SUR
GÉNÉRALE
Et fur rEfprit 6: les Manirs des Nations , depuis Charlemagnc jurqu'à nos jours.
'Tirées de l'Edition augmentée de Jjôiij6^. imp'iniée en VIII. "col.
Pourfervir de Supplément à PEditio^* de 17^6. en VIL vol.
ADD1T10NS',A LESSAY SUR L'HISTOIREICÉNÉHALE.' a '^Complément par
yoltaire de son ouvrage si souvent repris et remanié, qui comprenait des morceaux comme le Siècle de Louis XIV et qui devait l'amener à écrire un Abrégé d'Histoire universelle. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.
Faire du christianisme l'obstacle au progrès de la raison, au bonheur de l'humanité, c'était une idée qui devait plaire à Frédéric autant qu'à Mme du Châtelet. De ce point de vue, le Siècle de Louis XIV apparaissait comme un grand siècle incomplet : Louis XIV avait un confesseur, il ne pouvait être « philosophe ». Il avait des parties du bon despote : il ne le réalisait pas entièrement, honneur réservé à l'incroyant Frédéric. Le XVII® siècle, dans son ensemble, était trop religieux. Voltaire ramena donc le Siècle de Louis XIV à son dessein général : l'histoire universelle étant une suite lamentable de folies, erreurs, « butorderies », qu'interrompent de loin en loin quelques glorieuses époques, ce beau siècle eut son dessous et son revers de sottises. Ces sottises, c'est la part des « prêtres remuants et fourbes, qui ont gâté le siècle de Louis XIV « ; c'est la religion et l'histoire ecclésiastique. Voilà pourquoi
I . Mais il faut convenir que Voltaire a vu le Moyen Age comme le voyaient les hommes du XVH"' siècle et du XVIH'^ : il n'a pas jugé l'âge féodal et les croisades autrement que le pieux abbé Fleury. C'était donc moins son irréligion que sa culture et son rationalisme qui l'indisposaient contre ces temps-là. D'autre part, un érudit impartial de notre temps, M. Luchaire, ne les a pas vus beaucoup plus en beau. Enfin on pourrait citer bien des endroits où Voltaire s'est efforcé d'être juste aux papes et aux moines : il a, en dix lignes, indiqué tous les services qu'ont rendus les couvents à la société du Moyen Age. — En consultant le petit volume que j'ai donné sur Voltaire, on verra quelles nuances je crois juste d'introduire dans ce tableau de la jeunesse de l'écrivain, comme dans celui de sa vieillesse qu'on trouve plus loin.
Voltaire développe et rejette cette partie à la fin de son livre. La rançon, la contrepartie de la splendeur du règne, se trouvent dans les querelles du protestantisme, du jansénisme, du quiétisme ; ainsi s'amène la conclusion enveloppée dans le dernier chapitre, et pourtant bien claire, si l'on veut y réfléchir un instant : Voltaire y conte comment un sage empereur expulsa de Chine les missionnaires chrétiens, colporteurs de sottises mensongères et fauteurs de funestes séditions. Culte de la raison, haine de la religion, voilà le sens essentiel du Siècle de Louis XIV.
Ainsi établi dans sa forme définitive, il n'eut pas de peine à prendre place en 1 756 dans VEssai sur l'Histoire générale, et sur les mœurs et l'esprit des nations depuis Charlemagne jusqu'à nos jours. Après avoir achevé son Siècle de Louis XIV, Voltaire avait repris ses esquisses d'histoire universelle, et poussé vigoureusement son travail pendant l'année 1752. En 1753 et 1754 parurent les trois volumes de y Abrégé de l'Histoire universelle. J'en ai dit le caractère ; et l'on voit quel en sera le vice rédhibitolre : il est impossible de se faire l'historien du Moyen Age, si l'on est de parti pris, par une détermination rationnelle, l'irréconci liable ennemi du christianisme. La sympathie pour les hommes dont il fait l'histoire lui fait défaut : il les raille dans leurs erreurs, dans leurs sottises, dans leurs misères. Il ne voit pas assez leur effort vers la vérité, vers le bien ; il ne les comprend pas, parce qu'ils sont autres que lui. Il lui est trop Impossible de sortir de soi et de son siècle, pour satisfaire aux exigences de notre sens historique ^.
Il faut pourtant rendre justice à cet essai d'Histoire universelle. Une vive curiosité y éclate à chaque page. Voltaire pousse des pointes en tout sens, reconnaît des régions inexplorées ; sur l'Arable, sur)^ l'Inde, sur la Chine, il apporte des études bien incomplètes encore, mais singu-
LETTRE DE VOLTAIRE A L'ABBÉ DUBOS. «> Dans cette lettre, Voltaire exprime ses projets au sujet du Siècle de Louis XIV. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.
cupi* de jr.c iti. riÉicic' qu.ilitc.
Il V a I' !ii;;-tc[iis (.]uc .-•Jû-in; ijMckjuos m.u^-ri.iux •,H).ir l'iirc rflilloirc ilc Louis Xl^'. Cl.' ii'cll [Ms lini['!cmciic 1.1 vie clc co iViiicc cjLiv l'écris , ce lie lont point les .'Vnn.iles de l'<n Re;^iic , c'eft plutôt ri Ji'ibjiie lie l'efprit lium.iin , puilée il,»iis le liéclc le plus gloï k-iix À rclpric humain.
( \: V )iivri<;e cftilivile en Clnpuie;, ilycn a cnviroji viii^,c (le!linés à l'HilKnrc i^éliéiMic, Cv loiir vini'jt r,i!;'c.iu:< ties!;r.Ti hévcuL-inensila rcni^, le". prinLijM'is pcrlo;-.,: igcs font lur le dcv.int (f^ I t toile h foule ell dvis l'enfoncement; m.ilhcur ,iux !é:i''s, !.i p,^fljrite les ni-giige tous , c'eflunc vermine (]ui tue les gran.fs ouvrages ; ce qui c.tr.Klérile le fiécle , ce qui caùfc des révolutions; te cjui fera iniportaiic
d.ins cent années , c'eH; ce que je veux écrire .lujourd'hui.
Il V t un Chapitre pour la vie privé,- de Louis XIV. deux pour les grands changcmcns i'iits d.tns la Police du RoyJume , dans le Commerce , dans les Finances, deux pour le gouvernemen t Eccléliaflique,dans L l'quels la Révocation de l'Edit de Nantes, & l'alî^Hrc de la Régale fontcomprifes, cinq ou lix pour l'Hifloire (ies Arts à commencer par Defcarccs &i à finir par Rameau.
.le n'ai d'.L.ncs Ménr-;;vs pour l'ilid >ir;' 'jenerale qLi'e'iviruii .leii . i.'.'.'!- viilumes oue tout le m )n le r jnnoif, il ne s'agit que de former un corps proportionnelle tous les membres épars ,Si dépeindre avec des couleurs , mais d'un trait , ce que Larrey , Limiei ? , Lam- A i
LA JEUNESSEIDE VOLTAIRE
lièrement neuves pour le temps. Il traite son sujet avec la même largeur que dans le 5iec/e de Louis XIV l 'il note les grandes découvertes qui vont révolutionner la civilisation plus volontiers que les batailles et les mariages des princes. Il essaie réellement de faire l'histoire générale de l'esprit humam.
Comme toujours aussi, il travaille sur les documents originaux, ou du moins sur les meilleurs ouvrages qui les ont utilisés, il s'enquiert des sources, critique les témoignages. Il tient toute cette manipulation éloignée des yeux du public ; mais il la fait. Il condense toute son information en récits courts, clairs, saisissants, qui parfois ont forcé
l'admiration de Michelet. Avec un peu de sympathie, il aurait fait un chef-d'œuvre et une œuvre définitive : il n'a fait, malgré sa conscience de travailleur et son génie lucide d'écrivain, qu une œuvre de parti qui risque souvent de paraître fausse et dure.
Pourtant il est vrai qu'il a eu le sentiment du devoir de l'historien, et l'intelligence des conditions ou des méthodes principales de la critique historique. II est vrai qu'il a le premier réalisé la conception moderne de l'histoire, d'une histoire qui est l'explication et le tableau du mouvement de la civilisation. Il est vrai qu'à cet égard nous venons de lui, plus que de Montesquieu.
pjre Littérature. T. II.
LE DIX-HUITIÈME SIECLE