‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 132 sur 364 · L'ÉLOQUENCE POLITIQUE · texte numérisé non relu

L'ÉLOQUENCE POLITIQUE

UNE SÉANCE A LA CONVEN TION, a L? premier prairial an III, le peuple envahit la salle des séances et mit sur une pmuc la tête du député Ferrani qu'il venait d'assassiner. Le président Boissy d'Anglas se leva et salua. Gravure de Duplessis-Bertaux. (Bibl. Nat., Est.).CL. HACHETTE.

mélange de déclamations smcères et de renseignements exacts, où l'amour déborde parmi la philosophie, la politique, la morale, où tout Mirabeau se découvre, avec la grandeur et les bassesses de sa nature, avec sa violence de tempérament et son immoralité foncière, mais aussi avec ses généreuses aspirations, son information encyclopédique, et l'éclat de sa forme oratoire : c'est du Rousseau, si l'on veut, du Rousseau plus trouble, plus débraillé, plus tumultueux, et toutefois aussi plus raisonnable, plus avisé, plus pratique.

Libre, il voyage en Angleterre, en Prusse ; ses lettres à Chamfort, sa Monarchie prussienne nous témoignent de sa curiosité et de sa clairvoyance. Partout il porte sa netteté de conception et la vigueur de son éloquence : Beaumarchais en apprend quelque chose, lorsqu'ils représentent des intérêts opposés dans l'affaire des eaux de Paris. En quelques mois, sous la direction de Panchaud et de Clavière, Mirabeau s'était fait financier. Il avait servi, puis combattu Calonne. Il attaque Necker. La question financière était la grande question politique du temps : elle conduit Mirabeau, avec bien d'autres, à réclamer la convocation des États généraux.

Il espérait y trouver sa place. La noblesse de Provence le repoussa ; il fut député du Tiers : son éloquence, déjà révélée par son procès en séparation, se déploya avec éclat dans

tous les débats auxquels les élections donnèrent lieu. Il arriva à Paris précédé d'une réputation que justifièrent ses débuts : il fut bientôt reconnu pour le premier orateur de l'Assemblée. Mais dans cet orateur il y avait un homme d'État. Il guida admirablement le Tiers dans sa lutte contre les deux autres ordres, contre la cour et le roi. Mais dès qu'il voulut retenir la majorité, enrayer le mouvement révolutionnaire, la mésestime et la défiance qu'avait voilées un moment sa popularité, reparurent ; on l'accusa de trahison, de vénalité. Sa correspondance avec le comte de la Mark le justifie en partie : il reçut en effet une pension de la cour ; écrasé de dettes, ayant d'immenses besoins d'argent, il trouva le salut dans cette combinaison : c'était une indélicatesse, qu avec son immoralité radicale il ne sentit pas. Mais il ne trahissait pas, il ne se vendait pas : car il se fit payer pour défendre ses propres opinions, qu'il eût défendues gratuitement, et quand même. Mais ceux qui le payaient ne croyaient pas en lui ; ceux qui l'écoutaient n'y croyaient plus : la cour perdit son argent.

" Il était laid, nous dit un contemporain ' : sa taille ne présentait qu'un ensemble de contours massifs ; quand la vue s'attachait sur son visage, elle ne supportait qu'avec répugnance le teint gravé, olivâtre, les joues sillonnées

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