‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 85 sur 408 · III. — CONTEMPORAINS DE MAROT · texte numérisé non relu

III. — CONTEMPORAINS DE MAROT

Parmi les nombreux poètes qui furent illustres pendant la première moitié du seizième siècle, nous distinguerons d'ubord : — MARGUERITE D'ALENÇON ou de NAVARRE* sœur de François I*^*", qui est restée célèbre par ses contes dont nous parlons plus loin. Comme poète, Marguerite a laissé surtout des œuvres inspirées par le mysticisme religieux : Le Miroir de Vâme pécheresse, le Triomphe (le VAgneaUy rOraison de Vdme fidèle. Des pièces profanes, épîtrcs, chansonsi fantaisies mythologiques, complètent le recueil publié en 1547 sous ce litre : les Marguerites de la Marguerite des Princesses. Mais un grand nombre de poésies de la reine de Navarre étaient encore inédites ; elles ont été publiées récemment (1), et témoignent de la profondeur et de la délicatesse de ses sentiments. On a longtemps prétendu que Marguerite devait à Marot et à Bonaventui*e des Périers la plupart des vers qui nous sont parvenus sous son nom? En tout cas, elle ne doit qu'à elle-même la sincérité de son inspiration mystique et la haute valeur morale de ses poésies.

Faut-il nommer ici Roger de Collerye (4470-1536 ?), qtrl a créé le type de Roger Bontemps ? — Victor Brodeau (f 1540), dont Voiture invoque le nom pour trouver une rime dans son rondeau àlsabeau? — Contentons-nous de signaler MELLIN DE SAINT-GELAIS (1494-1558), fils d'Octavien de Saint-Gelais, qui lui-môme avait agréablement rimé. Mcllin fut le vrai disciple de Marot ; et, plus que Marot lui-môme, il fut poète de cour : on croit que Joachim du Bellay Tavait tout particulièrement en vue quand il écrivit sa belle satire du Poète courtisan» Mellin avait une grande facilité et rimait, presque a Vinipromptu, des huitains et des dizains sur les sujets les plus futiles et les plus imprévus. On lui doit peut-ôlre d'avoir rapporté d'Italie le sonnet. En tout cas, il est le premier de nos ilaiianisanls ; et la Pléiade, qui l*a méprisé et combattu, n'a fait que le suivre dans rimitalion de Pétrarque et des poètes italiens.

L'École lyonnaise. — Tous les poètes que nous venons de nommer, y compris

(1) Par M. A. Lefra.nc, professeur au Collège de France {les Dernières Poétie* de MmrgMêrite êf iVaixirrc, Paris, 1896).

étaient fait de la poésie une conception fort âtroite. Seule, Marguerite nté ses ospirations religieuses et les tourments de son âme. L'amour ils l'ont réduit à la galanterie, au caprice, à la coquetterie, t pas encore la passion, mais c'est l'amour Intellectuel, le piatonitme, e la Parfaite Amje INE HÉROËT.

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et par le style un peu oliscur de sa poésie. Cette école eut pour centre cmle, l'Angélique, siégeant sur la colline de l'ourviùrcs. Les principaux

de cette académie furent Maurice Scùvc, Claude de TaiilemoDl, et plunmes, dont la plus célt-bre csl Louise Labbé, la « belle cordière h. La .yon était à cette époque une véritable capitale, florissante par son c, et Bmic des aris ; elle n'était pas sans analogie avec les villes ilac la Renaissance ; par ses poètes, ses peintres, sea imprimeurs, elle riva-

MDIT, aialoirt de la lilléraittrt frantaUt. Pari*, Fton, 1000, 1. I, p. 371.

LA LITTÉBATURE FBA7JÇAISE

lisait avec Paris. Et surtout, son géni« 'particulier conservait une originalité dont les traces s'elTacent de plus en plus. Elle subissait très vivement l'influence de ritalie ; et tous ceux qui passaient les Alpes, dans un sens ou dans l'autre, ' s'arrêtaient à Lyon. Les poètes etlesartistes y étaient reçus avec grands tionneurs:

tel Marot, à son retour d'exil.

MAURICE SCÈVE

(15tO-1S52) appartenait h une riclie famille de bourgeoisie lyonnaise, mais originaire d'Italie. Il étudia à Avignon, et y découvrit le tombeau de Laure de Noves, la Laure de Pétrarque. Aussi Pétrarque fut-il son modèle préféré ; et son principal ouvrage. Délie objet de la plus haale vertu, est une imitation fervente des Canzoni. M. Ëni. Faguetlouesa préciosilc mélancolique et son symbolisme volontairement obscur. L'école symboliste contemporaine s'est réclamée de Maurice ScÈve, comme les premiers romantiques de Ronsard ; et Délie a été tympanisée par force gens qui ne l'avaient ni comprise, ni peut-élrc lue.

LOUISE LABBË (1S'2C- 1566) fut moins symboliqu qu'élogiaque. Elle était tr&s savante, et présida à Lyon une manière de salon littéraire. Dans ses sonnets, elle chante ses propres sentiments, avec passion et avec mélancolie. II y acliej; elle beaucoup moins d'artifice el de recherche que dans llérotit et dans Maurice Scùvc, mais aussi moins de finesse et de distinction. Ainsi la poésie, avant le manifeste de la Pléiudc (1!>40), avait déji de nobles représentants. NI Héroël, ni Scève, ni Louise Lobbé, ne sont des r

D'flprÈî rsstampo do Jacques Wo*

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