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LES GENRES ET LES ŒUVRES. LA CRI

TIQUE. £f 0 Depuis que Taine et Renan ont disparu, les maîtres de la critique ont été, en général, des hommes qui paraissaient se soucier peu ou être peu capables de construire une philosophie générale, et dont l'activité semblait s'enfermer dans le domaine de la littérature et de l'art. Tous, cependant, en ont franchi les limites un certain jour, soit pour tirer les conséquences pratiques de leurs idées, et s'attaquer aux problèmes politiques et sociaux, soit pour indiquer la métaphysique ou la mystique qui correspondait à leur doctrine littéraire.

Au premier rang, par l'importance de l'œuvre et l'originalité du caractère, s'est placé Ferdinand Brunetière Malgré sa volonté hautement publiée de faire une construction impersonnelle et objective, ses écrits laissent deviner un fonds de pessimisme, un peu amer et très énergique. Il a appliqué à l'étude de la littérature un fort tempérament de polémiste et d'orateur, une rare puissance d'abstraction, de logique et de synthèse, une grande richesse d'information bibliographique et chronologique ; et tout cela par soi-même valait déjà beaucoup : mais il y a ajouté, heureusement, des impressions fines et originales, de vives intuitions déterminées au contact des œuvres, un goût esthétique enfin aussi sûr que prompt, qui lui ont fourni des matériaux excellents pour ses imposantes constructions. Il a plus que personne remis en honneur le XVII^ siècle et le naturalisme classique. Il a un peu durement d'abord, puis avec un excès, à mon sens, de plus en plus injuste, proclamé l'infériorité littéraire du XVIII® siècle, comparé à son devancier. Il a fait une rude et efficace guerre au naturalisme français : sans garder toujours la mesure juste avec tous les maîtres (je pense à Zola), il a anéanti les prétentions tapageuses et confirmé les titres durables du roman contemporain. Il a défendu l'autorité et la tradition, en marchant assez librement dans des voies nouvelles. Il a toujours recommandé l'objectivité de l'œuvre

littérature française (évol. de la critique). 1890; les Époques du théâtre français, 1892; l'Évolution de la poésie lyrique, 1894 ; Discours de combat, 1900. H. de Balzac, 1906. Histoire de la littérature française classique (à partir de 1905).

PORTRAIT DE BRUNETIÈRE. a D'après une phologmphie.CL. PIERRE PETIT.

d'art, le respect de la nature fidèlement rendue, et il a toujours affirmé que les œuvres d'art valent par les idées qu'elles traduisent, par la force morale qu'elles contiennent. Venant après Tame, il a ouvert et rempli un chapitre nouveau de l'histoire de la critique. En appliquant la doctrine de l'évolution à la littérature, il a obtenu deux résultats : évaluer plus justement la pression des œuvres déjà écrites sur les esprits qui créent ensuite d'autres œuvres, faire saillir par conséquent parmi toutes les causes de détermination la force de la tradition littéraire, ensuite, et surtout, laisser à l'individualité son libre jeu, marquer nettement, toutes les causes étant définies et classées, ce que l'accident imprévu d'un grand homme qui survient peut apporter de perturbation dans le mouvement littéraire, en le déviant ou en le transformant. Cette doctrine a forcé les historiens de la littérature à rechercher plus scrupuleusement la continuité soit dans les courants d'idées, soit dans les genres d'art, et par suite à examiner de près les problèmes multiples des époques de transition, si longtemps négligés. On peut seulement reprocher à Brunetière d'avoir poussé trop loin, par une logique artificielle, l'analogie ou l'identification des sciences naturelles et de la littérature, et d'avoir multiplié les formules d'apparence scientifique, aboutissant par là malgré lui à masquer la réalité plutôt qu'à l'exprimer et à donner l'impression d'une construction arbitraire dans les cas même où il travaillait réellement sur une base d'observations exactes. Il lui est arrivé quelquefois aussi de suppléer par la logique aux lacunes de l'observation, et de donner ses idées un peu témérairement pour des faits. Mais le principal vice de son système est d'être un système : excellente, en somme, pour appeler l'attention sur certains ordres de problèmes, faire surgir des questions, définir des

champs de recherche, la doctrine de l'évolution des genres ne saurait s'imposer à l'histoire littéraire comme suffisant à elle seule et embrassant toute l'étendue d'une littérature. Si on prétend employer cette méthode à l'exclusion de toute autre, on arrive à mutiler la réalité, et à rejeter des écrivains importants, sous le prétexte que la méthode ne les rencontre pas. On ignore systématiquement de grandes œuvres, parce que la loi de l'évolution des genres ne semble pas s'y manifester.

Jusqu'en 1894 on pouvait croire Brunetière uniquement appliqué à l'étude de la littérature. Depuis 1894, il nous a montré que toute une conception sociale était inscrite dans son esthétique. Il s'est fait dans l'ordre social, comme en littérature, l'avocat de la tradition, de l'autorité, et par suite de l'Église, qui incarne pour lui la tradition et l'autorité. Positiviste, il s'est voué à la restauration du catholicisme. Il n'a pas fait, comme Chateaubriand, un acte de foi public, ni la confession éclatante de sa croyance intime ; ce n'est pas sa manière. Mais il a vu dans l'Eglise le pouvoir spirituel et la hiérarchie séculaire qui pouvaient procurer la paix sociale. Il a mis au service de sa doctrine politique d'éclatantes qualités de polémiste et d'orateur. Mais il a du même coup renoncé

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