‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 88 sur 408 · LA PLÉIADE · texte numérisé non relu

LA PLÉIADE

e) Les diminutifs d'adjectifs ou de substantifs : âmelette (âme), douceîette (douce), verdelet (vert), etc. ;

f) Les mots tirés du grec, surtout des épithètes {Lénéan, Cronien\ et des substantifs (idolef sympathie j etc.), et du latin (6/andice, perennel).

En ce qui concerne Ronsard et son vocabulaire propre, on peut constater qu'il a été fort discret dans l'emploi de ces moyens. On compte, en eCTet, chez lui, une douzaine de mots calqués sur le grec, dix sur le latin, une trentaine de mots repris au vieux français, sept empruntés aux dialectes, une trentaine aux métiers, même nombre de verbes tirés par provignement de substantifs, un peu plus de soixante adjectifs du même genre ; quant aux mots composés avec des éléments français, il y en a une centaine (1).

3° Pour la syntaxe, on la rendra poétique par les moyens suivants : a) Vinversion. à rimitalion des langues anciennes. Le vieux français, langue à deux cas, avait pu largement et utilement employer l'inversion. Chez Ronsard, elle devient souvent forcée et obscure; b) les infinitijs substantivés, encore à la manière grecque (le chanter j le vivre...); c) les adjectifs substantivés (le liquide des eaux, le frays des ombres) ; d) V adjectif employé à la place de Vadverbe (ils combattent obstinés, pour obstinément) : c'est une sorte d'hypallage.

4® La Pléiade renouvelle aussi la poésie par Tinlroduction des « grands genres », imités des anciens : Ode, épopée, tragédie, comédie, satire, épître ; et des Italiens : le sonnet. C'était une heureuse et nécessaire réaction contre l'usage et l'abus des petits genres dans lesquels on s'emprisonnait, au quatorzième, au quinzième siècle, et pendant la première moitié du seizième. On objecte avec quelque raison que l'erreur de la Pléiade consiste à avoir importé en France des genres antiques, avec leurs règles et leurs conventions, au lieu de restaurer les grands genres français : l'ode (qui avait existé dans le lyrisme du treizième siècle, au Midi et au Nord, sous les noms de chansons ou de sirvente), la chanson de geste, le miracle (qui contenait tous les éléments du drame), le coq-à-l'âne (véritable satire). Sans discuter point par point cette opinion, il faut avouer deux choses : la première, c'est qu'aucun de ces genres n'était alors vivant, sous une forme vraiment littéraire ; la seconde, c'est que, comparés à ces genres vieillis, démodés et disqualifiés au début du seizième siècle, les grands genres grecs et latins avaient, surtout aux yeux des jeunes érudits, un singulier prestige (2).

5** A Tantiquité, la Pléiade emprunte aussi la mythologie, qui, sans se substituer entièrement à l'allégorie, restera en usage dans la poésie classique jusqu'à Chateaubriand.

G'» Enliny la Pléiade invente ou renouvelle tous les rythmes lyriques. Les classiques et les romantiques n'auront qu'à imiter Ronsard et ses disciples ^3).

(1) Voir VÉtude en tôte du Lexique de Honsard, par L. Mbllbrio (Pion, 1895). (2)Sar les genres, ci. Fagdet, Seizième siècle, p. 217; F. Brunbtièrb, Évolution des genres, p. 35.

^3) Sur les rythmes, of. Faouet, id., p. 271

Des Grattoes — Litt. Illastrée. 7

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