Souvenirs, Pion, in-8, t. III
3. Séance du 4 mars 1823. Manuel (1775-1827), répondant à Chateaubriand sur la guerre d'Espagne, avait paru faire l'apologie de la condamnation de Louis XVI. L'expulsion fut discutée les 2 et 3 mars, et votée. Le vicomte de Foucauld commandait les gendarmes requis pour faire exécuter le vote.
4. Le comte de Serre (1776-1824). Lorrain, émigré, officier de l'armée de Condé, rentré en 1802, avocat à Metz, puis magistrat impérial, suivit Louis XVIII à Gand, fut président de la Chambre en 1817, ministre de la Justice en 1818 et 1821, ambassadeur à Naples en 1822. Il s'était séparé des libéraux en 1820. Discours, 2 vol. in-8, 1865. — Le comte Max.-Séb. Foy (1775-1825), général de division en 1810, député de l'Aisne en 1819, de Paris en 1824 ; il se donna pour rôle principal de défendre dans leur réputation et leurs intérêts collectifs ou individuels les anciens soldats de la Révolution et de l'Empire. Discours, 2 vol. in-8, 1826.
5. Camille Jordan (1771-1821). Lyonnais. Discours, in-8, 1826. — Le duc Victor de Broglie (1785-1869), gendre de Mme de Staël, fut un des principaux doctrinaires, plusieurs fois ministre sous Louis-Philippe : Écrits et Discours, 1863, 2 vol. in-8 ; Souvenirs, 4 vol. in-8, C. Lévy.
POLÉMISTES ET ORATEURS
EXPULSION DU DEPUTE MANUEL, d Le député avait, à l'occasion de la guerre d' Espagne, rappelé que l'intervention étrangère avait été la cause de la condamnation de
Louis XVL 11 fut expulsé et exclu des séances jusqu'à la fin de la session (Bibl. Nat., Est.), CL. HACHETTE.
nent l'éloquence parlementaire de la Restauration : Benjamin Constant et Royer-Collard.
Benjamin Constant ' fut de ces hommes à qui le public ne marchande pas l'admiration, et qui n'obtiennent jamais pleinement sa confiance ou son respect. Il avait 1 âme mquiète, profondément personnelle, avide de plaisirs et de sensations, l'imagination ardente et mobile, l'esprit souple, vaste, actif, lucide : joueur incorrigible, amant toujours passionné et prompt à changer, causeur étincelant, homme d'Etat inconsistant, déroutant l'opmion par de soudaines voltes-faces. II avait une redoutable faculté d'analyse, qu'il exerçait sur lui comme sur les autres : il est impossible de s'observer soi-même plus exactement, de se juger d'une vue plus nette qu'il n'a fait dans son Journal intime et dans ce roman d'Adolphe qui est des chefs-d'œuvre du roman psychologique.
Cette clairvoyance aiguë ne lui a pas servi à mettre plus
\. Biographie : B. Constant de Rebecque (1767-1830), né à Lausanne, reprit la nationalité française comme descendant de famille française réfugiée en Suisse après la révocation de l'édit de Nantes, membre du Tribunal après le 18 Brumaire, exclu comme opposant avec Chénier et d'autres, fut très lié avec Mme de Staël et l'accompagna en Allemagne et en Ita'ie ; ministre de Napoléon aux Cent-Jours, journaliste libéral sous la Restauration, député en 1819. Louis-Philippe lui donna, en 1830, 100 000 francs pour payer ses dettes. — Ses grands ouvrages sur la religion ont été sans influence : Constant y considère surtout le sentiment religieux comme fait psychologique et social ; l'époque n'était guère favorable à une telle étude.
Éditions : Adolphe, 1816, in-I2 : éd. critique par G. Rudler, 1919. De la religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements, 1824-1831, 5 vol. in-8. Du polythéisme romain considéré dans ses rapports avec la philosophie grecque et la religion chrétienne, 1833, 2 vol. in-8. Discours, 1828, 2 vol. in-8. Mélanges de littérature et de politique, 1829, 'tn-S. Œuvres politiques, in-]2, ]874. }.-H.Mer\os, Lettresde B. Constant àsa famille, Park, 1888. (Mme Lenormant), Lettres de B. Constant à Mme Récamier, in-8, 1821. Lettres à
d'unité dans sa vie : mais, en dépit de ses incohérences, il avait des principes très arrêtés. Sous tous les gouvernements, depuis le consulat de Bonaparte jusqu'à la monarchie de Louis-Phihppe, il apporta le même programme. Il était foncièrement individualiste : son libéralisme était une défense de l'individu contre l'État. Il voulait un gouvernement fort, pour protéger l'i ndividu contre toutes les forces capables d'en gêner l'expansion, mais un gouvernement limité, si je puis dire, pour ne pas gêner lui-même ou opprimer l'individu. C'étaient les droits de l'individu qu'il défendait dans les principes de la Révolution, dans les libertés et les garanties octroyées par la Charte. Il mettait au service de son irréductible individualisme une parole incisive, nerveuse, volontiers insolente, dissolvante des idées et meurtrière aux personnes.
Royer-Collard - réservait ses coups de boutoir pour les conversations de couloir et les relations personnelles.
Mme de Charrière (Revue de Paris, 1 5 oct. 1 894). B. Constant, Journal intime et lettres à sa famille et à ses amis, publ. p. Melegari, 1895 ; Le Cahier rouge, 1907. — A consulter: E. Faguet, Politiques et moralistes du XIX° siècle ; lady Blennerhasset, Mme de Staël, passim, et notamment t. Il, ch. iv ; G. Rudler, Z,a Jeunesse de Benjamin Constant, 1909 ; Ph. Godet, Mme de Charrière et ses amis, I90j, 2 vol.
2. Biographie : Pierre-Paul Royer-Collard (1763-1845), né à Sompuis (Marne), avocat, secrétaire de la première Commune de Paris, député aux Cinq-Cents, exclu au 1 8 Fructidor, fut nommé en 181 1 professeur d'histoire de la philosophie moderne à la Sorbonne. II combattit l'école de Condillac et le sensualisme, et suivit Reid et les Écossais. Député de la Marne sous la Restauration, élu en 1827 par sept collèges électoraux à la fois, il s'effaça après 1830. — ■ Éditions : Fragments philosophiques, p. p. Schimberg, 1913. — A consulter : Vie politique de M. Royer-Collard, ses discours et ses écrits, publ. par le baron de Barante, 1861, 2 vol. in-8. H. Taine, Philosophes français du xix" s. Faguet, Politiques et moralistes du XI x" s. L. Séché, Les Derniers Jansénistes. Spuller, Royer- Collard, 1895, in-16.
ÉPOQUE CONTEMPORAINE
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LETTRE AUTOGRAPHE DE BENJAMIN CONSTANT A Mme RÉCAMIER
(Bibl. Nat., Mss.). CL. HACHETTE.
D'un mot il décousait les réputations et les amours-propres. A la tribune, sérieux, austère, calme, il ne connaissait que les idées. Il avait débuté dans l'éloquence politique aux Cinq-Cents : le Consulat l'avait réduit au silence, et l'Empire en avait fait un philosophe. Il avait inventé le nouveau spiritualisme, philosophie oratoire, libéralisme philosophique, juste et commode doctrine bien taillée sur l'intelligence et les intérêts du bourgeois français. Cette philosophie, si cruellement analysée par Taine, éleva Royer-Collard au-dessus du niveau commun des bons orateurs, lorsque la Restauration le rendit à la vie politique. Sous la monarchie légitime, il professa la Charte avec un remarquable talent. Il avait une rare puissance de raisonnement, une clarté et une précision de termes qui rappelaient les maîtres du XVI I*^ siècle, une plénitude de développement qui saisissait les esprits ; et parfois son austère parole était illuminée de sobres images. Il ne remuait pas les passions, il n'enchantait pas les fantaisies : il emplissait les esprits. Il avait, à force de certitude intime et de lumière épandue, l'autorité.
Inventeur en théorie politique comme en philosophie spéculative, il était chef d'École à la Chambre, et ses élèves s'appelaient les Doctrinaires, d'un mot qui peint à merveille leur esprit commun. De cette école sortirent les principaux hommes d'Etat de l'orléanisme. Mais le maître