PREMIERE PERIODE : DU TREIZIEME AU QUINZIEME SIECLE
Origines. — Les jongleurs ne colportaient pas seulement, de château en château ou de ville en ville, des chansons do geste et des romans. Ils avaient tout un répertoire de dits, de monologues et do dispales ou débals, a Une veine qui ne fut sans doute jamais interrompue, bien qu'elle se montre rarementaux yeuK dans l'obscurité des siècles reculés, va des mimes romains auxfarceursdu quinïièmo siècle <2). n Nous ne possédons aucun texte diamalique avant le Ireixième siècle; le quatorzième présente ensuite une lacune complète et diflicile k expliquer. Mais il est certain que la plupart des sujets représentés au quiniième, époque oii tous les genres comiques s'épanouissent largement, sont des remaniements de pièces plus anciennes. Ue tous les manuscrits, ceux des œuvres dramatiques étaient fatalement destinés, plus que d'autres, à s'égarer ; on ne conservait en vue de la représentation que le dernier rajeunissement du texte. Ce n'est que du jour où l'imprimerie a immobilisé, en quelque sorte, un texte daté, qu'on a fait circuler dans le public une forme déterminée
(1) Voir inr celts ijDsitioii Pktii de JuiiEïii.Le. in Comidie et ira Biteurs ou moy«n àgt. mlrt - (I] QuTOH PïBis, LltUratwn au noytn igt, g 131 .
>MÊDIE AV MOYEN AGE
ou tel sujet. Encore la plupart de ces textes imprimés no portent-ils pas n d'auteur ; on ne connait pas celui de Pathelin. Peul-êtrc le poêle ne se pas le droit de signer une œuvre qu'il s'élait contcnlé de remanier : on le pas un tableau qu'on reparc.
&IH DE LA HALLE (i33M28R). — Mais, par un singulier hasnrd, nous
?nçons cependant pur des œuvres dali^es, signées, el dont l'auteur semble u la porsi>nualilâ liltéruire la plus marquée.
-ndela ll.-illc, comme Juan Ilodcl, était d'Arras. D'abord destiné à l'Église ~it d'une jeune rille qu'il épousa, l'his tard, il résolut d'aller à Paris pour her à l'oisiveté provinciale. Avant de p.irlir, en i'iXi% il fit représt^nter sa iTC pièce, le Jea de la Feuitlée, et adri.<ssa auic Imbîtanls d'Arras un congé. enible pas s'éti'e éloigné pour longtemps ; car on le retrouve bientôt exilé li, en l'i6">, et cet exil parait avoir élé la consi-qucnce de la part qu'il IX troubles civils qui déchiraient Arras. 11 suivit Robert d'Artois A Napics, 13, quand ci^Iui-ci fut envoyé au secours de Charles d'Anjou. Là, il eut oute uni! sorte de situation officiclie, comme organisiitcurdcsdiverlis- ■ ts dramatiijues cl musicaux de la cour de Naples. 11 yfit représenter so :
lîd ' LK LITTÉRATURE F^ASÇaISB
pastorale de Robin et Marion, On ne connaît pas la date de sa mort ; on sait seulement, par une allusion de son neveu Jean Mados, que Adam de la Halle ne vivait plus en i288.
Le Jeu de la Feulllée ou Jeu. Adam no fut pas probablement Joué en public. La représentation dut en ôtro donnée dans un pay^ ce qui expliquerait la hardiesse excessive de certains traits satiriques. — La scène est placée sous une tonnelle de verdure, une /èuî/£^, élevée pour célébrer le retour du printemps. Il y a dix-huit personnages : le poète, maître Adam, — son père, maître Henri; — plusieurs bourgeois d' A rras, dont les noms doivent être authentiques; — un médecin; — un moine ambulant, montreur de reliques; — une dame; — un fou et son père; — un cabarelier; — le commun (le peuple, que nous retrouverons sous ce nom dans les Mlles) \ — trois fées. Morgue, Magloire et Arsile; — la Fortune; — et le courrier Croquesos. '• — Adam annonce à son père et aux bourgeois qu'il veut aller étudier à Paris ; il quittera sa femme, Marie, qu'il n'aime plus. Mais il lui faut de l'argent, et il en demande à son père; celui-ci proteste qu'il n'en a point, et se dit très malade. « C'est d'un mai que je connais bien, déclare le médecin; on le nomme avarice. » Et il cite le nom des habitants d'Arras atteints du môme mai. Apparall-le moine, qui montre les reliques de saint Acaire; leur toucher guérit de la foHe; mais personne ne veut s'avouer fou, sauf un pauvre garçon amené par son père, et qui n'est point guéri; il jase à tort et à travers sur les affaires du temps, et son hardi bavardage est plein A*aclualités qui devaient paraître amusantes et spirituelles aux coniemporains. — La nuit est venue, une nuit de printemps (comme celle du Songe d'une nuit d*élé); les fées arrivent, précédées du mystérieux chasseur Hellequin, qu'on entend passer au loin. On voit ensuite la Fortune, qui montre sur sa roue toujours en mouvement dei personnages du temps. Après le départ de ce cortège féerique et allégorique, les bourgeois, assis sous la feuiîlée boivent et jouent aux dés ; on fait croire au moine qu'il a perdu et qu'il doit payer l'écot des autres; mais le moine n'a point d'argent, et il laisse en gage les reliques de saint Acaire. Cette pièce, on le voit, est un assez singulier mélange de comédie satirique, aux vives personnalités, — et do féerie. Est-ce une ceu^ro unique en son genre au treizième siècle? ou bien Adam eut-il des précurseurs et des imitateurs? on ne saurait le dire (l).
Très différent est le Jeu de Robin et Marion, que Ton a appelé justement le premier de nos opéras-comiques. Le tout est en vers; mais il y a des scènes parlées et dos scènes chantées (dont on a retrouvé la musique composée par Adam lui-même). — Le thème de Robin et Marion n'a rien d'original ; Adam l'a emprunté à la poésie lyriaue de son temps, et ce n'est qu'une pastourelle dramatisée, mais avec goût. — La bergère Marion, tout en gardant ses moutons, chante son amour pour Robin. Arrive un chevalier, faucon au poing; il demande à la bergère de le suivre en son château; celle*ci lui répond qu'il perd sa peine, et qu'elle n'aimera jamais que Robin. Le chevalier s'en va; et Robin parait; on cause, on mange, on danse. Mais le berger étant parti pour chercher des amis, le chevalier revient; et cette fois, il emporte Marion sur son cheval, aux yeux de Robin et de ses compagnons, qui n'osent engager la lutte avec lui. Marion se défond si bien elle-même, que le chevalier la laisse échapper. Et l'on célèbre par de nouveaux jeux et de nouvelles danses cet heureux dénouement (2).
L'intrigue est assez banale ; mais les détails sont jolis, délicats, d'une rusticité vraiment bien observée; les caractères sont bien posés et se soutiennent. Ici, encore, on peut se demander si une œuvre si bien équilibrée, si juste, ne suppose pas des essais antérieurs et une vaste littérature dramatitiue déjà maîtresse de certaines traditions ? Mais tout au plus peutpon signaler encore une farce jouée à Tournai en 1277, le Garçon et V Aveugle,
(1) Lire, dans la Chrestotnathiet d« O. Paris, p. 322, une scène du Jeu de la Feuiîlée, {2) Morceaux choisis, !•' cycle, p. 44.
Le tiuatonième siècle. — Nous ne possédons jusqu'à ce jour aucun texte comique du quatorzième siècle, tandis que, pour ie théâtre sérieux, nous avions la collection des Miracles de Notre-Dame,
Citons seulement, avec Petit de Jullevilie, deux petits ouvrages d*Eustache Deschamps : 1® ie dit des quatre offices de l'hôtel di^ roi, panneterie^ échanson" itfrîe, eaUine eisaacerie ; d'après les indications du poète lui-même, ce dit était k jouer par personnages ; 2^ le dialogue de maître Trubert et Anlrçignart^ un ivocat retors et un plaideur satis conscience ; mais il est possible que ce dialogue ci*ait pas été destiné à la scène.