DU P A P F G ,\ X G A N E L L I
A V E I s e, Et fe trouve A PARIS,
Chez la Veuve L) ÎJ C H E S N E , LiSr;iire , rue S 'irr - Jaccuc: , au Temple du Goût, 'g--'"--- — = ^^S^
LA LITTERATURE FRANÇAISE ET LES ETRANGERS
voulaient vivre de sa vie, être admis dans ces salons que toute l'Europe connaissait, et dont ils gardaient toute leur vie l'ébloujssement. Paris leur faisait fête au reste : un large cosmopolitisme, que ne troublaient pas les conflits des gouvernements, ouvrait les portes et les cœurs. Le comte de Creutz, ambassadeur de Suède, le marquis de Caraccioli, ambassadeur de Naples, l'abbé Galiani, le prince de Ligne, le prince de Nassau, Stedingk, Fersen sont tout Français de goiits, de langue, d'intelligence : Caraccioli est désespéré quand sa cour le rappelle pour le faire ministre et vice-roi ; il semble qu'il s'enfonce dans la nuit. Qui ne sait les éternelles lamentations du pauvre abbé Galiani, exilé dans sa patrie, loin de la Chevrette, de Grandval et des vendredis de Mme Necker?
Ceux qui ne pouvaient venir ou revenir vers le commun centre de tous les esprits, la France allait les trouver. Il y avait d'abord les correspondances littéraires, manuscrites comme celles de Grimm, imprimées comme celles de Métra. La Correspondance de Grimm ' est le chef-d'œuvre du genre : les princes qui s'y étaient abonnés sous la promesse du secret absolu, recevaient chaque mois toutes les nouvelles littéraires, dramatiques, philosophiques, politiques, mondaines, le jugement et l'analyse de toutes les publications importantes, le journal détaillé en un mot de la vie de Pans, avec laquelle ils restaient ainsi en communication constante. Nombre d'autres écrivains ou écrivassiers français furent alors les correspondants particuliers de souverains, de princes, de gentilshommes dont la France était la patrie intellectuelle. Et puis il y avait les correspondances intimes : tous ces étrangers qui passaient à Pans y laissaient des amis avec qui le commerce ne se rompait]amais,etdont les lettres leur portaient le parfum du monde enchanteur qu'ils regrettaient d'avoir quitté. Le roi de Suède, Gustave III, instruit dans la lecturede Bélisaire, enragé de tolérance, de haine antijésuitique, sentimental, enthousiaste, illuminé, despote avec cela, et voltairien de fait avec des exaltations à la Rousseau, avait pour correspondantes les comtesses d'Egmont, de Brionne, de La Mark, de Boufflers, tout un groupe de femmes intelligentes et franches. Les lettres de la bonne Mme Geoffrin faisaient la consolation du pauvre roi Poniatowski au milieu de la ruine de sa patrW ; et, quand elle alla le voir, cette bonne bourgeoise qui représentait l'esprit français fut reçue comme en triomphe. Les pays et les cours de l'Europe étaient inondés de Français, artistes, penseurs, poètes, précepteurs, lecteurs, secrétaires. Partout des comédiens français jouaient notre répertoire. Ce fut une grande époque dans la vie du pauvre Galiani quand Aufresne vint donner des représentations à Naples. Le théâtre Michel à Saint-Pétersbourg fut dans l'Europe contem-
1. Melchior Grimm. né en 1723 à Ratisbonne, mort en 1807 à Gotha. L'abbé Raynal avait commencé une correspondance que Grimm continua de 1753 à 1773. Depuis 1768, Diderot et Mme d'Epinay le remplacent souvent. A partir de 1773 jusqu'en 1790, le rédacteur est Meister, souvent aidé ou inspiré par Mme d'Epinay. La Correspondance resta secrète, et ne fut connue qu'en 1812, où on en fit une édition (peu correcte) en 16 vol. in-8. Il faut la lire dans l'éditian de M. Tourneux, Garnier, in-8, 1877 et suiv. — A consulter : E. Schérer, M. Grimm. Paris, 1887, in-8.
2. Œuvres, éd. de l'Acad. de Berlin, 1846-1857, 31 vol. in-4 : une édition populaire
nppro llcuro
neveu (onil)c rotiMc:
pron
u\ n point
• : ■ la
. t V ri;Tr$ HT Ci I .l'illvi- .le
L 1.1 uin*
/ /) > ! I r V ij
DEUX CULS-DE-LAMPE DES IDYLLES. DE GESSNER. a On sait l'influence que cet ouvrage eut sur le goût français, et l'on voit avec quelle grâce l'art français avait su orner la traduction du petit livre. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.
poraine le dernier vestige des mœurs du XVIIl'" siècle.
Les deux plus grands souverains du siècle, Frédéric II et Catherine II, se distinguèrent par leur goîit pour les productions de l'esprit français. Frédéric II " est à peine allemand de langue et d'intelligence : il ne parle que français, il fait venir Maupertuis, La Mettrie, d'Argens ; il tâche d'attirer Dalembert. On a vu avec quelles ruses et quelle opiniâtreté il a fini par enlever Voltaire. Il est vrai qu'il ne peut ni ne veut le retenir. Mais telle est la séduction qu'exercent l'un sur l'autre ces deux grands et lucides esprits, qu'ils ne pourront rester brouillés.
La Russie se francise si bien sous Catherine II ^, que de nos jours seulement la langue russe se mettra sur le pied d'égalité avec la langue française dans les cercles de l'aristocratie. L'impératrice parle un français bizarre, brusque, incorrect, original ; elle écrit des comédies en français ; elle traduit Bélisaire en russe. M. de Ségur, le prince de Ligne sont en grande faveur auprès d'elle. Elle fait venir Diderot à Pétersbourg ; elle correspond avec Galiani, Grimm, Voltaire. Sans doute elle n'oublie jamais son rôle et ses intérêts d'impératrice ; elle se sert de Voltaire pour tromper le monde. Pourtant elle est profondément sincère, elle est philosophe, éprise de bonne administration, d'ordre, de progrès économique. Elle aime les idées de Diderot, de Voltaire, leur esprit, leur style. Elle marque la mort de Voltaire comme un malheur public et un chagrin personnel : par ses soins, les papiers de Diderot et de Voltaire sont expédiés à Pétersbourg.
in-8 a été donnée par le D^ Preuss, qui a dirigé l'autre. — A consulter : E. Lavisse, La Jeunesse de Frédéric IL 1 vol. in-8.
3. Correspondance de Catherine II et de Falconet, Saint-Pétersbourg, in-4, 1878 ; lettres de Catherine II à Grimm. Saint-Pétersbourg, in-4, 1878 (Publication de la Soc. Imp. d'Hist. russe, sous la direction de M. Grote). Joseph II et Catherine de Russie, leur corresp., publ. p. le Chev. d'Arneth, Vienne, 1869. — Cf. dans la Correspondance de Vol' taire les lettres de l'Impératrice.
H''^ Littérature, T. II
LE DIX-HUITIEME SIECLE
ENVOI D'AUTEUR DE L'ABBÉ GALIANI A D'HOLBACH. Pour son ouvrageDe Doveride'principi neutrali verso i principi guerreganti. {Bibl. Nat., Imp.)cL HACHETTE.
Ainsi par la littérature et par la société, la langue française se répand, devient vraiment la langue universelle : elle est reconnue pour le plus parfait instrument qui puisse servir à l'échange des idées. Jamais dans un autre siècle on n'a eu à compter tant d'étrangers parmi les plus exquis de nos écrivains. Les lettres de Gustave III, de Stedi nek, du roi de Pologne valent celles de leurs correspondants français ; et il y a même trois étrangers qui ont écrit supérieurement notre langue : le prince de Ligne, l'abbé Galiani, et le roi de Prusse Frédéric II. Les Français même, au temps de Louis XVI, n'auraient pu indiquer personne autre que le prince de Ligne ^ qui représentât la perfection de nos qualités mondaines : on aperçoit encore dans ses lettres cette souplesse d'esprit, cette uni-
L Le prince de Ligne (1735-1814), lieutenant général dans l'armée autrichienne en 1771, feld-maréchal en 1808. — Œuvres, 1755-1811, 34 vol. in-12. Lettres et pensées publ. p. Mme de Staël, Paris-Genève, 3*" éd., 1809, in-8 ; Œuvres choisies, Paris-Genève 1809, 2 vol. in-8.
versalité de connaissances, ce tact délicat, ce badinage aisé, cette grâce piquante qui séduisaient tour à tour Paris, Versailles, Joseph II, Frédéric II, Catherine. Son seul défaut est de s'abandonner trop : il est prolixe jusqu'à nous étourdir d'un excès de jolis propos où la substance est trop diluée.
Galiani - a plus de fond et une forme plus « réveillante ». Il est érudit, liseur, penseur, paradoxal avec délices, prophète tour à tour lucide et saugrenu : esprit fin, plaisant, bouffon, ayant gardé dans son style un peu de cet accent napolitain, de cette gesticulation effrénée, qui rendaient sa conversation si amusante.
Mais Frédéric II est un grand écrivain : le mot n'a rien d'excessif. A l'école de Voltaire, il s'est formé, dépouillé de ses germanismes d'esprit et de langue, il a trouvé la forme française et personnelle à la fois de son génie : un style ferme, éclairé de formules vigoureusement nettes ou familièrement pittoresques. Un fond de très sérieuse philosophie, une pensée libre, active, pénétrante, font de tous ses écrits, mais surtout de sa vaste correspondance, une des plus intéressantes lectures que le XVIII^ siècle puisse fournir, même en négligeant l'intérêt historique. C'est à regret que je passe outre, mais il faut me contenter ici d'une sommaire indication.
2. L'abbé Ferdinand Galiani (1728-1787), né à Chieti, secrétaire d'ambassade à Paris, écrivit contre les économistes ses Dialogues sur les blés qui enchantaient Voltaire. Correspondance avec Mme d'Epinay, Mme Necker, etc., publ. p. L. Perey et G. Maugras, 2 vol. in-8, Paris, 1884.
BERNARDIN DE SAINT-PIERRE
MAISON DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. A ESSONNES (Seine-et-Olse). a Gravure de Felipe Cordano. d'après Constant Bourgeois. « En voyant ce site si solitaire, cette demeure si simple d'où sont parties des descriptions si variées, si pittoresques, si singulières, on admire la puissance de l'imagination qui a transporté l'auteur du fond de sa petite retraite, au milieu des scènes les plus terribles et les plus lointaines de la nature et nom les a fait voir avec une vérité inimitable. " (A. de Laborde.) (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.