‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 178 sur 364 · UNE PAGE DU MANUSCRIT AUTOGRAPHE DES ODES ET BALLADES · texte numérisé non relu

UNE PAGE DU MANUSCRIT AUTOGRAPHE DES ODES ET BALLADES

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de sensibilité qu'il détermina, sortit le recueil des Premières Méditations Ml 820).

Ni dans la langue, ni dans le vers, ni dans les thèmes, il n'y avait là rien de bien nouveau. Ce qui était nouveau, c'était cette intense spontanéité, cette sincérité qui, à chaque page, découvrait l'homme. On sentait que ce n'était pas là un ouvrage d'écrivain. Lamartine, en effet, ne voulut jamais être un homme de lettres : non par dédain d'aristocrate, mais par respect de son âme. Il fut poète, comme plus tard orateur et homme d'État, par inspiration, par besoin du cœur : ce fut une fonction de sa vie morale, d'ennoblir par le vers ses émotions intimes ; jamais il ne voulut en faire un exercice professionnel, jamais même un pur jeu d'artiste. Ni gagne-pain ^, ni amusement, sa poésie fut l'épanchement nécessaire d'une âme noble, belle et, si j'ose dire, fondante.

Et voilà pourquoi cette poésie fut si peu travaillée. Il se soulageait, se complétait en créant son œuvre ; et il se trouvait doué par malheur d'une facilité qui le dispensait de l'effort. Il improvisait trop brillamment pour revenir sur ses improvisations : elles satisfaisaient pleinement à son besoin. Il ne se sentait pas sollicité à faire ce dur labeur de gratte-papier, à enlever patiemment, douloureusement, les négligences, incorrections, longueurs, répétitions, monotonie, prosaïsme ^ ; toutes les inégalités de l'œuvre n'étaient-elles pas, elles aussi, des produits spontanés de son âme? Par ce laisser-aller, qui n'est au fond que la volupté paresseuse d'une âme trop richement douée, il priva ses vers de la souveraine perfection : il a compromis son nom et leur duré^, et s'est exposé à n'être que le délicieux berceur des molles somnolences.

Pourtant c'est un grand poète, le plus naturel des poètes, le plus poète, si la poésie est essentiellement le sentiment. Ce vaporeux, cette indétermination, qu'on trouve chez lui, cela vient justement de ce qu'il rend surtout le sentiment,

est hostile en général au gouvernement. En 1848, il fut quelque temps chef du gouvernement provisoire. L'Empire le chassa de la politique. Il n'avait jamais eu le sens bourgeois de l'ordre, de l'économie : il se trouva à soixante ans ruiné et endetté. 11 écrivit pour vivre, avec une intarissable abondance. Le gouvernement impérial lui fit voter par les Chambres en 1867 la rente viagère d'un capital de 500 000 francs. Il mourut en 1869 et fut enterré à Saint-Point.

Éditions: Méditations poétiques, 1820, in-18 (éd. critique, p. p. G. Lanson, 2 vol. in-8. 1917). Nouvelles Méditations, 1823. Harmonies poétiques et religieuses, 1830. Voyage en Orient, souvenirs, impressions, pensées, paysages, 1835, 4 vol, in-8. Jocelyn, 1836, 2 vol. in-8. La Chute d'un ange, 1838, 2 vol. in-8. Recueillements poétiques, 1839, in-8. Histoire des Girondins, 1847, 8 vol. in-8. Les Confidences, 1849, in-8. Raphaël. 1849, in-8. Nouvelles Confidences. 1851, in-8; Gra.nc//a, I852,in-12. Œuvres: 1860-1863, 40 vol. in-8: Hachette, 23 vol. in-8, et 37vol. in-16 ; Lemerre, 12 vol. in-16, 1885-1887. Poésies inédites, publ. p. Mlle Valentine de Lamartine, 1873, in-8. Correspondance, publ. p. Mlle Valentine de Lamartine, 6 vol. in-8, 1872-1875. — A consulter : E. Faguet, XIX' siècle. Brunetière, La poésie de Lamartine. (Revue des Deux Mondes, 15 août 1886)). Évolution de ta poésie lyrique 'i' leçon. Rod. Lamard'ne (Class. populaires). De Pomairols, Lamartine, 1890, in-8. J. Lemaitre, Les Contemporains, 6' série, in-16, 1896. Ch. Alexandre, Souvenirs sur Lamartine, 1884, in-12. Le baron Chamborand de Périssat, Lamartine inconnu, notes, lettres, documents inédits, souvenirs de famille. Pion, 1891. F. Reyssié,Z.a Jeunesse de Lamartine d'après des documents nouveaux et des lettres inédites, Hachette, 1891 .A. France, l'Elvire de Lamard'nc, Champion, 1893. E. Deschanel, Lamar/me, 2 vol. in-18, C. Lévy, 1893. Lettresà Lamartine, publ. p. Mlle V. de Lamartine, in-12, C. Lévy, 1892. E. Zyromsky. Lamartine, poète lyrique, 1898. Quentin-Bauchard, Lamartine homme politique. 2 vol., 1903 et suiv. L. Séché, Lamartine de 1816 à 1830, 1906. R. Doumic, Lettres d' Elvire à Lamartine, 1906. J. des Cognets, La vie intérieure de Lamartine, 1913. Barthou, Lamartine orateur.

1. A noter le titre, qui mettait ces poèmes hors des genres consacrés, définis, figés, et laissait toute indépendance au poète. De la littérature mystique, le mot avait été appliqué par Malebranche à la philosophie : plus récemment Volney avait qualifié ses Ruines de méditation. Par ce mot Lamartine signalait l'intimité de sa poésie-

2. Il ne donna guère aux libraires, dans sa besogneuse vieillesse, que de la prose.

3. Quand le sentiment ne le soulève pas, Lamartine versifie dans le style de la Henriade. dit Emile Faguet ; dans le style de Delille, dit M. Guyau. Ils ont tous les deux raison.

LA POÉSIE ROMANTIQUE

autant que possible épuré des idées, des perceptions, des faits, qui le produisent ou l'accompagnent chez tous les

! hommes. Et cette épuration se fait spontanément en lui, par un mstmct, une loi de sa nature : il est la poésie absolue ; ni penseur, ni peintre, ni historien. Ce n'est pas qu'il ne sache comprendre, regarder, raconter ' ; mais je

! tâche de saisir ici la disposition fondamentale de son âme.

! Elle apparut dès les premières Méditations : c'était un

• flux égal et large de poésie élégiaque, délicate, élevée,

; gracieusement, nonchalamment et profondément mélancolique. On y lisait les impressions, comme les vibrations et les colorations successives d'une âme tendre et noble.

i Pas un paysage arrêté ; pas un fait précis. Lisons V Isolement : une montagne, un vieux chêne, un fleuve, un

' lac, des bois, une église gothique, un crépuscule, un angélus, où situer tout cela dans l'univers? Dans la suite.

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé :

quel est cet être? Par quel lien tenait-il l'âme du poète? Ni hors de lui, ni en lui, il ne nous montre rien : rien que sa profonde désespérance, et ses aspirations vagues vers un lieu qui n'a pas de nom. Dans le Lac, une barque, un couple : où? qui? On n'apprend rien que le sentiment du poète : « Hélas sur nos amours qui durent peu ! sur nous qui durons peu ! aimons donc, aimons vite. « Et ainsi de toutes les pièces : ont-elles un sujet? I! s'enfonce dans un.: Lrume !cg:.e et brillante, qui noie tout. Tout ce

FRONTISPICE TIRÉ DES MÉDITATIONS POÉTIQUES DE LAMARTINE, a Vignette dans le goût néo-golkique. Éd. Gosselin et Furne (1836) (Bibl. Nat., Imp.). CL. HACHETTE.

LAMARTINE JEUNE, a Médaillon par David d'Angers (Musée du Louvre.).

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