Étude XII
5. Lettres ; Voyage à l'île de France ; Etudes de la nature ; Paul et Virginie.
LE DIX-HUITIEME SIECLE
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LETTRE DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE au sujet du compte rendu d'un de ses ouvrages. Les Vœux d'un solitaire. (Bibl. Nat., Mss.) CL. HACHETTE.
rendu étonnant : tel sifflement du vent, tel craquement du mât, tel aspect, telle hauteur, telle écume des vagues, telles formations ou fuites de nuages, telle rougeur ou noirceur du ciel, tout est relevé, évalué, déterminé. Le bonhomme a disparu, avec son optimisme, son humanité et sa Providence : il n'y a plus qu'un artiste en face de la nature.
Sans y penser il nous achemine vers une révolution du langage : car il lui faut des mots propres, des mots techniques, les seuls équivalents à ses sensations et significatifs de leurs objets ^. Il n'hésitera pas à nommer les convolvulus, les scolopendres, les champignons, les francolins, les oies sauvages, les palétuviers, les cocotiers, les calebassiers, les êtres les plus humbles et les plus vulgaires, les plus étranges et les plus inconnus du monde végétal et du monde minéral. Aux épithètes littéraires qui qualifient, il substituera l'épithète pittoresque qui montre : il nous fait voir Vouara rouge et noir au milieu du « feuillage glauque des palétuviers », le savia jaune et gris perché sur le poivrier aux fleurs ternes, dont il mange les graines ". La langue des couleurs est très riche chez lui : il ne nous donne pas simplement du rouge, comme la plupart des écrivains avaient fait avant lui ; mais il a toute une gamme de rouges : incarnat, ponceau, carmin, pourpre, vermillon, corail. Il a plusieurs jaunes aussi : jaune soufre, jaune citron, jaune d'oeuf, orangé, safran, or, etc. Lisez le chapitre des couleurs '^ : il y décrit des positions et des rapports de tons dans un lever ou un coucher de soleil, des colorations de nuages,