SUR
LE C G N S U L A T A V I E; V AR ie Citoyen . . . ,
Sa îrotwe a 'P a k ; .y; Chez les Marchands Ue Kouvcumcs;
VRAI SENS DU VOTE NATIONAL SUR LE CONSULAT A VIE. û Tiire anonyme
de la brochure de Camille Jordan (Bibl. Nat.. Imp.). CL. HACIIF.1TE.
de deux mondes, de deux sociétés ; il s'agissait de conserver ou de détruire l'œuvre de la Révolution. Sans cesse, il fallait recourir aux principes de l'ancien droit, ou du droit nouveau, les expliquer, les fondre, les dissoudre, rechercher le sens des grands événements d'où le présent était sorti, et dresser comme des inventaires de leurs résultats moraux ou sociaux. Il se faisait journellement à la tribune de vastes leçons de philosophie historique ou politique.
Les orateurs légitimistes n'ont pas de quoi nous retenir : et pour certains, je le regrette. J'aurais aimé à présenter cet admirable Hyde de Neuville, si héroïque, si dévoué et, ce qui est plus rare, si clairvoyant dans son dévouement aux Bourbons - : mais il ne fut pas orateur. Au contraire, parmi les libéraux, les orateurs illustres sont en nombre. Je sacrifie sans regret celui que V. Hugo appelle « l'éloquent Manuel » : il serait, je pense, oublié, avec son éloquence pâteuse, si les « mains auvergnates » du vicomte de Foucauld ne l'avaient « empoigné » dans un iour de scandale \ Le comte de Serre et le général Foy * valent mieux : de Serre, avec ses précisions subtiles et pressantes, ses audacieux raisonnements de légiste, son froid jugement d'homme de gouvernement, savait user à l'occasion des effets sentimentaux, et produire cette éloquence ronflante ou grondante que trop souvent les magistrats sont enclins à prendre pour le sublime. Le général Foy, sous un luxe d'images dont l'éclat a fané, et sous de grands mouvements dont l'accent paraît ampoulé aujourd'hui, cachait une remarquable force d'esprit, une rare audace d'invention oratoire qui se marquait surtout dans la position des questions : on peut voir, à propos du milliard des émigrés, avec quelle franchise d'attaque il établit son argumentation sur le terrain le plus dangereux.
Laissons aussi Camille Jordan un survivant de la Révolution, le clair et prolixe orateur des Cinq-Cents, qui n'apprit jamais à être court, mais dont l'abondance était souvent relevée d'une alerte ironie ; laissons le duc de Broglie qui faisait à la Chambre des Pairs son apprentissage de doctrinaire. Nous retrouverons bientôt Guizot, qui fournissait au maréchal de Gouvion Saint-Cyr le beau discours sur la loi militaire de 1818. Deux orateurs domi-
1. Inutile de distinguer les nobles des bourgeois ; le savoir-vivre et l'éducation, établissent, en dépit des préjugés et des rancunes, l'assimilation de la noblesse et de la bourgeoisie, en face du peuple. Au reste, les orateurs des prétentions nobiliaires, dans les deux Chambres, sont presque toujours des robins, c'est-à-dire des bourgeois, d'origine ou d'éducation. — A consulter : Chabrier, Les Orateurs politiques de la France, 1888, in-16 ; J. Reinach, Le Conciones français. Delagrave, 1893,in-12 ; Cormenin,Le Livre des Orateurs, 1836, in-8.