PORTRAIT DE COUSIN. PORTRAIT DE VILLEMAIN
Lithographie de Aubert (Bibl. Nat., Est.). Lithographie de Boilly ( 1822) (Bibl. Ndt., CL. HACHETTE. Est.). CL. HACHETTE.
efforcé d'épargner à la Restauration les iniquités capables de la rendre impopulaire ; il avait défendu Ney et Cambronne (1815 et 1816) ; maintenant il défendait dans un autre esprit les accusés de la monarchie de Juillet, Chateaubriand (1833) et Louis Bonaparte (1840). Dans la Chambre, la politique étroite, apeurée, matérialiste du gouvernement lui donnait beau jeu pour faire retentir les grands principes et les beaux sentiments : il y avait du reste bien de l'habileté et de la finesse sous les éclats de sa parole.
Sans s'être classé dans aucun parti, et siégeant, comme il disait, au plafond, Lamartine s'était donné le rôle de jeter, au travers de la discussion des intérêts, toutes les nobles idées de justice, d'humanité, de générosité, sans esprit et sans ambition de parti, faisant simplement sa fonction de poète, tâchant d'élever les consciences, et versant sur les politiciens toute la noblesse de son âme en larges nappes oratoires. Lorsque les tendances de la monarchie se précisèrent dans la résistance égoïste, les instincts de Lamartine se déterminèrent aussi vers l'opinion démocratique : il écrivait son Histoire des Girondins (1847), si peu historique, toute chaude d'éloquence, illuminée de portraits prestigieux, et qui emplit les âmes d'un vague et puissant enthousiasme révolutionnaire.
1848 vint, et ce fut un moment unique que celui où Lamartine, pendant des semaines, fut à lui seul tout le gouvernement, et gouverna par son éloquence de poète, calmant, maniant, purifiant les passions populaires, contenant la révolution qu'il avait faite, faisant acclamer le drapeau tricolore par l'émeute qui apportait le drapeau rouge. Puis les choses reprirent leur cours : mais le suffrage universel avait changé l'aspect de la Chambre et par contre-coup la forme de l'éloquence parlem.entaire : il y eut moins de correction, de politesse, de logique, plus de violence et de passion déchaînée, des voix plus grosses et plus populaires ; la tradition emphatique ou solennelle de l'éloquence jacobine, le rugissement et le laconisme reparurent à la tribune. Victor Hugo déployait ses vastes images, assénait ses antithèses sentencieuses ; et sa volumineuse éloquence, abondante en grands effets et théâtralement machinée, soutenait des combats fréquents contre la parole unie et savante de Montalembert.
ORATEURS UNIVERSITAIRES. L'organisation de l'enseignement supérieur ouvre aux orateurs une
1 . Je parle ici de cette oeuvre, pour n'en point parler ailleurs. C'est une œuvre remarquable d'éloquence narrative : une œuvre de science et de philosophie médiocre, une œuvre d'art médiocre. Mais c'est un grand mérite d'avoir osé débrouiller un aussi vaste et redoutable sujet, et d'avoir si lestement parcouru une carrière où dix scrupuleux savants auraient usé leur vie. Cette vive intelligence ne pouvait pas ignorer, comprenait tout, décidait tout, et ne se sentait jamais écrasée, ni dépassée.
2. Biographie : Le comte de Montalembert (1810-1870), né à Londres, fondateur de l'Avenir avec Lamennais, pair de France, se fit sous la monarchie de Juillet le défenseur de l'intérêt catholique, des Jésuites, de l'Irlande, des chrétiens de Syrie, de la Pologne, de la Grèce, etc. Député en 1848, il soutint Louis Bonaparte jusqu'au coup d'Etat. Il ne fut pas réélu en 1857. — Éditions: Œuvres, 1861-1868,9 vol. in-8 ; Lettres à un ami de collège, in- 12, 1873 et 1884. — A consulter : Lecanuet, Montalembert, 3 vol. in-8 ; Jeanjean, Montalembert, l'Eglise et l'Empire, 1913.
3. Pierre Antoine Berryer (1790-1868), député de 1830 à 1851. — Edition : Œuvres, 9 vol. in-8, 1872-1 878, Paris, Didier.— A consulter: E. Lecanuet (de l'Oratoire), Berryer, sa vie et ses œuvres, Paris, 1893 ; Ch. de Lacombe, Vie de Berryer (doc. inéd.), 1894- 1895, 3 vol.
POLÉMISTES ET ORATEURS
ROYER-COLLARD par GéricauU, collection de Mme Andral.