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LA RÉSURRECTION DU PASSÉ: MICHELET

Ce qu'Augustin Thierry voulut être et ne fut pas pleinement, Jules Michelet le fut avec une incomparable puissance.

Michelet ^ eut ses erreurs, ses préjugés, ses haines ; âme infiniment tendre, il a détesté furieusement certaines idées, et les hommes aussi qui les représentaient. La vérité, la sérénité de son œuvre en ont été diminuées. Son excuse, c'est tout ce qu'il a souffert : les impressions de son premier âge ont été le froid, la faim, la maladie, l'incertitude du lendemain ; dans sa douloureuse enfance de misère et de lutte, son caractère s'est aigri, sa sensibilité s'est surexcitée, son intelligence s'est aiguisée, son imagination s'est enfuie éperdument loin des réalités qui blessent.

Son père qui, dans sa pauvreté, avait foi à l'instruction, le mit au collège Charlemagne : et l'enfant comprit ; obstinément, virilement, il s'efforça jusqu'à ce qu'il fût des premiers de sa classe. Les récits d'une tante, une promenade au musée qui avait recueilli les tombes de Saint- Denis, lui révélèrent sa vocation : à peine sorti du collège, il s'appliqua à l'histoire. Vico lui fournit une philosophie, pour débrouiller et classer les faits. Après divers essais, il entreprit son Histoire de France qui, pendant près de quarante ans, de 1830 à 1868, sera sa vie.

L'œuvre de Michelet est née, «dans le brillant matin de juillet », de l'immense espoir, sitôt déçu, dont la révolution de 1830 enflamma son âme populaire. C'est alors qu'il vit la France « comme une âme et une personne » : et il voulut être l'historien de cette âme et de cette personne. Le problème historique se posa pour lui comme une résurrection de la vie intégrale, dans ses organismes intérieurs et profonds.

Thierry se contentait de regarder les races : Michelet sentit qu'aux races il fallait donner « une bonne, forte base, la terre » qui les porte et les nourrit '■. Le climat, la nourriture, toute sorte de causes physiques, déterminent le caractère des populations : « telle la patrie, tel l'homme ». Il

1. Biographie : Jules Michelet (1798-1874), fils d'un imprimeur ruiné par le &>nsulat et l'Empire, répétiteur dans une pension en 1817, professeur au collège Sainte-Ba^be en 1822, maître de conférences à l'École normale en 1827, supplée Guizot à la Sorbonne (1833-1836), puis est désigné pour la chaire de morale et d'histoire du Collège de France (1838).

Éditions ; Principes de la philosophie de l'histoire; Précis d'histoire moderrte, 1828 J Histoire romaine, 1831 ; les Mémoires de Luther, 1835, 2 vol in-8 ; Du Prêtre, de ta Femme et de la Famille. 1844, in-8 ; /e Peuple, 1846, in-8, le Procès des Templiers, 1841-1852, 2 vol. in-4 ; l'Oiseau, 1856, in-12 ; ['Insecte, 1857, in-18, VAmour, 1858, in-18 ; la Femme, 1859, in-18 ; la Mer. 1861, in-18 ; la Sorcière, 1862, in-18 ; la Bible de l'humanité. 1864, in-18'; la Montagne. 1868, in-18 ; Histoire de France (Moyen Age, 1833-lS43,6vol. in-8 : Révolution, 1847-1853, 7 vol. in-8; Renaissance et Temps modernes, 1855-1867, 1 1 vol. in-8), 1878-

CARICATURE DE MICHELET. a Dessin de Loberu pour l'album du Gaulois. Les figures et attributs de la comtmsition rappellent différents ouvrages du célèbre écrivain, l'Amour, l'Oiseau, l'Insecte. (Bibl. Nat . Est.) CL. HACHETTE.

ne se contenta point de regarder de haut les grandes divisions territoriales : dans l'admirable morceau où, dès le début, il assied son histoire sur la géographie, il saisit comme autant de personnes distinctes toutes les unités provinciales dont la France est la somme ; il marque puissamment la physionomie de chaque région, au physique et au moral.

Thierry posait l'antagonisme des races comme donnée primordiale et comme loi supérieure de l'histoire, en Angleterre, en France : les races étaient pour lui des entités irréductibles, indestructibles ; et il lui semblait, au bout de six ou de dix siècles, retrouver les vainqueurs et les vaincus face à face. La fausseté de cette conception absolue choque Michelet ; il a reçu de Vico son « principe de la force vive, de l'humanité qui se crée ». Ce qu'il aperçoit, au lieu de races immuables, « c'est le puissant travail de soi sur soi, où la France par son progrès propre va transformant tous ses éléments bruts ». Au début, il ya des races, et

18,80, Marpon, 28 vol. in-12 ; 1885 et suiv., Lemerre, 28 vol. pet. in-12. — Œuvres posthumes : Histoire du XIX' siècle, 3 vol., 1876, Ma Jeunesse (publ. p. Mme Michelet), 1884, Calmann- Lévy. Mon Journal (id.), 1888. in-16. Un Hiver en Italie, 1879, 2= éd. Marpon et Flammarion, in- 18, 1893. Sur les chemins de l'Furope.m-\8, \89} ; Lettres à Mlle Mialaret, 1899. — Œuvres complètes, depuis 1893. Marpon et Flammarion.

A consulter : E. Fa?uet, xix' siècle. Corréard, Mi<:l"let (Classiques populaires), in-8, 1887, Noël, Michelet et ses enfants, '878, Mme E. Quinet, 50 ont dominé, 1899. G. Lan-, son, Lî for.-nati n de la Méthode historique d eMiche'.et, {Reo. d'hi't. moderne, 1905). G. Monod. y. Michelet. 1905.

2. Voilà pourquoi il va en Italie avant d'écrire son Histoire romaine, il veut avoir l'impression, le contact du sol, du climat, du paysage.

EPOQUE CONTEMPORAINE

dans les temps barbares, la race est un facteur considérable de l'histoire: plus on va, plus la race est faible et plus elle s'efface. Michelet veut voir comment la France est née, comment elle a formé sa personnalité morale, de quelle vie elle a vécu.

Mais « la vie a une condition souveraine et bien exigeante. Elle n'est véritablement la vie qu'autant qu'elle est complète ». Il fallait retrouver tous les organes et toutes les fonctions de la France, en saisir la formation et le jeu. L'abstraction systématique des doctrinaires ne suffisait pas ICI. Il ne fallait pas non plus s'arrêter aux surfaces, au décor de l'histoire : un imagier, comme le baron de Barante, qui ne s'attache qu'à reproduire l'éclat extérieur de la narration des vieux chroniqueurs et qui étale aux yeux comme une suite magnifique de tapisseries à sujets historiques, manque au devoir essentiel de l'historien. Il s'agit, en montrant la vie, d'expliquer la vie : loin de chercher l'effet dramatique, loin d'emplir le public de stupeur par l'étrangeté ou l'énormité des choses, l'historien doit réduire tout à la nature, faire la guerre au miracle, découvrir la simplicité du prodige sans en diminuer la grandeur. Ainsi Jeanne d'Arc expliquée sera toujours Jeanne d'Arc, et plus admirable que jamais : « le sublime n'est point hors nature, c'est au contraire le point où la nature est le plus elle-même, en sa hauteur, profondeur naturelles

L'INQUISITION ESPAGNOLE, a Gravure de Daniel Vierge illustrant le passage de La Révolution de Michelet où il affirme que l'Inquisition en seize ans a fait brûler vingt mille personnes. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.

Voilà comment Michelet a conçu sa tâche : il fallait, pour en venir à bout, deux conditions difficiles à réunir, la science et la poésie. Michelet réunit ces conditions. Il sut rassembler laborieusement les fragments de la vérité, et saisir par intuition la vérité totale. Il eut cette force de sympathie qui seule atteint et ressuscite l'âme des siècles lointains.

Thierry avait tenté de retourner aux sources : Michelet élargit la méthode et la complète. Aux documents imprimés il joint les inédits : aux chroniques, les actes, chartes, diplômes de toute sorte ; il interroge les œuvres de la littérature et de l'art ; une pièce de procédure ou un livre de dévotion révèlent la vie d'une époque, et mieux que les témoignages, si souvent falsifiés, des annalistes et des historiographes. Michelet eut une grande ]ole en 1831 : il fut nommé chef de la section historique aux Archives nationales ; c'était, pour ainsi dire, tout le dépôt de notre histoire nationale qu'on lui confiait : il avait désormais sous la main, à sa discrétion, dans cette masse de documents, le dossier authentique, inconnu, de la vieille France. Il en tira parti avec une allégresse, une activité, une intelligence admirables.

Les vues systématiques et politiques, qui menaient Guizot ou Thierry à forcer le sens des faits, étaient étrangères à Michelet. Il n'était pas bourgeois ^ ; il était peuple et poète. Il aborda son travail d'historien dans un élan d'amour pour les masses anonymes dans lesquelles la France avait successivement vécu, et par qui elle s'était faite. Il avait « le don des larmes », une âme frémissante, qui partout aimait, partout sentait, partout mettait la vie. A cette sensibilité extrême il unissait tous les plus rares dons de l'artiste : la puissance d'évocation, l'imagination « visionnaire », qui obéissait à toutes les suggestions d'une sympathie effrénée, l'expression intense et solide, qui fixait le caractère en dégageant la beauté. Ce style de Michelet, âpre, saccadé, violent, ou bien délicat, pénétrant, tendre, en fait un des deux ou trois écrivains supérieurs de notre siècle.

Michelet a cru s'éloigner des romantiques autant que des doctrinaires. En réalité, son histoire est un chef-d œuvre de l'art romantique. Comme les romantiques, il a l'âme obsédée de conceptions métaphysiques et l'imagination symbolique. Philosophe avant de devenir historien, sous l'influence des Allemands et de Vico, Qumet et Cousin aidant, il volt dans l'histoire le grand duel de la matière et de l'esprit, de la fatalité et de la liberté. Tout fait manifeste à ses yeux une idée, et il ne peint si puissamment le réel que parce qu'il y lit et nous y fait lire l'invisible-. Mais sa métaphysique et ses symboles sont commandés par ses affections et ses haines : son cœur mène sa pensée, et par là encore 11 est bien romantique. Depuis l'invasion

\. Les doctrinaires airrent l'Angleterre : Michelet la hait. Il adore l'Allemagne, une Allemagne idéaliste, poétique, sentimentale, métaphysicienne et religieuse.

2. La première manifestation de ce symbolisme se trouve dans la curieuse Introduction à l'histoire universelle, admirable poème ' philosophique plutôt^qu'histoire. Dans l'Histoire de France, on pourra étudier le Tableau de ta France, au tome II ; on en apercevra sans peine la signification symbolique.

L'HISTOIRE

barbare jusqu'à la révolution française, il nous donne moins l'histoire objective, impersonnelle, scientifique de la France, que les émotions de Jules Michelet lisant les documents originaux qui peuvent servir à écrire cette histoire : on entend ses cris de joie, de douleur, d'amour, de haine, d'espérance, de dégoût, tandis que les pièces qu'il dépouille font passer sous ses yeux les passions, les actes de nos ancêtres. Nous regardons notre histoire se refléter dans l'âme lyrique de Michelet, et nous n'atteignons les faits qu'à travers les réactions fiévreuses du narrateur.

Selon les sujets et les époques, cette méthode personnelle a plus ou moins d'inconvénients ou d'avantages. Les inconvénients sont presque nuls, et les avantages immenses, quand Michelet écrit son moyen âge (1833-1843). 11 s'abandonne, avec une joie d'artiste, comme il l'a dit, à l'impression des documents qu'il est le premier à consulter : il atteint à la vérité par la force de sa sympathie ; il a voulu « retrouver cette idée que le moyen âge eut de lui, refaire son élan, son désir, son âme, avant de le juger » ; il se fait à lui-même une âme du moyen âge : de sorte que les obscurs instincts des masses populaires deviennent, dans sa conscience d'érudit, une claire notion du rôle de l'Eglise et du rôle de la royauté.

Il n'avait pas grand effort à faire pour comprendre la puissance du christianisme au moyen âge. Il ne croyait pas ; il n'était pas soumis à l'Église. Mais il avait l'âme toute religieuse, mystique même. En lisant V Imitation, tout enfant il avait « senti Dieu « : il resta toute sa vie un inspiré, et les livres qui parlèrent le plus à son cœur furent toujours les livres des voyants et des prophètes, l'Imitation la Bible, les Mémoires de Luther ; même il sera tendre à Mme Guyon. Il avait le sens des symboles, et la grandeur poétique, la plénitude morale du symbolisme chrétien 1 ont saisi : à mesure que la religion du moyen âge se matérialisera, se desséchera, il pleurera cette grande ruine ; il cherchera de tous côtés les illuminés, les indépendants, les révoltés, qui ont gardé la vue de l'Idée et le contact de Dieu : il mettra en eux son amour et sa joie. Il sera toujours avec les plus effrénés chrétiens.

Michelet eut la faiblesse de se repentir d'avoir rendu justice au catholicisme. Il a traité de mirage, d'illusion poétique son tableau du moyen âge. Il a essayé d'y mettre après coup tout le contraire de ce qu'il y avait mis d'abord, il a voulu rattraper, il a rétracté ses jugements ^. Son livre se défend contre lui, et ne se laisse ni diffamer m travestir. Heureusement, un scrupule d'artiste a empêché Michelet de retoucher ses premiers volumes, pour les imprégner de ses nouvelles idées.

La même année 1843, où il termine son moyen âge, Michelet publie avec Quinet son livre des Jésuites. C'est fini de sa sereine activité de savant. Les passions contemporaines l'ont saisi : l'historien se surcharge d'un démocrate forcené, qui a les prêtres et les rois en abomination. Michelet, désormais, se voue à la prédication démocra-

1, Préface de 1869, et Introduction à la Renaissance.

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MANUSCRIT AUTOGRAPHE DE MICHELET. DÉBUT DE L'HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION. 0 « Jt définis la Révolution, Tavènement de la Loi, h résurrection du Droit longtemps étouffé, la réaction de la Justice. » (Musée Carnavalet.) CL. HACHETTE.

tique ; et pour commencer, laissant là l'histoire de 1 ancienne France, il court à la Révolution. Il en fait la légende plutôt que l'histoire, malgré ses très sérieuses recherches : maudissant, invectivant, embrassant, bénissant, dressant au-dessus de tous ses ennemis, amis et serviteurs, la samte figure du peuple, du peuple idéal, terrible, fécond et généreux comme la Nature, toujours grand et toujours pur, quoi qu'il fasse.

Lorsqu'il reviendra de là au XVI^ siècle, Michelet se posera devant les rois, les prêtres et les nobles comme un justicier : Qu'avez-vous fait du peuple? Quavez-vous fait pour le peuple? A chaque individu, à chaque époque, il posera la terrible question, ayant déjà prononcé la sentence. Il lira dans les textes tout ce qu'il voudra, avec une subtilité féroce d'inquisiteur ; il n'y aura bassesse, ou crime, qu il ne prête à ceux qu'il n'aime pas. Il exprimera aussi des faits tout ce qu'il voudra, par le plus outré, le plus intempérant symbolisme qu'on puisse voir. Son imagination dominée par sa foi et ses haines devient une machine à déformer toute réalité. Son histoire, dès lors, débordant de diffamations et de calomnies fantaisistes, tournant à l'hallu-

EPOQUE CONTEMPORAINE

RELIURE DE LESNÉ. O RAiurt en maroquin bleu décorée au centre d'une plaque à froid. L'ouvrage relié est un poème didactique sur la reliure (1820). (Coll. Gruel.) CL. HACHETTE.

cination délirante, nous donne à chaque instant l'impression d'être du même ordre que la Légende des siècles ou les Châtiments.

Cependant, Michelet écrira encore d'admirables pages, toutes pleines d'idées profondes et suggestives, sur la Renaissance, sur la Réforme, sur les guerres de religion : il nous donnera en tableaux merveilleux une vision précise, colorée du xvi^ siècle. Puis les défauts, l'injustice, la folie iront en s'accusant \ jusqu'à ce que Michelet regagne la Révolution : çà et là, le penseur et le poète, l'historien de génie se retrouvent. Malgré tout, d'un bout à l'autre, l'œuvre est étrangement vivante. On a beau se défier, se défendre : cette passion brûlante vous prend.

Michelet restera surtout comme l'historien du moyen âge : c'est là la partie vraiment éternelle de son œuvre, où s'équilibrent l'érudition et l'imagination, où la sensibilité vibrante devient un instrument d'exactitude scientifique. C'est là qu'il a touché le but qu'il avait fixé à l'histoire : la résurrection intégrale du passé. Dans cette partie, il n'y a rien peut-être de plus beau que le tableau du XIV® et du XV® siècle. Michelet assiste, avec une pitié immense, à la naissance du sentiment de la patrie dans l'âme obscure

1. Importance donnée à la santé de François I^'"", de Louis XIV, pour l'explication de la politique française ; interprétation du sens historique des œuvres littéraires du XVII" siècle d'Amphitryon par exemple), etc.

des masses populaires, pendant l'horrible guerre de Cent Ans ; il voit éclore ce sentiment dans la dévotion chrétienne et monarchique, il le voit s'incarner dans la douce voyante qui sauve la France, dans Jeanne d'Arc ; et jamais la pieuse fille n'a été mieux comprise que par ce féroce anticlérical. Les pages qu'il lui consacre, où il analyse les causes de tout ordre qui ont produit et fait réussir la mission de Jeanne d'Arc, peuvent être étudiées comme contenant tout le génie de Michelet.

Sa pensée sur la France, Michelet l'a dite tout entière dans le Peuple (1846). Dans sa forme enthousiaste et fiévreuse, ce livre est une merveille de lucidité et d'équilibre. Réconcilier les classes populaires et les classes dirigeantes, l'instinct et l'intelligence, le nationalisme et l'humanitarisme, réaliser la communion de tous les Français dans l'amour de la France et le culte de sa tradition généreuse, faire surgir l'unité à travers les divisions de classe, de culture et de religion par l'idée de la patrie, et, dans la religion de la patrie, quand la patrie, c'est la France, inclure la religion de l'humanité, voilà l'esprit de cet admirable écrit qui mérite encore aujourd'hui de rester comme le vrai catéchisme du Français.

Dans la dernière période de sa vie, Michelet, chassé du Collège de France, chassé de ses chères Archives, pour refus de serment après le coup d'État de 1851, se retire aux environs de Paris, puis près de Nantes, puis, pour sa santé, près de Gênes. Là, son âme de poète, plus tendre.

RELIURE « A LA CATHÉDRALE », EN VEAU FAUVE, a Les reliures de ce genre sont dites à la cathédrale, à cause de leurs décorations inspirées da style gothinue. Celle qui est ici reproduite recouvre un Album de la Jeunesse ( 1 83 1 ). (BibI . municipale de Versailles.) CL. HACHETTE.

L'HISTOIRE

plus enthousiaste, plus juvénile que jamais, s'ouvre à la grande et divine nature, qui toujours, du reste, avait été la religion de son Intelligence, la joie de ses sens. Il fixe ses Impressions, ses visions, ses frissons, ses suggestions dans des livres étranges, difficiles à classer, souvent délicieux, l'Oiseau, l'Insecte, la Montagne, la Mer : le lyrisme y déborde, mais un lyrisme nourri de fortes idées, pénétré de science solide. On comprendrait moins bien le génie historique de Mlchelet, si l'on n'avait vu dans ces ouvrages à quel point la poésie de son style et ce don d'évocation qui rend ses récits si vivants résultent d'une communion d'âme avec toutes les manifestations de la vie. Les descriptions qu'ils renferment, paysages, ou phénomènes naturels, ou bien actes des êtres vivants, nous aident aussi à reconnaître la singulière acuité de sa vision : son œil reçoit l'impression des plus fines modifications de la nature sensible, et sa mémoire les rend en leur fraîcheur première.

La nature, si dure et si immorale au sentiment de beaucoup de ses contemporains, est pour Mlchelet une inépuisable source de joie, de force et de foi : il y renouvelle sa vie morale. Spiritualisée par lui, elle est la grande consolatrice de son*âme délicate ; il s'y plonge, et il revient à

l'humanité, avec un espoir plus fort, une pitié plus large.

Il mêle parfois à ses enseignements une indiscrète physiologie, une politique ou une philosophie d'apocalypse ; il exagère jusqu'à la dureté les reliefs de son style. Mais il rachète tous ses défauts par l'ardente virilité, par la générosité foncière des prédications dont il essaie de fortifier les générations nouvelles. A force de vibrante et candide sincérité, il est un des rares laïcs à qui il ait été donné de catéchiser sans ridicule.

On a publié depuis sa mort quelques carnets de notes de voyage, où les belles descriptions, les fortes émotions ne manquent pas : on sait ce que Mlchelet peut en ce genre. Mais que d'idées ! et quelle rare, large, vive intelligence avait ce romantique enragé ! quelle abondance aussi de remarques prises sur le vif, saisissantes de justesse ! et comme il apparaît que cet éperdu visionnaire avait le sens de l'observation, le discernement instantané des réalités suggestives !

Mlchelet est un des écrivains du XIX® siècle qui me semblent destinés à grandir dans l'avenir, quand dans son œuvre trop riche on aura fait une part à l'oubli, à la mort : le reste, et un reste considérable, une fois allégé, n'en montera que plus haut.

LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE PARIS EN 1328. a Gravure de Thomas, d'après la peinture d'Alaux pour le Musée de Versailles. Le roi Louis-Philippe transforma le château de Versailles en un musée consacré à « toutes les gloires de la France », et en couvrit les murs de peintures souvent médiocres mais qui retraiaient toute l'histoire du pays. Cette entreprise ne fut pas étrangère à la renaissance du goût historique en France et au succès des Michelet des Martin, etc. CL. HACHFTTE,

EPOQUE CONTEMPORAINE

THIERS ACCLAMÉ PAR L'ASSEMBLEE COMME LIBERATEUR DU TERRITOIRE, a Cmjiz le déplié Fourlou (à la tribune) félicitait l'Assemblée d'avoir delivri la France de l'occupation étrangère, le député Gailly (ou de dos au antre au tableau) mmtrant Tniers dit : ' Li lih'ra'eur du territoire le voilà ». L'A'isernhlée. alors, acclama Tkiers qui, historien, publidsle et orateur, avait su être, au moment voulu, un remarquable homme d'action.i Séance du 16 juin 1877.) (Tableau d'Ullmann, à Versailles.) CL. HACHETTE.

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