Mardoche, Namo ma, Lettres de Dupuis à Cotonet
3. Il écrivait une très jolie prose, alerte, limpide, toute voisine du xvnr*" siècle. Voir ses Contes et Nouvelles.
4. Une bonne fortune. Après une lecture. Soirée perdue la Mi-Carême, etc.
ËFOQUE CONTEMPORAINE
la fois large et précis. La sensibilité du poète y répand une teinte délicate qui, sans en altérer la vérité, les enrichit d'une puissante séduction ^.
L'artiste n'est pas impeccable : aux impuissances naturelles de son talent, Musset ajouta les dédains de son dandysme. Rimes négligées, insuffisantes, à-peu-près de style, impropriétés, incorrections, obscurités et parfois non-sens, rhétorique sincère, je le veux, chez un si jeune poète, mais enfin par trop copieuse^, verve un peu courte et haletante : voilà quelques-unes des imperfections de Musset. Il se moque de la composition, et en effet il lui est à peu près impossible de composer une grande œuvre : au fond, le manque de composition se ramène à un défaut d'invention. Musset est exquis dans l'œuvre courte, libre, où sa fantaisie peut errer à l'aise, se reposant et repartant quand il lui plaît : le conte, l'épître (tournée en méditation, ou distribuée en strophes lyriques), voilà où il excelle. Nous verrons aussi qu'il a su faire un usage original et charmant de la forme dramatique.
Il y aurait trouvé même ses chefs-d'œuvre, si la grande souffrance de sa vie n'avait tiré de lui les Nuits : Musset est un grand poète dans l'élégie lyrique. Éliminant les faits, laissant l'histoire anecdotique du cœur, où s'étaient complu tous les élégiaques jusque-là, Musset fait apparaître dans son amour à lui les propriétés éternelles et
l'immuable essence de l'amour. Voilant dans un lointain délicieusement embrumé toutes les formes de la réalité qui l'a blessé, il prend pour matière de poésie la soufTrance qu'il a ressentie d'avoir aimé : toutes les nuances et toutes les phases de la douleur se distribuent entre ces pathétiques Nuits de mai, de décembre, d'août, d'octobre, que complète le Souvenir où se repose son cœur encore endolori. Il y a là une délicate analyse des plus fines expériences de l'âme d'où se dégage l'originale philosophie de Musset, jusque-là assez peu heureux dans ses essais de pensée.
Le monde alors lui apparaît comme un rêve ; aucune réalité ne se laisse retenir. L'homme appartient à la douleur : toute poursuite du bonheur se termine en douleurs, et le remède à la douleur, c'est l'anéantissement, celui tout au moins de notre être passé par l'oubli. Mieux vaut le souvenir, qui seul est à nous et dure avec nous : le bonheur fuit, et le souvenir du bonheur reste ; le malheur passe, et le souvenir du malheur persiste, intimement doux, et plus doux que le souvenir même du bonheur.
Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré.
Voilà bien la philosophie qui convient à la vie de Musset, plutôt que la banale religiosité de VEspoir en Dieu. L'amour trompe, mais il n'y a de bonheur que dans
1. Notons aussi ses visions, rêvées et charmantes, d'une Grèce antique, aimable et lumineuse.
2. Cf. Rolla, mélange de rhétorique juvénile et d'amertume, byronienne qui produit
parfois une impression profonde.
3. Musset est le seul romantique qui ait eu l'intuition psychologique.
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SUR LA MORT DE SON ALTESSE ROYALE Chables-Febdinand d'Artois,
DUC DE BERRI, FILS DE FrASCB}
Par V.-M. HUGO.
A PARIS
CHEZ Abtb'. boucher, IMPRIMEUR -LIBRAIRE,
nUE DES BOW»-ZIfrl»T3, 34' ET CaBEZ PETIT , PELICIER . DELAUN.W , LUHUIBES i
AU FAL*I8-«OTlL, M. DCCC. XX.
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