‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 89 sur 408 · II. — RONSARD · texte numérisé non relu

II. — RONSARD

Vie. — Ronsard est gentilhomme (comme J. du Bellay, comme A. de Baîf, comme presque tous ses disciples et imitateurs), et ce trait a son importance ; car Tindcpcndance, la dignité, la hardiesse et Tinfluence du poète dériveront de sa situation sociale. La famille de Ronsard, originaire de Hongrie, serait venue s^établir en France au quatorzième siècle. — Pierre de Ronsard naquit le il septembre 1525, au château de la Poissonnière, près de Vendôme, dans une charmante vallée arrosée par le Loir. Après des études trop rapides au collège de Navarre, le jeune Ronsard, destine à la vie de cour, suivit son père au camp de François I®' à Avignon, puis fut attaché comme page au Dauphin. Celui-ci étant mort subitement, Ronsard passe au service duducd*Orléans (plus tard Henri II), puis à celui de Jacques V d'Ecosse, qu'il suit dans son pays. Il revient en France (4540), retourne encore en Ecosse et en Angleterre, rentre dans la maison du duc d'Orléans, fait partie de plusieurs ambassades en Allemagne et en Italie ; bref, à dix-huit ans, il est un jeune gentilhomme activement mêlé à la vie diplomatique et aux: fêtes de la cour. Le cardinal du Perron dans son oraison funèbre, nous dit : « Ceux qui l'ont cogneu en sa première fleur racontent que jamais la nature n'avoit formé un corps mieux composé ni proportionné que le sien, tant pour l'air et les traits du visage qu'il avoit très agréable que pour sa taille et sa stature extrêmement auguste et martiale. » Et son biographe Claude Binct trace de lui un portrait physique très séduisant, et ajoute ; « Ayant pris sa nourriture (ayant élé élevé) avec la jeunesse du roy (Henri II), et presque de pareil âge, il commençoit à èstre fort estime près de luy ; et de fait le roy ne faisoit partie, fust à la lutte, fust au balon et autres exercices propres à dégourdir et fortifier la jeunesse, où Ronsard ne fust toujours appelé de son costé. » Il convient d'insister un peu sur cette première période d'une existence bientôt consacrée à la retraite et à l'étude; les impressions de nature, de voyages, de cour, forment chez Ronsard un fonds essentiel ci il en jaillira sans cesse, comme de racines toujours vivaces, des rejetons imprévus.

Devenu sourd, Ronsard, qui n'avait cessé d'aimer la lecture, et qui, si nous l'en croyons, composait des vers dès l'âge de douze ans, ne quitta pas immédiatement les fonctions qu'il occupait dans les écuries royales, mais il profitait de ses loisirs pour aller étudier chez son ami Antoine de Baïf, qui avait alors comme précepteur Daurat (i). Le jeune Baïf était fils de Lazare de Baïf, un des hommes les plus distingués de son temps, et qui a laissé lui-môme un nom dans les lettres (2). On peut juger de l'activité intellectuelle du milieu fréquenté par Ronsard qui, sachant déjà l'anglais, l'allemand et l'italien, se mit avec ardeur à l'étude du latin et du grec. Aussi, lorsque Daurat fut nommé principal du collège d(? Coqueret, Ronsard ci Baïf s'installèrent-ils chez lui, avec

(1) Sur Daurat ou Dorât, voir p. 211

(2) Lazare de Baif, voir p. 250.

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Muret, Turnôbc, Jodelle, Rémi ^eilcnu, Ponlus de Thyard. Avec quelle ardeur i-i's jeunes gens travailK-rcnl, nous le savons encore par Claude Binet ; « Nous ne pouvons oublk'r, dil-il, de quel désir cl envie ces deux futurs ornements de 1,1 France (I\ons<ird et BaïD s'adonnoienl à l'osludc ; car Ronsard, qui avoit esté nourri jeune à la cour occQ-istumé à vcilli^r tard conlinuolt à l'estude jusque»

k deux ou Irois heures apr6s minuici, et se couubant réveitloit ttaif qui se Icvoil et pronoit la chandelle et ne laissoit retroiilir la place. »

Pendant sept ans, Ronsard cointnentu et traduisit les aulcurs latins et surtout les auteurs grecs. Cependant, en iri43, le jeune Jnucliim du Eicllay, api'ès sa rencontre avec Ronsard dans une hùlcllcrie du Poilou, venait le rejoindre au collège de Coqncrct. En 1549, se constitue lu Brigade, composée de Ronsard, du Bellay, Buif, Judelle, Rémi Bclleau, l'ontus de Thyard et Daural. « Une fois maître du terrain, dit Nisard, la victoire leur montant au cerveau, la Brigade se mit de ses propres mains au ciel, et s'appela la, Pléiade (I). »

{11 Nia,

n. Hitio e lit icpl étui

e dtla litli*el»n /VOHfniw, I. I, p. 351. — I» Pléiade i

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elphe.

Nous donnerons plus loin la chronologie des œuvres de Ronsard. Qu*il suffise ici de rappeler les principales concordances entre ces œuvres et les événements de sa vie. A vrai dire, ces événements se réduisent à peu de choses; et, à partir de 1550, année où il publie ses quatre premiers livres d'odes, sa biographie est pour ainsi dire tout entière dans ses ouvrages. 11 partage son temps entre la cour et la campagne. Successivement en faveur auprès de Henri II, de Charles IX et de Henri 111 (mais surtout auprès du second), protégé ou plutôt admiré et recherché par tous les plus illustres personnages de son temps, en particulier par Marguerite, fille de François !•', duchesse de Savoie, Michel de THospital, le duc d'Orléans, le duc d'Anjou, Catherine de Médicis, Marie Stuart, etc., Ronsard fut comblé de présents, de pensions et de bénéfices. Il fut titulaire de Tabbaye de Bellozane, de Tabbaye de Croix-Val, du prieuré de Saint-Cosme-enrisle.

Nous savons, par Ronsard lui-même, et par son biographe Binct, qu'il aimait beaucoup la campagne. Non seulement il habitait plus souvent Saint-Cosme ou Croix-Val que Paris, mais, quand il était à la cour, a il se délectait, dit Binet, ou à Mcudon, tant à cause du bois que du plaisant regard de la rivière de Seine, ou à Gcnlilly, Hercueil (Arcueil), Saint-Cloud et Vanves, pour l'agréable freschcur du ruisseau do Bicvre... Il prônait aussi singulier plaisir à jardiner... » Il aimait la chasse avec passion, la musique et tous les arts. En résumé, ce poète un peu livresque^ à qui son érudition a nui, n'a pâli sur les textes que pendant les sept années de Coqucret. il a Inenc une existence encore studieuse, sans doute, mais ouverte à 1 influence de la société et aux impressions de la nature.

D'un esprit fier et susceptible, Ronsard fut néanmoins, entre 1560 et 4574, un véritable poète de cour. S'il a, pendant cette période, des accès d'éloquence patriotique, s'il parle haut à son roi et au peuple de France, s'il se défend avec une noble colère contre les attaques de ses ennemis, il consent toutefois à écrire pour Charles IX des poésies de circonstance qui ne font pas toujours honneur à son caractère. Sous Henri III, il fréquente moins la cour. 11 souffre de la goutte. H est devenu morose. Ses pensions lui sont irrégulièrement payées, et sans doute on était un peu las de sa gloire vieillissante ; il aurait dû, comme uorneixle, mourir plus jeune. Il habite alors le pla<i souvent à Croix-Val, auprès de la forêt de Gastine et de la fontaine Bellerie. Dans ses voyages à Paris, au lieu de descendre au Louvre, où Charles IX lui avait fait donner un appartement, il logeait chez un de ses amis, Galland, principal du collège de Boncour.

Il y séjourna une dernière fois au début de 1585, puis se fit conduire à Croix- Val, ei de là à Saint-Cosme-en-l'Isle. « Ce prieuré, dit du Perron, est situé en jn lieu fort plaisant sur la rivière de Loire, accompagné de bocages, de prairies, et de tous les ornements naturels qui embellissent la Touraine, de laquelle il est l'œil et les délices... Ne conservant donc plus autre passion que de s'y voir transporter, afin de jouir de cette dernière félicité d'y mourir, et se pcr-

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siiadiiiit que sus os y n'iiositriiiciil pliiK duiKuTiii-i riol, tout piTtlus cl nslnipiii que je voii.s l'iii dC'i inali^rû li-g injures du l'iiii'... arriva llmili-iiieiil ù 5: du soir. » Il y mourul lu 27 »u 2!) (iL-cfiubi-c 1.1S:>.

Sa mort fut une sor(c3 ùp. di-iiil public, il uviiit dcuiaiidi: a irire eiiturnj dans le chœur de 1 T-glisc de Saiut-CosiiKM'ii-risli' ; luuis, en fi-ïrii-r 1586, on célébra, en la chapelle du colléye de Uu[icuur, a Paris, un service solennel j>endant lei|uel le cardinal I prononça Mon oraison fu-

roi Henri H fiir la paix faite entre

lui et U- ruy tfAnoletern: '"on 15M; l'utlo À Michel ,!•■ V llnspHal : Sur la vicloirr- dt Fmnfint de Bnurbon, caiale cClurfUi"!, à Cérizolci. Mai», dvi le proinicr liiro des odes, il y a .les pifcuï d'iiiio lecture plus ai^ée, et qui sont dans la inanii-re f;rai-ic<ise de Ruiisard : A f,*u«0(iifre (.l/ignonne. altiini vùir si lamw... (1). Celle pii-ro fut njoutéo en l.l.î;!); A sa lyre ;ruii1ic!iit une belle et fi&ro dùllnitiuii do {téiiio poilicjiiL-). — Au livre 11, lions trouvons eiieure cerlilnea odos pùdaiitcsque», comme A Calliope (2), dc« oiles familières, loit galantes, soit descriptives, soit anaerdoiiliipies : A la fontaine Bellrrle [3], A la fureU de Gasli'fie, l'Anwir moaitli. — Le livre III nous ramimo à des odes liislorii|uos : A Monwi'jntar •l'AniiouUtau: A Metdames. filles du rai Henri II; ou familières, dans le Ion do l'ûpUro : A f.harles de Piarleu; A Odet de Coli;iny. — Le livro IV cciiilicnt quolquesHins des clieTsd'irnvre de Ronsard : De l'élerliua de son sépalchre; ]>lusk'urs pi^ees de poO^io tuule por- «oiiiielle, sur la naliire, la f.iito du temps {4| ; VAmaar valr'ir de miel {KnuT<-<yn); l'Aube). /.l'i; Ira Bolet. — Le liïro V ofTru surtout dirs petites odes sur di-s siijuls palants. Souk la litre d'Odes rtlfaaelUr* (supprliiiâes par Ronsard dans m dernière èdilion et réimprimais dans i'étliliun do Il!09). on trouve : (r Itmsiiin-d: A la source du Loir: A l'iihaellf. Li-i Amoan de Cauandre (lûriS) (coinmenlèspar Muret, professeur au Collt'so du Francu).

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(3) Morceaux ehc

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Co livre comprend 234 i^ièccs, dont 225 sonnets. Cette Cassandre, qu'il rencontra, nous dit-on, quand il avait vingt ans, dans un voyage à Ulois, n'est pas ce que Boilcau appelle une « Iris en Tair ». C'était ,1a fille do Bernard Sahiati, illustre seigneur florentin qui s'établit en France dans les premières années du seizième siècle. Cassandre Sahiati épousa Jean de Pcigncy, seigneur de Pray ; sa fille épousa un Guillaume de Musset, ancêtre direct d'Alfred de Musset(i). — Cette identification de la Cassandre de Ronsard permet d'apprécier à leur exacte valeur les descriptions, les portraits, les analyses de sentiment, les regrets, contenus dans co premier livre d'AmourSy où l'imitation de Pétrarque, de Bembo, d*Arioste, etc., est parfois si artificielle.

En 1553, les Gaietés ci les Epiijrammes, imitées des anciens. On peut y signaler VAlouetle.

En 1554, le Bocage royal, comprenant 26 pièces, dont plusieurs adressées au futur Henri III, d'autres à Catherine de Médicis; c'est parfois de la belle poésie politique.

En 155(), les /lmo(i/':{ d.' Marie {i\mi coniiiuMita Uéiui Bclleau). Marie Dupin était une jeune fille do 1 Anjou, qu'il rrncuntra à Hutirguoil, où, selon Binet, il allait souvent chasser; il Tappcllo pour celte raison le pin de liourgueil. Dans co recueil, composé de 116 pièces, figurent quelques-uns des plus beaux sonnets de Ronsard, en particulier celui sur la mort de Marie (2).

La nicmo année (155G) paraissent les IlymneSt au nombre de 23. Il y a parmi ces hymnes des morceaux, très originaux, soit par l'inspiration {hymne de l'or (3), hyrnne de la mort), soit par les images, soit par l'accent personnel (hymne de l'automne^ sorte dô biograpliio poétique de Ronsard).

En 15()0, Ronsard, deveim poète de cour, publie les Mascarades, Combats et Cartels, pièces de circonstance, au nombre de 28. C'est du moins bon Ronsard.

Même année (1560), les Elégies conliennent au contraire d'admirables morceaux, où le poète exprime soit son amour tourmenté pour une certaine Genèvre, soit ses impressions dénature {Contre Us bûcherons de lafurest de Castinc) (4). C'est dans une élégie à Rémi Belleau qu'il fait rhistoiro de sa famille, et qu'il raconte sa jeunesse.

Quelques-unes des Eglogues parurent aus^i en 1560. Lti, on retrouve le fâcheux poète de cour, faisant dialoguer les personnages de son temps costumés en bergers, sous des noms rusti(pies : Orlcanlin (tlnc d'Orléans), Angelot (duc dAnjou), I\'avarrin (roi de Navarre, futur Henri 1\ ), Cuisin (duc de (îuisc), Margot (la duchesse Je ^a>oie, Marguerite), Car/in (Charles 1\). Malgré ces convenlions assez ))uériles, les Eglogues méritent encore d'être lues, [H)ur ({uehiucs beaux vers descriptifs ou passionnés.

De l'À'iO à 15Gi, paraissent les Dixcours^ dans lestiuels Ronsard se révèle grand poète satiri(]ue, politique et ])atriotique. Les principaux sont: le J)iscours sur les misères de ce temps, à la reine-mère^ Catherine de Médicis (5); la Continuation du Discours des misères du /«•mps; l Institution pour i adolescence du roy très chrestien Charles IX' du nom (6); les Remontrances au peuple de France; Jiéponse de P. de Ronsard aux injures et calomnies de je ne sais quels prédicantereanx et ministrcauxde Genève (contre Florent Chrétien cl Jacques Grévin) (7).

En 1572, Ronsard publie quatre chants de la Franciade, poème épique qui de\aiten avoir vingt-quatre, dont nous avons conscr\é les arguments rédigés par Amadis Jamyn sur les indications de Ronsard. 11 n'alla pas plus a\anl. La mort Je Charles 1\, pour qui il rimait les a>ontures do Francus, lui vainquit le courage : et il lui en aurait fallu beaucoup, en effet, pour écrire encore vingt chants sur le même ton. On en sait le sujet:

(l)Sur la Cassandru do Runsard, cf. Jiecue des questions historiques, janvier iOûâ, article de M. Henri Lungnon (2) Morceaux choisis, *i* cvclo, p. 145. {'.i) Morceaux cUuisis. i" «yclu, p. 75. {A) Morceaux choisis, 2* cyclo, p. 140. (h) Morceaux choisis, 2' cycle, p. liO; (0) Morceaux choisis, 2' cyclo, p. !'><). (7j Morceaux choisis, 1" cyclo, p 77

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