‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 12 sur 364 · AFEC P RJFI L EG E DV ROY · texte numérisé non relu

AFEC P RJFI L EG E DV ROY

PAGE DE TITRE DES AVENTURES DE TÉLÉMAQUE (édition de a Cette édition confomte au manuscrit original, fut la première édition complète et avouée. Elle fut publiée par le marquis de Fénelon (Bibl. Nat., lmp.).CL. hachette.

LE DIX-SEPTIEME SIECLE

L'idée générale du livre est de soumettre la politique à la morale : il n'y avait pas d'autre façon de montrer les choses à un enfant destiné à régner ; l'essentiel était qu'il tirât de ses études une bonne règle de conduite.

Dans le Traité de l'existence de Dieu \ dont la première partie est bien antérieure à la seconde, nous retrouvons cette fécondité de vues qui est un des caractères de Fénelon. et cette souplesse d'intelligence qui s'assimile toutes les connaissances. On remarquera surtout la démonstration de l'existence de Dieu par les merveilles de la nature. L'argument est d'une valeur philosophique assez faible : mais sa puissance littéraire est grande. C'est une source de poésie pittoresque et lyrique. L'idée de Dieu sert à faire rentrer, dans une littérature trop exclusivement humaine et intellectuelle, la nature et ses beautés sensibles. Cette partie de l'œuvre de Fénelon est identique, en son fond, au Génie du Christianisme : mais Fénelon n'a pas la langue pittoresque, les impressions particulières qui ont fait la puissance de Chateaubriand ^.

RÉFLEXIONS SUR LA GRAMMAIRE, ouvrage de Fénelon plus connu sous le nom de Lettre à I Académie. Edition originale. On remmquera l'inscription de la vignette « A l'immoTlalilé ' (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.

Il se pourrait que le chef-d'œuvre de Fénelon, ce fût sa vaste correspondance. Toutes les variétés de sentiments, toutes les sortes d'esprit y sont : et quelle connaissance de l'homme et du monde, des ressorts par lesquels se manient les cœurs ] quel exquis ménagement des intérêts légitimes, et quelle délicieuse souplesse pour se couler dans une âme, pour s'établir dans son centre et en régler tous les mouvements ! Quelle irrésistible séduction, qui fait l'idéal chrétien aimable, et ne l'abaisse pas ! Ces lettres sont l'œuvre où il faut chercher Fénelon tout entier, comme on cherche Voltaire dans les siennes.

LE TEMPÉRAMENT DE FÉNELON /zf 0 Dans tous les ouvrages que j'ai nommés, dans tous ceux que j'aî laissés, ce qu'il y a de plus intéressant, c'est cette originale, complexe et captivante personne, si enveloppée et si équivoque avec tant de spontanéité, si peu semblable enfin à la candide et innocente figure de la légende.

Saint-Simon, qui l'a connu, a démêlé admirablement le trait essentiel du personnage : de sa gravité d'évêque, de sa politesse noble de grand seigneur, émane une puissance de séduction, dont personne, et pas même ce petit duc pénétrant et jaloux, ne peut se défendre. Fénelon est charmant et coquet comme une femme : toute sa force est dans ce don et ce désir de plaire.

Si l'on descend au fond de son âme, la raison de ce besoin de plaire est un amour infini de soi-même, « Je ne puis expliquer mon fond, écrivait-il un Jour. Il m'échappe, il me paraît changer à toute heure. Je ne saurais guère rien dire qui ne me paraisse faux un moment après. Le défaut subsistant et facile à dire, c'est que je tiens à moi, et que l'amour-propre me décide souvent. » Oui, il tenait à soi, à ne s'en pouvoir déprendre jamais. Il était attaché obstinément à sa pensée, à son goût, une fois exprimés, et engageant son amour-propre : il était incapable de dire simplement, sans arrière-pensée : je me suis trompé, jai eu tort.

Ce caractère se découvre dans l'affaire du quiétisme, qui fut l'écueil de sa fortune et de son ambition. Il se perdit faute de se résoudre à confesser simplement, devant trois amis, une erreur. II signa les articles d'Issy ; tout en disputant pied à pied le terrain, il était souple, humble (' comme un petit enfant », devant Bossuet, qui avait protégé ses débuts, qui avait une entière confiance en lui, avec une grande admiration de son esprit. Il se donnait pour un écolier, qui n'aurait d'autre doctrine que celle de son maître. Nommé archevêque de Cambrai grâce au silence des commissaires d'Issy sur ses doctrines, qu'il paraissait avoir rétractées, sacré par Bossuet, le souple abbé, devenu prélat et prince de l'empire, se redresse ; il travaille à regagner le terrain perdu, à rattraper ses désa veux : dans ses lettres, il incrimine Bossuet, il se montre

1. Ne pas oublier c,iJe ces Diahgves sent pcstérîeurs à ceux de Fontenelle (1683), qui pourtant ont un air plus moderne.

2. A noter dans la seccnde partie un chapitre sur le spincsisn'e : Spincsa a scandalisé mais (pcu\anté aussi tcus les penseur; de scn terrps.

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