‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 54 sur 408 · LE THÉÂTRE RELIGIEUX AU MOYEN AGB · texte numérisé non relu

LE THÉÂTRE RELIGIEUX AU MOYEN AGB

costumes. Les spectateurs payaicrit leur place une snmme aMez modique (là deniers et 6 deniers, à la Patiton de Valcncicnncs, Hjil) ; la recelte était partagée entre les entrepreneurs da Myttère et les acteurs, tous frais déduits.

Plusieurs semaines avant la rcprcsenlalion, les confrère» de la ville, ou l'association temporaire créée pour la circonstance, faisaient faire uq crj, ou proclamation solennelle, destinée à annoncer le pror chalnj«u, à provoquerdcs dons en argent et en costumes, à solliciter le zèle d'acteurs volontaires. Un eorlégc, précédé do trompettes, composé de hérauts achevai, des entrepreneurs du Myttère, des principauxbourgeois,parcourait la ville et s'arrêtait aux carrefours, où le crieur juré donnait lecture du ery (1).

La mU« en scène et les décors. — Le ttiéàtre sur lequel les confrères de la Passion représentaient les Mystères (et de nombreux témoignages nous prouvent que les théâtres • Mir«olo do l'evosquo que lBrced[aoo murlril pour oitro

de province offraient la eïe«|uo a|,r6* «a mon. -

, ,. ... , ,,, D'aprcÊ «ne miniature du XIV liecle.

même disposition) (i) ne ressemblait pas, nous l'avons déjà fait observer à propos des Mirades, à nos théâtres actuels. On a cru longtemps que Véchafaud se composait de plusieurs étages superposés, communiquant par des échelles : à l'étage supérieur, le paradis; à l'étage inférieur, l'enfer; aux étages intermédiaires, les différents Deux de l'action terrestre. Mais Paulin Paris, dans une étude publiée en 183S (3), a définitivement établi l'exacte mise en scène des Mystères.

Le théâtre se composait d'un espace plan (solier), analogue à notre scène actuelle, mais très vaste, et, sur ce plancher, étaient disposées, un peu en retrait.

(1) I.i» duo* PrrtT ds Juluvili (l)CI. /d., 1. 1, pp.3Mstialr.

^S) PsTis, Sapant, ia-S.

[, Militent, 1, 365, la cry dw Aciet dtt Apotm, IMO.

les man$\oni (maisons) ou petites conslruclion.^ indépendantes, de manière à ce que les acteurs pussent librement circuler de Tune à Tautre, et qui étaient autant de lieux : suivant le moment de l'action, les personnages se groupaient autour de telle ou telle mansion. Il est vrai, d'autre part, que le paradis était situé au-dessus des mansions, souvent de côté, sur une sorte d'estrade, et que l'enfer était, pour ainsi dire, dans le sous-sol : par une grille on apercevait les damnés au milieu des flammes, et les diables sautaient sur la scène par une gueule de dragon s'ouvrant et se fermant comme une trappe.

Ces mansions étaient fort nombreuses. Une miniature, en tète de la Poision de Valencieunes (1547), présente les lieux suivants, de gauche à droite (p^r rapport au spectateur) : le paradis, une salle, Nazareth, le Temple, Jérusalem, m palais, la maison des évoques, la porte dorée, la mer, les limbes, Tenfer.. Uni) porte dans un^an de mur suffisait a figurer Nazareth ou Jérusalem; un liaisin carré, plein d'eau, sur lequel flottait un petit bateau, représentait la mer (lafi de Tibériade), etc. — Pour un Mystère joué à Rouen, en 1474, les iMuaùnn étaient au nombre de vingt-cinq; on en a compté jusqu'à cinquante.

Pareille mise en scène est sans doute très conventionnelle. Mais, au théàilê, toute convention acceptée est légitime. Si la juxtaposition de tant de liéiv divers manque de vraisemblance, l'action y gagnait en rapidité et en 5Î/Mttinéité. Pas d'interruptions pour des changements de décors : de là, conUnaflé de l'illusion une fois créée. De plus, comme dans ces drames religieux non seil- Kîment l'humanité tout entière,-mais encore le ciel et l'enfer, sont intérossdsjiu dévjeloppement et au dénouement de l'action, c'est le genre lui-même qui Imposait aux poètes cette scène vaste et complexe, sur laquelle on ne perdait jamais de vue les rapports mystérieux soit entre Dieu et l'homme, soit entra le sacrifice du Golgotha et le sort du monde. Si bien que ce théâtre est, dans sa disposition presque enfantine, une exacte adaptation du cadre au sujet.

Dans l'architecture de ces mansionSy nulle recherche de couleur locale ni d'exactitude. De même pour les costumes qui étaient ceux du jour, plus riches et plus luxueux; les diables s'affublaient de grotesques et tiorribles déguisements. Seuls, le Christ et la Vierge portaient la tunique longue, blanche, et le manteau bleu; ils devaient, en ces costumes d'une simplicité mystique, se détacher très nettement sur la masse pittoresque et tapageuse des vêtements modernes : tels ils se distinguent, au milieu des splendides convives vénitiens, dans les Noces de Cana de Paul Véronèse.

Les acteurs restaient toujours en scène. Leur rôle fini, ou interrompu, ils allaient se grouper sur les côtés, au lieu de disparaître dans les coulisses. Il eût éVé facile, même en l'absence de coulisses, de les cacher derrière les mansions. Si on les obligeait à rester en vue des spectateurs, c'est que, sur cet immense théâtre, le vide eût été trop sensible aux places où ne se déroulait plus l'action.

Enfin, il est certain que les Mystères comportaient des trucs et des mac/um,., des apparitions, des ascensions, des incendies, des batailles, etc., fte kmi fort

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