‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 11 sur 364 · FILS D' U L Y S S L · texte numérisé non relu

FILS D' U L Y S S L

A PARIS

Chez la Veuve de G L A U D E B A R B I N,. au Palais , lur le Iccond Perron de la faince Cliappelle.

Jvec rrivilege du Hoy.

LA BRUYERE ET FENELON

FRONTISPICE DES AVENTURES DE TÉLÉMAQUE (édition de 1717) a C^lle i pane fut gravée par Dufler d'après Bailleul (Bibl. Nat. Imp.). CL. HACHETTE.

ment moral approprié à ses besoins, tout en lui faisant repasser la mythologie et l'histoire poétique de l'antiquité grecque. Il y a dans ce livre un merveilleux assez froid et un mélange incohérent de fictions païennes et d'esprit chrétien. Les continuelles allusions au temps présent diminuent la chaleur et la vraisemblance du récit : il arrive trop d'aventures à point nommé, pour instruire Télémaque, et par ricochet le duc de Bourgogne. La langue enguirlandée d'épithètes douceâtres ou pompeuses est un pastiche d'Homère, où l'on sent trop d'élégance aristocratique et d'intelligence spirituelle. Avec tout cela, ce style n'est point factice : il sort naturellement d'une imagination toute pénétrée de la poésie homérique, et échauffée d'une sincère admiration. Le Télémaque est le point de départ de la réaction contre le gouvernement de Louis XIV. Fénelon eut beau se défendre de toute intention satirique : spontanément, en suivant sa nature, il avait appris à son élève à haïr la politique de son aïeul ; et les principes

I. Les deux dialogues sur les Peintres n'ont été imprimés qu'en 1730, par l'abbé de Monville, avec sa vie de Mignard. — Sur la critique d'art au XVIl" siècle, cf. Brunetière, Revue des Deux Mondes, 1" juillet 1883.

H'^'^ Littérature. T. II.

de gouvernement dont il l'avait imbu étaient justement le contraire de l'esprit qui animait Louis XIV. Aussi, tout naturellement, les princes que Fénelon voulut rendre odieux au duc de Bourgogne pour le détourner de les imiter, eurent-ils tous quelques traits du grand roi : les ennemis intérieurs et extérieurs de Louis XIV eurent raison d'en être frappés.

Un semblable esprit anime les Dialogues des morts : ces dialogues sont encore instructifs et moraux. Il est intéressant d'y voir Fénelon, comme dans les Dialogues sur l'éloquence et dans la Lettre à l' Académie, jeter un regard vers les beaux-arts, essayer d'intéresser son élève à la peinture, juger Raphaël, ou Titien, ou Poussin. Fénelon se trouve ainsi être presque le premier de nos écrivains qui ait mis en communication la littérature et les arts '. Mais les Dialogues des morts ont surtout un intérêt historique et politique : Fénelon juge les rois de France, et parfois rudement. Il marque les bornes de la puissance absolue ; il enseigne à aimer la paix, la justice, la patrie, l'humanité.

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