‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 151 sur 364 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

POLÉMISTES ET ORATEURS

POLÉMISTES ET PAMPHLÉTAIRES: JOSEPH DE MAISTRE ; PAUL-LOUIS COURIER; LAMENNAIS; P.-J. PROUDHON. a ORATEURS PARLEMENTAIRES : B. CONSTANT ; ROYER-COLLARD ; GUIZOT ; THIERS ; BERRYER ; LAMARTINE, a ORATEURS UNIVERSITAIRES : GUIZOT ; COUSIN ; JOUFFROY ; VILLEMAIN ; QUINET ET MICHELET. a ORATEURS RELIGIEUX: LACORDAIRE.

IL s'est trouvé au XYIII*^ siècle que les plus gr.^nds noms de l'histoire littéraire sont en général aussi les plus considérables dans l'histoire des idées. Cette concordance ne se rencontre plus au XLX^ siècle. La littérature n'atteint qu'incidemment les grands courants d'idées, par quelques orateurs, polémistes et penseurs ; et les hommes en qui s'est rencontré le talent littéraire n'ont souvent pas été — tant s'en faut — les intelligences directrices du siècle. En philosophie, il nous faut prendre Cousin, et laisser Maine de Biran ; surtout il nous faut écarter la plus puissante et, en tout cas, la plus féconde pensée philosophique de ce demi-siècle : je parle d'Auguste Comte ; et quelque fâcheux sort a voulu que l'école positiviste ne fournît aucun écrivain. Dans les sciences politiques et sociales, Saint-Simon et l'école saint-simo-

nienne restent également en dehors de notre étude, avec toutes les sectes communistes, à l'extrémité seulement desquelles le capricieux hasard a placé un beau tempérament littéraire, dans le théoricien de l'anarchie, P.-J. Proudhon. Pour la politique même et le gouvernement, ni les plus hauts esprits, ni les volontés les plus efficaces n'ont été toujours servis par le talent oratoire, et les partis euxmêmes seront loin d'être représentés ici selon leur force ou leur influence. Mais il ne faut chercher ici qu'une histoire littéraire.

Je ne puis prétendre à tracer même une sommaire esquisse du mouvement politique et social. Il me suffira de rappeler que les principaux débats engagés dans les Chambres de la Restauration ont porté sur la liberté des cultes et toutes les questions particulières qui y tenaient.

EPOQUE CONTEMPORAINE

LA CHESNAIE. cl Allée des Châtaigniers conduisant à la demeure de Lamennais (Reproduction autorisée par M. Emmanuel Vitte).

sur les biens nationaux et l'indemnité des émigrés, sur la liberté de la presse, sur l'organisation du système électoral, sur les majorats, sur la guerre d'Espagne, sur toutes sortes d'applications ou d'interprétations de la Charte, et, au fond, toujours sur la question de savoir qui l'emporterait, de la Révolution, ou de 1' « absolutisme ». Sous la monarchie de Juillet, il s'est agi encore de lois électorales et de lois contre la presse, puis de lois sur les associations, et sur la liberté de l'enseignement, de l'Algérie et de la question d'Orient, etc.

En même temps que les orateurs des Chambres, une foule de pamphlétaires et de journalistes agitaient les

1. Biographie : J. de Maistre (1754-1821), fils du président du sénat de Savoie, sénateur en 1788, se retira en 1792 à Lausanne, quand la Savoie devint française, résida de 1802 à 1816 à Saint-Pétresbourg comme ministre du roi de Sardaigne, dont il avait été d'abord grand chancelier en 1799. — Son frère Xavier de Maistre (1763-1852) a écrit le Voyage autour de ma chambre (1794) et le Lépreux de la cité d'Aoste (181 1).

Editions : Considérations sur la France, Neuchâtel, 1796, in-8 ; Du Pape, Lyon, 1819 et 1821 ,2 vo'. in-8 ; Soirées de Saint-Pétersbourg, ou Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence, Paris, 1821, 2 vol. in-8 ; De VÉglise gallicane dans son rapport avec le souverain pontife, Paris, 1821, in-8. Œuvres, Lyon, 8 vol. in-8, 1864. Lettres et opuscules inédits, 1851, 2 vol. in-8 ; Mémoires politiques, 1858, in-8 ; Correspondance diplomatique, 1860, 2 vol. in-8. — A consulter : F. Descostes, J. de Maistre avant la Révolution, 2 vol. in-8, 1893. E. Faguet, Politiques et moralistes du XIX*" siècle. G. Cogordan, J. de Maistre (coll. des Gr. Écr. fr.), Hacliette, in-16. Latreille, J. de Maistre et la Papauté, 1906.

mêmes questions, pour exciter et diriger l'opinion. Mais les plus graves questions peut-être se discutaient hors des Chambres, ou ne prenaient toute leur ampleur que dans des écrits théoriques et polémiques : ainsi la question religieuse ou la question sociale.

POLEMISTES. £) £fDe tant d'hommes qui essayèrent par le journal ou le livre de combattre ou de développer les conséquences de la Révolution, quatre surtout, me semble-t-il, se distinguent par des dons originaux d'écrivains : Joseph de Maistre, Paul-Louis Courier, Lamennais et Proudhon.

Magistrat, d'une vieille famille de magistrats de Savoie, jeté hors de chez lui par la Révolution française qui annexa son pays, Joseph de Maistre ^ s'en alla à l'autre bout de l'Europe représenter son maître le roi de Sardaigne : il passa quatorze ans de sa vie (1802-1816) dans cet exil de Saint-Pétersbourg, vivant pauvrement, stoïquement, jugeant de haut les événements et les hommes, et composant dans son loisir ses principaux ouvrages. Avec plus de netteté, de logique et de vigueur que Chateaubriand, il nie tout ce que le XVIll'^ siècle avait cru, et d'où la Révolution était sortie. Il balaye pêle-mêle Montesquieu, Voltaire, Rousseau. Il veut la royauté absolue, sans limite et sans contrôle ; la limite est dans la conscience du roi, le contrôle dans la justice de Dieu. Pas de pouvoirs intermédiaires, ni de division des pouvoirs, ni de constitution écrite : pas de droit, hors et contre le droit du roi. Pareillement dans la religion, un seul pouvoir, le pape : plus d'Église gallicane', plus de libertés gallicanes ; le pape souverain et infaillible. Le roi au temporel, le pape au spirituel, sont les vicaires de Dieu, commis au gouvernement des hommes par la Providence qui dirige visiblement les affaires du monde. La passion de Vanité anime de Maistre ; il hait tout ce qui sépare tout ce qui distingue ; il ne conçoit pas l'harmonie d'éléments multiples ; il y a unité où il y a volonté unique, et elle n'existe que dans l'absolu despotisme.

J. de Maistre emploie toute son imagination, tout son esprit, toute sa logique à rendre révoltante cette âpre

LA CHESNAIE. H Commune de Plesden (Ille-et-Vilaine) où Lamennais séjourna long' temps avec ses disciple! (Photographie autorisée par M. Emmanuel Vitte).

POLEMISTES ET ORATEURS

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