRANÇJ^ISE

entassés daD3 les. charniers des Innocents, et les squelettes des pendus balancés par lé vent aux poutres de Montfaucon (1). »

La renommée de Villon. — En 4489, parut la première édition des œuvres de Villon: Elle fut souvent réimprimée jusqu'à celle donnée par Marot en 1533, édition corrigée, commentée, souvent avec bonheur, parfois assez naïvement, et qui 'eut un ^rand succès (2).

Villon no fut jamais oublié. Très goûté au seizième siècle, encore connu et in au dix-scptiième (cf. Art poétique de Boileau) et au dix-huitième siècle, Villon profita plus qu'aucun autre poète, plus que Ronsard lui-même, de la réaction romantique. Sa vie de bohème, la variété de son style qui unit le grotesque au sublimey son réalisme un peu cru, tout devait le faire considérer comme un ancêtre.

BIBLIOGRAPHIE

A. Jea:»rot, les Origines de la poésie lyrique en France au moyen âge, Paris, 1889.

6. Paris, les Origines de la poésie lyrique en France au moyen âge {Journal des savants,

J. BÉDiER, De Nicolao Museto (Colin Miisct), suivi du texte do ses œuvres. Paris, 1893. AuBERTiN, Histoire de la littérature française au moyen dge^ 2 vol., 1883. L. Clédat, la Poésie lyrique au moyen âge (collection dos classiques populaires). Locèno

et Oudin, 1893.

G. Paris, F. Villon {les Grands Ecrivains français). Paris, 1901. Fr. 'Villon, Œuvres complètes, éd. Aug. Longnon, 1911, Paris, Champion. P. Champio!!, Villon, 1912.

Pour les textes des différents poôtcs lyriques, consulter, outre les Chrestomathies déjà

citées, la Bibliographie de la Littérature française (Julleville, Colin), t. I, chap. v ; t. II,

chap. vu.

(1) O. Paris, F. Villon, p. 15i.

(2) Le dix-septième siècle continua à lire Villon sur le texte de Marot. A partir de 1723, parurent diverses éditions, dont quelques-unes marquaient un progrès philologique et historiqv*. Mais

•aujourd'hui, rèdilion détinitive est celle do M. A. Longnon, parvie en 1892 (Lemerre) ; un* nouvelle édition, par le môme auteur, on a paru chez Champion en 1911 ; M. Longnon n'a pas moiaf contribué à éclaircir la biographie de Villon qu*à épurer et à fixer son texte.

CIlAPiïKK VU LE THÉÂTRE RELIGIEUX AU MOYEN AOE.

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