‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 60 sur 408 · III. — LA FARCE · texte numérisé non relu

III. — LA FARCE

Définition du s:enre. — La Farce, du latin farsa (Jarcirey remplir), est, M langage culinaire, le hachis placé dans une volaille, dans un pâté, etc. Primitivement, on désigna par le moi farce certaines interpolations mêlées au texte liturgique des cpitres, des évangiles, des proses. On récitait, à des fêtes déterminées, des épîires farcies, très sérieuses; on en récita de burlesques à la Fôle des Fous (:2), et alors lajarce était en français. Mais faut-il conclure de laque les premières farces dramatiques devaient ce nom au mélange de divers diftiecles ? Nous croirions bien plutôt qu'à Tépoque où Ton introduisit dans la représentation des mystères de courts intermèdes comiques, ces parties comiques furent considérées comme la farce qui vient s'ajouter à un mets substantiel, et qui y apporte un agréable condiment. De là, ces petites comédies auraient conservé le nom de farce, même lorsqu'elles étaient représentées isolément.

Quelle que soit d'ailleurs Tétymologie du mot, la farce est la forme encore réduite, mais authentique, de la véritable comédie d'intrigue et do moBurs; plus développée, elle serait quelquefois une comédie de caractères. Si elle emprunte souvent son scénario a une historiette connue, et si, comme le fabliau, elle puise dans le trésor des contes populaires, elle renouvelle ces données traditionnelles par l'observation directe des mœurs et des types du temps. Son style est toujours vif, très français, et dramatique au vrai sens du mot. Remarquons encore qu'elle use parfois, comme la moralité, de personnages allégoriques.

Nous avons conservé cent cinquante farces, dont le texte est souvent altéré :' ce sont presque toujours des formes rajeunies de quelque pièce qui avait déjà passé par plusieurs états. Les plus célèbres, en des genres très différents, sontl Pathelin. le Pâté et la Tarte, leCuvier, '

Analyse de « Pathelln ». — Ma!tro Pathclin est un « avocat sous l'orme », c'eii4) dire sans causes. Sa fomino Giiillemctlc se plaint de n'avoir ni sou ni maille, et des ro' râpées. Pathelin promet à Guillcmclte do rapporter do la fuire du drap pour cUo et lui. 11 quitte sa maison, qui se trouve à gauche du IhéAlre (cette maison est ouverU

(1) Sar toutes ces Confréries joyeuses, voyez Petit de Julleville, les Comédiens enFiranet moyen âge. Pons, 1885.

(2) La Fête des Fous ou des Innocents se côIÀbrait, dit-on, le jour de Saint-Étienne et de Innocent. On y parodiait, dans léglise mâme, l'ottico sacré. Un âne était introduit dans le chani

l Des chants grotesques remplaçaient les chants lituigiques. Un édit de Charles VU sappriaMi l 1445, oes singulières saturnales.

■MÉDIE AU MOYES AGE

u«r apercevoir le lit, dans la chambre do l'avocat), et se rend i droite, où l'on boutique de Guillaume le drapier : des pièces d'étoffe tout ciposèet k l'eitâricur. ipior, aiai* devant la porte, guette les cUcnls. Pathelin l'aborde, le salue, lui fait de son père défunt; el, tout en cauMint, il met la main, comme par haiard, aur ce de drap; Il feint d'iltro adduit par la belle qualité de l'étoffe, et demande le larrhande pour la forme, semble céder mali^ré lui au\ exiRencos de Guillaume, '

s (I). Patholin de notre monnaie) le donne comme denier et le marché est conclu; puis il prie GuUde venir chei lui pour être payé en écua , pour mander ï cette occasion do l'oie quo luillemetle (ait rùtir. Le drapier accepte : il le drap; mais Pathelin met viicmont le sous la robe, en protestant, avec force po- , qu'il peut très bien lui épargner cette L'aiocat parti, le marchand se félicite : il u 34 soua l'aune (environ 24 francs de noire la) d*un drap qui n'vn valait pas 20. Ainsi, 1, pour le moment, qui croit avoir trompé ont. Pattiolin rentre chei lui.

vue de ce beau drap, Guillemette se ré-

! dans sa poche u

<t lui e

e la

W^ «<(WMc ^lUio nUm^.&rtmX^

I à suUre : quand Guillaume viendra pour : do l'oie et loucher ion argent, on lui fera {lie l'avocat malade depuis six acmainus,

en aucune façon, lui acheter du drap, ni ri souper; et PaUielln lui m^me, couché m lit, aura le délire. On cuMi;oit l'étonnee Guillnuuie qui arrive quelques instants

Le pauire homme, d'abord incrédule, est ^i-ft- f^'-fA'ftf^tjtt" ^n-f^-" ifcé do so rendre â l'évidence, quand il ^ ^,^ <té^ i

t Pathelin bondissant dans son lit, en agitation Bévreuao, et baragouinant I dialeclcs. Il s'en va donc, en so dema lie illusion il a pu être victime.

ndant se présente chci Pathelin un I:

naïf; ce berger, Agnelet, est au si .llaume, dont 11 garde lei moutons

l'accuse d'avoir assommé plusieurs ( ne. Or Agnelet a besoin d'un jurs plain son sac. eonsellte i

le* questions qui pourront lui être adressées par le juge, par Guillaume, ne, que: bie... L'avocat plaidera rirrcspunsahiillé, el le pauvre homme sera é. — Alors, commence, au milieu du théâtre représenta ni la place publique, Il lu jugement [3). Guillaume est d'un coté, ARnolet de l'autre; et, derrière Agnelet, , Pathelin. Le drapier formule son accusation ; tout à coup il reconnaît l'avocat, iea s'embrouillent; Il mêle le drap volé aux moutons assommés... Le juge le rappelle 1 aes moutons, et Unit par absoudre le berger qui, fidèle i sa promesse,

s gravé ai

utons. Son maître vient de le traduire en juscurs de ses bâtes, pour les manger et pour vandro ocat, et il est venu trouver Pathelin. Celui-ci, qui berger de contrufairo l'Idiot, el de ne répondre

lit

LA UTTÊRATUnE FBA?I

ne répond que bit k loulos les queillon*. Palhelin triomphe donc; mail il va ' •on maUre. Reiitâ seul avec Agnclot, Il lui domande de le pajer; Agnetot cani bêler, et Pathclin, furieux, n'en poul tirer une parole. C'ett Bur celte demicrc tm que flnit la pièce.

L'intrigue et les caractères de Pathelln.

appclh

— B^a'nc^c marie eiurroMtte

tU)Out({i>c{quc(KititiUmtlli Lamoralité de la pièce n'a

Palhelin est d'abord ce qi me pièce bien faite. L'i tion eât claire; les incidenls naïss uns des autres avec une logique relie; point de scènes inutiles; pc longueurs; un dénouement où la tion de chaque personnage est régli formémcnt à son caractère. C'est par l'aisance et la rapidité de 1' du Beaumarchais ou du Scribo. 1 part, on y trouve une excellente [ logie des conditions. Le marchand eut, le berger, le juge, agissent < lent, jusque dans les moindres ( comme des gens qui portent l'em] profonde de leur métier; ni leurs ni leurs paroles ne sont u inle geables ». La scène du jugcmct les met tous quatre aux prises, chef-d'œuvre de justesse et de i

d-Hia&affnnaramaffrT

a noue nr pouie Hti) amefftt

X UDi 9ta itqut iaiuottiffoft

■■ dégage, au fur et

re, des événements cux-mômcs; '

toute d'expérience, comme celle

plupart des comédies de Molière

Daprèa nna uraviiro inr boa tiria un « ricochet de fourberies i» auss

(funo AdilioD incunable de l* Farce , .- ■■ . ■ , - ■

it Pathetin. •*! 1"*! divertissant, aussi Iristi

rénexion qu'amusant à la scène. -

on ferait torl à Palhelin, en y cherchant des caractères; qu'il nous suff

admirer des types, si bien observés et rendus en leurs traits essentieb,

jourd'hui encore ils sont humains cl vivants.

Le style de Patbelln. — La langue de Palhelin est si française qu'elle h peine archaïque; avec quelques notes au bas des pages, rien n'est plu^ qu'une lecture suivie de celte comédie du quinzième siècle. Le style a i rapide et direct qui convient essentiellement au théâtre. Le dialogue e coupé-, la réplique est incisive; nulle prétention, nulle littéralure; c langage parlé plutôt qu'écrit; nous n'avons rien de plus précis ni de plu

tÉDfE AU MOrEy ACE

Dt Molière. Les petits vers Us huit piods, alertes et bien rimes, ne >enint l'crrort et ne traliisscntpas la cheville. Do plaisants rejets, toujours 1 avec le geste, leur donnent une spiriluelle souplesse.

•st l'auteur de « Pathelln n ' 'comique est anonyme. La pièce ,470, et aucune des nombreuses s qui parurent dès la fin du ime siècle ne porte un nom d'aunl'a attribuée à Villon, à «[icei^ erre Blanche!, qui a vécu de 1450 à Antoine de la Satie, auteur du •han de Saintri. Aucune de ces itions ne s'appuie sur des preuves tiques. Toujours esl-il que Pathe- ,'ceuvre d'un véritable artiste, et valeur exceptionnelle fut immè- Ent sentie {i). En effet, tandis csque toutes les uuti-cs matiùres les restaient exposées aux refontes rajeunissements, Pathelin se Itisa » de façon indélébile dans te de 1470. On ne le rem pas; on des lui les : le Nouveau Pathelin, ament de Pathelin (■2). Les ïers rnt proverbes. Au début du diX' le siècle, alors que toute notre ure du moyen âge était dédaignée innue, Brucys et Palaprat écrivi- \vacat Pathelin, imitation assez quoique gâtée par une intrigue :r (1706j. En i872,une adaptation :act«, par Edouard Fourniur, fut g, ntée à la Comédie-Française, e titre : la Vraie Farce de Pathelin,

Le premier chef-d'Œuvre de notre

Cficej

G^6Rvn

et te est restée i

«U at le Tarte. — Ce n'est qu'une ingue, du quiiiilvnaa uùctu jiii-qa'i n iloi. — '■ Deux truands, qui grelotten

t *» Franre au mOir<n JicoB. Pirii, Oarniir,

rat LA LITTÉRATURE FRANÇAISE

dire k sa femme : (c Je vais dtner avec des amis ; j'enverrai un messager chercher le pilé d*anguillcs... » Après le départ du pâtissier^ Tun des truands entre dans la boutique, demande le pâté» l'emporte, et va le manger avec son compagnon. Pendant ce repas pro\identicl, le pâtissier revient ; ses amis n'étaient pas au rendez-vous ; il dînera du pâté avec sa femme. « Le pâté, dit cello-ci, je Tai remis à votre envoyé... » Et elle est battue. — Mais nos deux truands, le pâté fini, ont envie d'une tarte que le premier a vue dans la boutique ; cette fois, c'est le second qui joue le rôle de messager. Le pâtissier veut l'assommer; il l'épargne, à la condition que son camarade viendra recevoir les coups. Aussi le second truand retourne-t-il vers le premier, auquel il dit : a La femme ne donnera la tarte qu'à celui à qui elle a remis le pâté. » L'autre accourt, et il attrape double raclée. — Ce qu'il convient de louer, dans cette petite pièce, c'est le jeu très sûr de l'action qui s'enchaîne et qui s'équilibre d'une façon vraisemblable et amusante.

Le Cuvier. — Il y a plus d'observation et plus d'art dans le Cuvier. C'est une des nombreuses farces satiriques dirigées contre les femmes ; on y constate que nos auteurs dramuliquos du quinzième siècle puisaient largement aux mômes sources que les auteurs de fabliaux. — Jacquinot, mari faible et débonnaire, est persécuté par sa femme et par sa belle-mère. Il demande, pour éviter do perpétuelles discussions, qu'on veuille bien écrire sur un papier (un rollet, ou petit rôle) toute la liste de ses occupations obligatoires. Dans une scène très bien conduite, on voit Jacquinot, assis devant sa table, et écrivant sous la dictée des deux femmes; celles-ci accumulent les prescriptions; elles se creusent la cervelle pour penser à tout; et Jacquinot, qui a son idée, écrit toujours. Le papier est signé ; Jacquinot le met dans sa poche, et aide sa femme à faire la lessive. Un grand cuvier occupe le milieu de la scène ; la femme, par suite d'une fausse mancmvro du mari, y tombe, et ctle ne peut en sortir. Elle appelle Jacquinot à son secours. Celuici, tranquillement, tire de sa poche le rollct^ et le lit, article par article. Interrompu, à chaque vers, par les cris et les supplications de la femme,* il déclare enfin que « ça n'est point à son roilct (1) ». La belle-mère, incapable à elle seule de tirer sa fille du cuvier, promet qu'on déchirera le rollet. A ce prix, le mari consent à délivrer sa femme et il se jure de devenir maître chez lui.

On trouve une juste et piquante observation des types populaires dans les farces suivantes : le Chaudronnier, le Sourd et l'Ivrogne, le Marchand de pommes ; — dans un certain nombre, le badin, un sot, joue le principal rôle ; — enfin la satire des femmes, souvent plate et grossière, parfois assez spirituelle, occupe plusieurs farces célèbres, telles que Maître Mimin, La Cornette, Les Femmes qui veulent refondre leurs maris, La PipéCt Georges le Veau, etc.

Les farces politiques. — A côté des farces qui sont consacrées à la peinture des divers étais et des mœurs du temps, nous en trouvons quelques-unes dont le sujet est pris dans Tactualité politique. Mais nous les rattacherons aux sotiest qui sont plus spécialement consacrées à ce genre de satire.

Page 1