LE THÉÂTRE RELIGIEUX AU MOYEN AGE H
naïvement exécuté, maïs suflisanlpour satisfnireles spcctn leurs des quatorziome
Les principaux Mystirct. — Il est d'usngo de diviser les Mystères en plusieurs cycles 1 1° cycle de l'Ancien Testament; 2° cycle da Nouveau Testament; 3° cycle des saints; 4° mystères profanes.
1" Cycle de l'Ancien Teslamrnl. — Sou.» le lilro de Vieux Testament, noua possédons une
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■ Do la reiniaa qui, pour loo enfant qu'elle avait ponlu. tolLit (ealova) à l'ymaga ds No«tre-D*me D'aprii une grisaille tirée i un manuscrit du iv" siècle.
Tisie composition. Imprimée vers l'an 1600, et comprenant : d'abord une « encyclopédie biblique >, depuis la Création jusqu'à Salomon (2), puis six ^fyst^res distincts: Job, Tobie, Suzanne et Daniel, Judith, Eslltcr [3]. Octaeien et tes Sibïiles. Le tout furme un ensemble do 49.200 vers. Il est probible que U première parlie, contenant i elle seule 36.500 vers, Bst un amalgame de Mystires primitive ment séparés. Nous avons aussi un Mystère de fa Patience de Job (IMO), da G. 500 vers et i 49 personnages.
2" Cycle du Nouveau Testament. — Dans ce cjde sont rangés ies Mystères qui mcitcnl en scène tout ou partie de l'histoire de Jésus-Christ et des Apôtres. Sept d'entre qui embrassent la Nativité, la Paision et la Bisurrectiun. Le plus ancien est le toite du manuscrit de Sainte-Genevlcvo, en 9,800 vers. Le plus célèbre est celui d'Apnould Griban, représenté en 1-162, en quatre journées, comprenant 34.674 vers, ol près do 400 personnages. Nous on donnerons une rapide analyse, d'après l'édition G. Paris et Raynaud.
(1) Sur « polat «r. Pern de Jullevills. Hyslire; I. p. 394.
(1) Lira dai» la (;hniUiiial(iis. da L. SuoRi, le* Adtiu.t d'Âc* meurand, p.71.
(S) M-, p. 14, CdlMt-sI AouiTHii
Analyse de la Paaaion, d'Arnould Gréban (1452). — Les 1.500 premiors ven comprennent : un prologue, sorle de sermon, et l'histoiro do la Création jusqu'au meurtre d'Abel et h la mort d'Adam. Puis, dans les limbes, Adam invoque le Rédempteur promis, tandis ^ue, dans i'enrer, les diables chantent la perte du genre humain : la scène est vraiment grandiose |l). Au ciel, devant Dieu, Miséricorde et Paix entament un procès contre Justice et Vérité : la Rédemption est décidée ; elle provoque la joie des justes dans les limbes et la fureur des démons. Viennent ensuite : l'Annonciation, la naissance du Messie, l'adoration des bergers (ici se place une jolie scène pastorale) (S), les Mages, le massacre des Innocents, la fuite en kgypie, Jésus au milieu des docteurs.
Dans la seconde jiourn^<;, sont exposés les événements qui vont de la prédication d0 saint Jean-Baplisle (8) à la Passion proprement dite. Parmi les belles scènes, qui t^mol* gnent d'un certain sens dramatique, citons : l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem, où las impressions de la foule, vieillards, femmes, enfants, sont rendues avec justesse et vuiélé.t'* à la joie populaire s'opposent les lamentations et les prédictions de Jésus ; la CÀMt*' pehdant laquelle Satan apparaît, visible seulement pour Jésus et pour Judas; le récUdi- Lazare à ses sœurs (4), et surtout le dialogue de Jésus et de sa mère (5).
La troisième jiourn^e est la Passion même. On peut y signaler la scène du Jardia.dli^' Olives, où les angoisses du Christ sont exprimées en beaux vers ; le reniement de Mlal « Pierre, au milieu de personnages populaires: ser\antes, soldats, bourreaux, auznoait pittoresques, au langage réaliste ; la flagellniion, d'un rythme curieux ; le désespoir etlt. suicide de Judas, auquel apparaît Dé5c$pur<inre : les plaintes de Notre-Dame au pied d0 la croix (6) ; le partage des vêtements du Christ par les soldats.
La quatrième journée est consacrée à la Résurrection, l'Ascension, la descente dtt' Saint-Esprit. Et, pour correspondre au prologue, une scène dans les limbes et dans las enfers ; les démons se lamentent et les âmes des justes sont emmenées par TEIsprit de Jé^us. — Enfin, le meneur du jeu adresse un adieu aux spectateurs.
Parmi les autres Passions^ sigfialons celle de Jean Michel (1486), en 66.000 vers. Malgré sa longueur, ce mystère n'embrasse pas la même étendue que celui de Gréban. Il commence (après un sermon de l.(K)0 vers) à la prédication de saint Jean-Baptiste, et comprend loulo l'histoire de Jésus jusqu'à la mise au tombeau. Mais chaque épisode y est détaillé ; les scènes de torture et de diableries sont plus développées ; cerlains rôles, comme celui de PI- Ute, prennent chez Jean Michclune réelle originalité (7) ; enfin, il semble que les machf jmi y.aient été multipliées. — En somme, Jean Michel a repris les deuxième et troisième jouiPnées do Gréban, en a exploité en habile dramaturge toutes les situations, les a surchargées de tout ce qui pouvait flatter la curiosité des spectateurs, et a souvent réussi dans l'exprès* sion des sentiments: c'est ainsi que le dialogue de Jésus et de sa mère s'achève par unt î»crie do répliques où les >ers se répondent a\ec autant de justesse que de pathétique (($)•
<\) Aforceaux choisis, 2* cycle, p. 77.
(:i) Citée par Petit de Julleville, Mystères, II, p. 401
(:>) Lii'e dans la Chrestomathic., do G. Paris, lo dialogue entre Jean et Hérode, p. 346.
(4) Cité par Petit de Julleville, Mystères^ll, 405.
(5) Cité par Petit de Julleville, Mystères, I, p. 213. — Au sujet de ce morceau, qui sera repris et heureusement comploté par Jean Michel, G. Paris écrit : « La complexité mystique de ce cœur do vierge-mère, de ce cœur qui dans le môme être aime son flU et vénère son Dieu, de cette fime qui, tout éclairée des prescience!) de la gloire future, n'en est pas moins meurtrie par les angoisses do la douleur présente, cette complexité qu'il est impossible do saisir et de représenter réellement, Arnould Grébun a eu lo mérite do l'imaginer, et partois do l'indiquer avec un certain succès. Mario est la figure la plus pure et on même temps la plus vivante de son œuvre. • {Passion, do ORiSAN. Introduction, p. XVII.)
(6i Chrestomathic,- de M. Clèdat, p. 430.
(7) Lire, dans Petit de Julll ville, Mystères, 1. p. 225, les hésitations do Pilata et ses reprochas aux Juifs.
(S) Morceaux choiêis, 2* cycle, p. 80.