Cf. le style de Taine
2. Feuilles d'automne, II (/a Glaneuse), XUl[ au début), XVIll (au milieu). Voix intérieures, XXVlll (passim). Notez, par ex., les étoiles des chars, pour les lanternes des voitures (Feuilles d'autcmne, 33).
3. Cf. Feuilles d automne, 34 : par habitude, par tradition, le poète s'astreint à commencer et finir par i ne pensée : au reste les mots ne sont plus pour lui que des couleurs.
4. Ils servent à accuser plus vigoureusement la qualité de l'objet, l'accident sur lequel l'artiste veut fixer notre regard. Maupassant s'est moqué du procédé, qui ne doit pas se juger par l'abus (Préface de Pierre et Jean).
5. Ils ont tenté de faire revivre quelques archaïsmes. Th. Gautier s'applique à dire navrer pour blesser.
6. Cf. Art d'être grand-père (Fenêtres ouvertes. Le matin en dormant).
^ 7. A consulter : W. Tenint, La Prosodie de l'École moderne, 1844, Becq de Fouquiéres, Traité de versification française, 1879. G. Pellissier. fssois (^e littérature contemporaine, 1893, (p. 117-157). Faguet, XIX' siècle(V.Hugo,p. 237-255). M. Grammont, Le Vers français, 1904. On se reportera à ces études pour les exemples que les limites de cet ouvrage ne me permettent pas de donner.
8. Formules (le nombre des syllabes étant représenté par les chiffres) : 12, 6, 12, 6. — 12. 8, 12.8.— 12, 12, 12, 12,8.-12, 12, 12, 12, 12,6.-12, 12,6, 12. 6. etc.
9. Formules ; 8, 8, 4, 8, 8, 4. — 8. 4, 8, 4, 8, 4. — Pour le vers de 6 syll. : 6, 4, 6, 4 et des quatrains ou sizains. — Pour les vers de 7, des sizains, des huitains, et la forme : 7, 3, 7, 7, 3. 7 (V Avril de Belleau).
l'appareil des conjonctions et des relatifs, des propositions subordonnées et coordonnées ; ils composèrent selon les règles les groupes des sujets, des verbes et des régimes. V. Hugo se contentera longtemps de multiplier les épithètes et les appositions : à la fin seulement, dans les œuvres de la période postérieure à 1850, la notation impressionniste, sans phrase faite, par juxtaposition de mots expressifs, se rencontrera chez lui ; et ce sera par exception ^.
Parallèlement à la restauration de la beauté formelle de la langue se poursuit celle de la versification ^ . A travers la grande variété de rythmes que les romantiques innovent ou restaurent, on aperçoit que leurs préférences vont à 1 octosyllabe et à l'alexandrin : l'alexandrin, tantôt continu, tantôt assemblé en quatrains ou sizains, tantôt alternant avec le vers de six ou de huit pieds; ou bien quatre alexandrins suivis d'un vers de huit ; ou cinq alexandrins suivis d'un vers de six ; ou deux alexandrins, un vers de six ou de huit, deux alexandrins encore suivis d'un vers de six ou huit, ces six vers formant une stance ^, etc. ; l'octosyllabe, tantôt disposé en quatrains, sizains, dizains ou douzains, tantôt mêlé selon diverses lois au vers de quatre Mais en ce genre, la caractéristique du premier âge romantique, que conservera V. Hugo dans presque toute son œuvre, c'est, me semble-t-il, la préférence donnée à l'harmonie sur la symétrie.
LE POÈTE ET SA MUSE. 0 Vignette de Célestin Nanleuil, pour lespoésies de Tcunpucci (1833), écrivain romantique de second ordre (Bibl. Nat., Imp.). CL. HACHETTE.
EPOQUE CONTEMPORAINE
LA MUSE ROMANTIQUE. £>Cra«ure par L. Boulanger pour les Tablettes romantiques de 1823. On lit dans ce recueil la phrase suivante : « Pour réussir à s'entendre plus dificilement on a inventé une dénomination nouvelle, un genre nouveau, le genre romantique, que l'on a opposé au classique " (Bibl. Nat., Imp.). CL. HACHETTE.
Les romantiques d'arnère-saison et les parnassiens sont revenus aux formes fixes, unitaires, ou variées selon une loi constante. C'est précisément ce que les premiers romantiques avaient fui. Ils ont aimé les suites indéfinies d'alexandrins, ou les couplets inégaux, pareils aux laisses de nos chansons de geste, mesurés par l'idée ou l'inspiration ^. V. Hugo se plaît à changer le mètre dans l'intérieur d'un poème : il fait alterner les vastes couplets alexandrins avec les strophes agiles de petits vers ; et dans ces diverses parties, aucune égalité, aucun souci de tomber sur un nombre uniforme de vers ou de strophes Dans chaque pièce, et dans chaque partie, la pensée est génératrice du rythme, qui s'y colle étroitement, se resserrant, s'étendant, variant avec elle.
Lorsque l'on passe de Delille ou même de Casimir Delavigne à Lamartine et Hugo, on sent d'abord une extrême différence, qui ne tient pas à la structure du vers : car elle subsiste dans les vers les plus classiques des Méditations ou des Feuilles d'automne. Le vers de Lamartine et de Hugo chante. En dehors de toute modification des règles de la versification, il y a là une différence considérable. De ce vers qui n'était plus qu'un mécanisme, une simple loi de combinaison des mots pour produire, avec des difficultés en plus, les mêmes effets qu'on cher-
1. Lamartine, 2'^ Méditation. Vigny, Moïse, etc. Hugo, Pensar, dudar ; Sagesse ; Ce qui se passait aux Feuillantines.
2. Hugo, Navarin, Prière pour tous, Dicté après Juillet 1830, A la Colonne, etc. Lamartine, les Laboureurs dans Jocelyn.
3. Sainte-Beuve, La Rime. Th. de Banville, Traité de prosodie française (1872).
chait dans la prose, de ce vers atone, les romantiques ont fait une volupté de l'oreille. Ils ont rappelé les mots à leur fonction de sons, et dans la qualité de ces sons ils ont cherché un caractère, une expression, un plaisir. Ils ont assorti les sonorités aux sens, leurs successions et leurs rapports aux mouvements et aux phases de la pensée : ils ont senti et révélé la valeur sentimentale des syllabes graves ou aiguës, lourdes ou légères, traînantes ou rapides.
Dans ce réveil des sonorités du vers, la rime a été reconstituée pleine, riche, éclatante à la fois par le sens et par le son du mot qui la porte : de sorte qu'elle est devenue pour eux l'élément prépondérant du vers ^.
En réalité, ils ont pourtant donné tout autant d'importance au rythme ; et ils ont fait faire un progrès décisif à l'alexandrin. Ce grand vers en était resté où Malherbe, puis Racine l'avaient laissé : séparé en deux hémistiches égaux qui eux-mêmes, théoriquement, se divisaient en deux éléments encore égaux, assemblé en distiques que liait la rime Dans la pratique ce type trop carré et symétrique était voilé par de fréquents prolongements de la période, par d'assez fréquents déplacements ou affaiblissements de la césure, plus rarement par l'enjambement. La variété venait surtout de l'inégalité des éléments qui composaient chaque hémistiche : tantôt une syllabe d'un côté et cinq de l'autre, ou deux et quatre, ou quatre et deux, ou cinq et une ; et d'un hémistiche à l'autre, d'un vers à l'autre, le groupement se faisait différemment.
Si dans un vers classique on lie le second élément du premier hémistiche et le premier du second de façon à supprimer la césure médiane par le sens, on obtient un vers qui se coupe en trois parties, non plus en quatre.
N'avait-on | que Sénèque et moi | pour le séduire? (Racine.) Toujours aimer | toujours souffrir | toujours mourir. (Corneille.)
Ce type, rare chez les classiques, déformation accidentelle de la forme pure du vers, fut l'alexandrin romantique : il est composé de trois éléments égaux (4 + 4 + 4), qui sont remplacés par des éléments inégaux, de façon que la mesure ternaire subsiste ^. Jamais les romantiques n'abusèrent de ce vers : ils le mêlèrent discrètement à l'alexandrin classique, pour le diversifier ; ils le ménagèrent précisément en raison des effets qu'on en peut tirer.
Puis ils prolongèrent le sens de l'alexandrin dans une partie du vers suivant, ils enjambèrent. Enfin, à l'aide des déplacements de césure, des enjambements, ils assouplirent la période ; ils évitèrent le distique et le quatrain oia l'alexandrin classique retombait comme de lui-même, et, par le mélange des phrases, jetant ici un vers de sens complet, là ramassant une idée en moins d'un vers, ailleurs arrêtant le développement grammatical au milieu, aux trois quarts d'un vers, ils donnèrent à leurs alexan-
4. C'est Vénus | tout entière | à sa proie | attachée. (Racine.)